Objets-environnements, des interfaces biomimétiques entre arts plastiques et design, en France, de 1993 à nos jours

par Aurélie Michel

Thèse de doctorat en Arts plastiques

Sous la direction de Sylvie Thiéblemont-Dollet et de Claire Lahuerta.

Le président du jury était Dominique Clévenot.

Les rapporteurs étaient Eliane Chiron, Hélène Saule-Sorbé.


  • Résumé

    L’observation des productions actuelles fait apparaitre une tendance à l’hybridation des disciplines. Ce constat touche en particulier un type de pratique design, qui s’oriente de plus en plus vers la conception d’objets en petites séries ou en pièces uniques, interrogeant le rapport de l’usager aux espaces familiers et plus spécifiquement à la sphère intime. Bien que la plupart des designers refusent le rapprochement de leur travail avec les Arts Plastiques, il n’en demeure pas moins que certains d’entre eux adoptent des démarches analogues à celles des plasticiens. La formulation de cette hypothèse interroge la validité des catégories en vigueur et la légitimité des lois qui président à leur constitution. Par ailleurs, la production des designers qui intègrent une démarche similaire à celles des artistes se construit sur un mode évolutif, faisant croître l’objet vers l’installation, une forme de pénétrable que peut expérimenter le spectateur/usager. Il suffit d’examiner les variations d’échelles et la répétition modulaire créant une architecture mouvante chez Ronan et Erwan Bouroullec pour comprendre les glissements opérés entre l’unité et l’environnement qu’elle construit. La manipulation des échelles questionne, au cœur de l’espace même (qu’il s’agisse du cadre institutionnel de l’exposition ou de la sphère personnelle de chaque individu), la classification des objets, ainsi que leur hiérarchisation. Ces problématiques sont propres à un type de pratique, dont la poïétique use du détournement des produits de la nature et, notamment, des trois règnes animal, végétal et minéral. La transposition de pratiques naturalistes visant à établir un dépaysement par l’objet (au sens d’un déplacement hors d’un contexte habituel) découle d’une réflexion autour des modalités de l’hybridation. Ainsi, lorsqu’on se penche sur les textes jalonnant l’histoire naturelle et, en particulier sur ceux traitant des problématiques de classification, d’Aristote à Pline l’Ancien, en passant par la nomenclature de Carl von Linné, on remarque la récurrence (ou « survivance » pour reprendre la formule initiée par Georges Didi-Huberman), d’éléments situés dans l’entre-deux. Ces « types », que nous pouvons qualifier d’« aléatoires » révèlent un déplacement constant de la norme et questionnent la détermination du monstre. À partir de quel moment pouvons-nous juger du caractère anormal de tel élément ? N’existe-t’il pas des objets, qui, tout en présentant tous les « symptômes » du monstre coïncident malgré tout avec les modèles établis ? L’analyse des pratiques actuelles convoquant des démarches de création à la croisée des Arts Plastiques et du design révèle une influence profonde de ce type de fabrique pour un imaginaire scientifique, qui prend sa source dans le theatrum mundi des cabinets de curiosités. D’ailleurs, on observe, depuis le début des années 1990 (et surtout suite à la constitution de la collection d’art contemporain Curios & Mirabilia par Jean-Hubert Martin en 1993, visant à confronter un lieu chargé d’histoire, le château d’Oiron à la production d’artistes divers) une recrudescence des expositions empruntant la forme des cabinets de curiosités, afin de susciter un intérêt renouvelé pour l’objet d’art et en particulier les échos foisonnants entre les artefacts (œuvres et objets d’art, même s’ils prennent l’apparence d’installation) et l’univers poétique de la nature, manifestation viscérale d’un retour aux origines. Ainsi, l’emprunt symbolique de la figure des « zoophytes » ou plantes-animaux, mentionnés dans les traités d’histoire naturelle les plus anciens nous permet d’interroger la transversalité des pratiques artistiques qui cherchent à provoquer un décloisonnement des disciplines, en faisant de l’objet une entité située à la croisée des démarches de création.

  • Titre traduit

    Object-environment, biomimicry interfaces between plastic arts and design in France from 1993 to nowadays


  • Résumé

    The observation of the actual artistic productions shows a trend towards a hybridization of disciplines. This statement concerns particularly a type of design practices which is increasingly shifting towards objects manufactured in small quantity, even in unique pieces questioning the relations between the users and their familiar spaces and more specifically their intimate sphere. Even though most designers reject the comparison of their production with plastic arts, we can see that some of them have adopted approaches similar to those of plasticians. The formulation of this hypothesis brings up the questions of the validity of classifications and the legitimacy of the laws presiding to their constitution. Furthermore, the production of designers who integrate similar approaches to those of artists is built on an evolutive mode, the object being developed towards art installation, a form of penetrability a spectator/user can experience. By examining the scales variations and the modular repetition creating a fluid architecture in Ronan and Erwan Bouroullec design, we can understand the shifts operated between the piece and the environment it builds. Scales manipulation questions at the heart of the space itself the established objects classifications as well as their hierarchization (in domestic space and in exhibitions too).These issues are specific to a type of practice, which the poetic uses, of diverted natural products and especially the three systems : vegetal, animal and mineral. The transposition of naturalistic practices aiming at bringing a change through the object ( in the sense of placing it out of the usual context ) derives from considerations around the processes of hybridization. Thus, when one looks at natural history writings, and, in particular, those of Aristotle, Pliny the Elder or the nomenclature of Carl von Linné, we notice the recurrence ( or” survivance” to use the expression initiated by Georges Didi- Huberman) of elements located in an in-between space. Those types that we can describe as “random practices” reveal a constant displacement of the norms and question the determination of the monster. At which moment, can we designate an element as being abnormal? Aren’t there objects which, while presenting all the characteristics of the monster, coincide nonetheless with established models ? The analysis of actual practices standing at a crossroad between plastic arts and design reveals a profound influence from this type of process for a scientific imaginary inspired by the theatrum mundi of the curiosities cabinets. Moreover, we can observe since the beginning of the 1990ies (in particular, following the constitution of the contemporary art collection “Curios & Mirabilia” by Hubert Martin, aiming at confronting a place charged with history , Oiron Castle, to the production of various artists) a resurgence of exhibitions using curio cabinets forms. The aim is to renew the interest in artifacts and especially the relations of those manufactured objects and the poetic universe of nature, a manifestation of visceral attachment to primitive origins. Thus, the symbolic use of the figure of “zoophytes” or animal-plants, mentioned in the most ancient natural history treaties helps to show the transversality of artistic practices trying to dismantle the partitions between disciplines by placing the object as an entity at the crossroad between the creation processes. Through artists, designers and actors of institutions interviews, we can identify too major types of practices inscribed in a fertile prolongation of nature : a type of art which uses the formal aspects of flora and fauna to create a common vocabulary for art and design, alongside with a type of production transposing natural mechanisms which become creation protocols applied to the conception of objects.

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