L’encre de la mélancolie : déclinaisons littéraires d’un malaise chez Dante et Pétrarque

par Angela Deluca

Thèse de doctorat en Études italiennes

Sous la direction de Frédérique Verrier et de Giorgio Ficara.


  • Résumé

    Les « maladies de l’âme » ont existé de tout temps et l’homme s’est employé à les nommer, à en rechercher les causes dans un déséquilibre organique, ou encore un mauvais usage de la raison qui le priverait de la félicité, celle-ci étant reconnue comme tranquillitas animi ou salut éternel. L’aspect le plus fécond de ce mal de vivre, d’un point de vue artistique et littéraire, repose sur le concept de mélancolie, tandis qu’aujourd’hui, sa forme diffuse en est la dépression. Lacan dans Télévision, décrivant cette dernière comme « une faute morale, comme s’exprimait Dante, voire Spinoza : un péché, ce qui veut dire une lâcheté morale », place la question sur un plan décidément éthique et incite à reconsidérer la subtile réflexion des Pères de l’Eglise et de Saint Thomas, concernant la relation entre péché et « maladie de l’âme », soit encore l’acédie dans ce contexte. Dante, cité explicitement par Lacan, et puis Pétrarque vivent et écrivent durant une période cruciale, qui voit coexister diverses conceptions médicales, philosophiques et artistiques de l’acédie, la mélancolie, l’aegritudo, toutes présentes dans leurs œuvres. Si Dante semble s’appuyer sur la conception médiévale de la maladie de l’âme, essentiellement engendrée par un usage incorrect de la raison et donc une perversion de l’amore di natura, Pétrarque reste, bien que de manière non déclarée, un poète « mélancolique », de fait : il souligne en premier lieu l’irréductible antagonisme entre savoir et félicité et puise dans l’ignorance et l’insatiable désir sa définition de l’essence de la nature humaine. Il fait de ce désir, incarné par la figure éternelle et inaccessible de Laura, la matière même de son chant.

  • Titre traduit

    The Ink of Melancholy : literary views of a malaise in Dante and Petrarch


  • Résumé

    “Maladies of the soul” have always existed, and so humanity seeks to define them and to find their cause and a cure. Over the course of time they have been given many names and their origin has been identified, at different times, in an organic imbalance or in a faulty use of reason, one that drives away happiness, identified in turn as tranquillitas animi or eternal salvation. The most fertile aspect of this malaise from the artistic and literary viewpoint consists in the concept of melancholy, while the form it most commonly takes today is depression. Lacan, defining the latter in Television as a moral failing, as Dante, and even Spinoza, said: a sin, which means a moral weakness, places the question on a declaredly ethical plane and prompts us to re-examine the penetrating reflection of the Fathers of the Church and St Thomas on the relationship between sin and ‘malady of the soul’, embodied, in this context, by sloth. Dante, cited explicitly by Lacan, and Petrarch both lived and wrote in a crucial era, in which different medical, philosophical and artistic conceptions of sloth, acedia, melancholy and aegritudo coexisted, and figured in their works. If Dante still appears bound to the mediaeval conception of the malady of the soul, stemming essentially from the faulty use of reason and thus from a perversion of the ‘love of nature’, Petrarch is, not declaredly, but in effect, a ‘melancholic’ poet: he was the first to point out the rift between knowledge and happiness, and to grasp that the essence of human nature lies in ignorance and in insatiable desire. And he makes this desire, embodied in the eternal and unattainable image of Laura, the subject of his poetry.


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