L'interprète en interaction dans les tribunaux. Une approche dialogique

par Marta Biagini

Thèse de doctorat en Sciences du langage

Sous la direction de Anne Salazar Orvig, Nadine Celotti et de Caterina Falbo.

Soutenue le 24-09-2012

à Paris 3 en cotutelle avec l'Università degli studi (Brescia, Italie) , dans le cadre de École doctorale Langage et langues (....-2015 ; Paris) , en partenariat avec Recherche sur le français contemporain (Paris) (équipe de recherche) .

Le président du jury était Josiane Podeur.

Le jury était composé de Anne Salazar Orvig, Nadine Celotti, Josiane Podeur, Véronique Traverso.


  • Résumé

    Notre recherche a pour objet des interrogatoires médiatisés par interprète, en tant que pratiques langagières et discursives situées dans un contexte institutionnel donné, à savoir le tribunal. Parmi les divers contextes de nos sociétés contemporaines où les interprètes sont partenaires de l’échange au sein de dialogues effectifs, nous avons ciblé le contexte judiciaire, dont le caractère institutionnel et les enjeux en font un lieu formel et au fonctionnement normé : les interrogatoires s’y déroulant sont des échanges réglés et codés. Nous avons fait alors l’hypothèse que peut fonctionner à double titre la tension qui se crée ainsi entre les normes à l’œuvre au tribunal et la présence de sujets en interaction dont les enjeux et représentations peuvent considérablement différer : elle fonctionne d’une part comme loupe grossissante sur certains phénomènes qui, lorsqu’ils se produisent malgré la normativité ambiante, sembleraient alors relever de ce qui ne peut ne pas se produire en présence d’un interprète ; elle fonctionne d’autre part comme déclencheur d’événements particuliers et uniques propres au contexte, aux personnes concernés, aux enjeux spécifiques liés aux thèmes traités, aux dialogues ponctuels. L’analyse de dialogue que nous pratiquons consiste aussi bien à spécifier préalablement le cadrage externe de l’événement communicatif qu’à décrire comment la situation est perçue et évaluée par les participants à travers l’élaboration conjointe du sens. Notre problématique vise ainsi à dégager la relation existant entre les conventions socio-discursives propres à cette sphère d’activité et certains traits interactionnels et discursifs, engendrés par la participation du "tiers/interprète" à l’interrogatoire. L’approche discursive et dialogique a permis d’entreprendre une démarche analytique prenant en compte : un plan interlocutif, concernant la dynamique compositionnelle des échanges et les rapports de places, dialogal ; un plan énonciatif et dialogique concernant à la fois la présence des sujets dans leurs dires et la façon dont les discours sont élaborés par des mouvements interprétatifs qui peuvent être plus ou moins directement accessibles, notamment à travers ces réaménagements de sens que sont les reformulations inter-linguistiques de l’interprète. Les voix qui parcourent l’espace discursif en le rendant hétérogène peuvent par-là être identifiées. Ces pratiques d’interactions médiatisées peuvent alors être pensées sur un continuum de dispositifs allant des stratégies d’effacement énonciatif que l’interprète met en œuvre - afin de créer des discours objectivés -, aux procédés variés qui l’inscrivent dans le discours d’autrui, jusqu’à la prise en charge de ses propres discours en tant que locuteur/énonciateur à part entière. Enfin, les propriétés qui caractérisent les interrogatoires interprétés dans le contexte du tribunal s’avèrent propres non seulement au genre de discours institutionnel et juridique concerné mais également à la présence du "tiers", apte à influencer l’événement discursif "interrogatoire" à tous les niveaux pris en compte par l’analyse. Il semble alors que cela pourrait permettre d’appréhender ces dialogues comme un type, ou sous-genre, particulier du discours juridique.

  • Titre traduit

    Interpreter-Mediated Interactions in the Courtroom. A Dialogical Approach


  • Résumé

    Our research focuses on interpreter-mediated examinations as situated oral exchanges and discursive practices in a specific institutional context, i.e. the courtroom. In contemporary societies, among the various situations where interpreters act and dialogue in face-to face interactions, the judiciary context proves to be one of those institutional domains where highly formal and normative practices take place. Examinations are very coded exchanges. Starting from the hypothesis that the tension which develops between laws and norms at work in this frame and the discursive productions by speakers directly dialoguing and interacting, whose representations and goals may consistently differ, may have a double effect on the interpreter-mediated event, we further investigate how : some specific interactional and discourse patterns realize in a such ritualized and normative context, attempting to understand if they are typical of interpreter-mediated interactions in general or of the specific examinations we observe ; and speakers’ identities, institutional roles, their personal goals and the specific themes concerned have an influence on these practices, producing very peculiar and singular patterns of sense-making. Hence, focusing on face-to-face interpreting practices, the dialogical and discourse approach we adopt allows to take into account : from one side, what relates to the dialogal dimension of the interaction, pertaining to a dialogue between two (or more) co-present interlocutors and the definitions of their identities, from what pertains to the dialogical one, having to do with dialogism or dialogicality in the more abstract senses. Given that understanding is related to responding, interpreters are seen as speakers actively involved in dialogue. The ways speakers leave traces of their presence in the utterances they produce, while they’re doing the interacting, and, particularly, the way in which the interpreter’s presence is sensed through thar interlinguistic reformulation of the other’s words which is translation gives access to the way in which sense-making is jointly created in the framework of a highly ritualized activity type such as examinations in the courtroom. In the end, interpreted-mediated examinations may be thought of as changing practices on a more/less continuum, going from : the cases where the interpreter translates as a reporter using the 1st person, using linguistics strategies allowing him/her to assume full responsibility for the words uttered without showing it; to all those cases of variation on the expected pattern which, at different degrees, let emerge his/her presence in the interpreting process; to the production of discourses for which s/he is entirely responsible, acting as a an autonomous speaker. These collectively constructed events may therefore suggest that there is a dynamic relation between expected practices in the discourse context and their actual realization. Interpreter-mediated examinations prove to be per se speech events, namely very specific exchanges with their often hybrid dynamics, within which all interlocutors - including the interpreter – dialogically contribute to understanding and to the creation of meaning.

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