Penser l'acteur francais contemporain (hypothèses pour une pédagogie)

par Christine Farenc

Thèse de doctorat en Études théâtrales

Sous la direction de Jean-Pierre Ryngaert.

Soutenue le 03-10-2012

à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Arts et médias (Paris) , en partenariat avec Institut de recherches en études théâtrales (Paris) (laboratoire) .

Le président du jury était Sylvie Chalaye.

Le jury était composé de Jean-Pierre Ryngaert, Sylvie Chalaye, Jean-François Dusigne, Emmanuel Wallon, David Wiles.


  • Résumé

    Dans un théâtre subventionné en crise, l’acteur français se pense aujourd’hui comme un hyper-citoyen, lui qui fut si longtemps privé de citoyenneté. Tout l’enjeu contemporain de la parole de l’acteur s’incarne dans la quête, nostalgique et militante à la fois, de l’éthos et de la transcendance perdus dans le statut d’infâme. En rejaillissant sur l’existence de l’acteur, l’infamie a cristallisé des affects tenaces, passés dans l’inconscient collectif, modelant l’hexis des comédiens, influençant les pratiques scéniques. Elle a contribué à consolider certaines particularités françaises en matière de pédagogie du jeu, comme la défiance vis-à-vis de la méthode stanislavskienne et du monologue. A cet égard, la comparaison avec l’école de jeu anglaise est instructive. C’est au moment de la laïcisation de l’État, il y a cent ans, qu’un nouveau théâtre fait des choix éthiques et esthétiques encore largement opératoires aujourd’hui, et achève la conversion de l’acteur : d’ancien damné, il deviendra sauveur, missionné par l’État auprès d’une nation-public. Contrairement aux apparences, la mise en infamie de l’acteur a toujours cours. Avec la sécularisation de la société française, elle a quitté le champ métaphysique, pour investir le champ méta-économique. Elle prend sa source dans le rapport statutaire de l’acteur à l’État et impose son coût historique. Un véritable "Complexe d’infamie" de l’acteur est en effet à l’œuvre sur les scènes françaises, assorti d’un tabou de l’intériorité et d’un interdit d’adresse directe au public, agissant comme un grand Sur-moi actoral. Infâme parmi les infâmes, l’acteur alter-ethnique est un cas redoublé du "Complexe d’infamie". L’acteur français noir, en particulier, est un révélateur des contradictions affectant "visiblement" la condition esthétique du comédien et la citoyenneté républicaine. Dans le contexte du quadruplement du nombre des acteurs en France depuis 1980, ce "Complexe d’infamie" éclaire la nature de l’indécision de la pédagogie dramatique. Il gagnerait à être sublimé ou subverti avant toute tentative de refondation pédagogique.

  • Titre traduit

    Rethinking the French Contemporary Actor - Prologue to any Pedagogy


  • Résumé

    At a time when subsidised theater is in crisis, the French actor, after being considered a second-rate citizen for such a long time, thinks of himself today as a super-citizen. The contemporary challenge of speech ("parole") of the actor is embodied in the quest, both nostalgic and militant, for ethos and transcendence, lost in the state of infamy. Rebounding on the existence of the actor, infamy has crystallised stubborn affects, slipped into the collective unconsciousness, shaping the hexis of actors and influencing stage practices. It has helped to consolidate French peculiarities in acting pedagogy, such as mistrust of the Stanislavski method and the monologue. In this respect, comparison with the English school of acting is informative. A hundred years ago, at the time of the secularisation of the State, a new theater made ethical and aesthetic choices, which are still largely operative today, and completed the conversion of the actor: formerly a damned soul, he has become a savior, sent by the State before a national audience. Contrary to appearances, the situation of infamy still exists. It is just that, with the secularisation of French society, the meta-economic field replaced the metaphysical one. Its roots can be found in the statutory relationship between the actor and the State and imposes its historical cost. A "Complex of infamy" for the actor is indeed present on the French stage, together with a taboo on interiority and a prohibition against directly addressing the public, representing a big actorly Super-ego. Infamous among the infamous, the alter-ethnic actor suffers from a doubled "Complex of infamy". The black French actor, in particular, is a mirror of the contradictions "visibly" affecting the aesthetic condition of the actor and republican citizenship. Given the context where the number of actors in France has quadrupled since 1980, this "Complex of infamy" points out the indecisive nature of teaching drama. It needs to be sublimated or subverted before ever attempting any educational reform.

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