L'image du corps féminin dans l'oeuvre de Assia Djebar.

par Diana Labontu-Astier

Thèse de doctorat en Langues et littératures françaises

Sous la direction de Claude Coste.

Soutenue le 20-09-2012

à Grenoble , dans le cadre de École doctorale langues, littératures et sciences humaines (Grenoble) , en partenariat avec Equipe rech sur l'hist, théories et la didactique littérature et des arts du spectacle (équipe de recherche) et de Equipe de recherches sur l'histoire, les théories et la didactique de la littérature et des arts du spectacles des 19e, 20e et 21e siècles (laboratoire) .

Le président du jury était Daniel Lançon.

Le jury était composé de Khédidja Khelladi.

Les rapporteurs étaient Mireille Calle-Gruber, Marina Muresanu Ionescu.


  • Résumé

    Parler du corps féminin dans l'œuvre de Assia Djebar, tout en dépassant le clivage chair/âme ou corps/personnalité, signifie l'inscrire dans une vision unitaire, dans une durée et un espace élargis et totalisants. Ce corps est constamment en relation avec le milieu qui l'influence, ce qui conduit à un éclatement de son unité. Nous avons voulu insister sur sa continuité, sa résistance et même la survie de l'identité, malgré les facteurs ou les contextes qui l'ont mis à mal. Avant de conférer l'unité perdue au corps féminin, nous avons essayé de définir les termes clé de corps et de personnalité grâce aux sciences humaines, tout en tenant compte de leur spécificité liée à l'identité arabo-musulmane, aux particularités berbères et à l'influence française. Ce point de départ multiple nous a permis de ne pas tomber dans les catégorisations classiques, strictement sociales, de la femme algérienne. En voulant mettre en lumière l'unité fondamentale de cet être féminin, nous nous sommes intéressée tout d'abord à son aspect physique, le premier qui s'offre à notre vue et qui nous permet une description. Mais celui-ci dépasse les apparences car, prise en charge par le langage et l'imaginaire, il conduit à la manifestation de la dimension réflexive. Le personnage féminin djebarien passe du stade «avoir un corps» à celui d'«être un corps» doté de plusieurs dimensions, physique, psychique, intellectuelle, langagière et imaginaire (I). Mais cette image corporelle unie et heureuse est confrontée à des époques moins favorables qui sont apparues à cause de l'éloignement de la doctrine islamique initiale, telle qu'elle est présentée dans Loin de Médine, de la valorisation de certains concepts comme l'honneur, la pudeur, la honte. Confronté à l'autorité masculine qui s'exerce sur la femme algérienne dans tous les moments de la vie, et qui se traduit par l'enfermement, l'humiliation, l'assignation à certains rôles très bien définis (comme celui de mère et d'épouse), les ordres, les coups, les insultes, etc., ce corps féminin développe une «micropsychologie» (M. Maffesoli) qui se transmet de génération en génération et qui offre des réponses toutes faites à des situations diverses. Tous les gestes en sont imprégnés, mais cela n'empêche pas le réveil et le surgissement des traces cachées de la personnalité féminine dans des contextes très particuliers. Ces traces mettront en lumière la ruse, le défi et même la haine de la femme lancés à l'homme, désigné déjà dans l'imaginaire féminin algérien par le terme de «e'dou» (ennemi). Ces sentiments révèlent donc la résistance du corps féminin, faite à la fois d'une révolte muette, de cris ravalés, de murmures, d'une écoute attentive, d'un besoin de partager et de se soutenir (II). Nous avons donc devant nos yeux un corps morcelé, qui a oublié ses qualités à cause de l'intériorisation des prisons symboliques. Mais grâce à la solidarité féminine, à la valorisation de la maison vue comme espace cocon et des relations entre femmes, au retour à la langue première, les traces de liberté et de plénitude du passé éloigné sont réactualisées par les gestes et les paroles de certaines femmes libres. Celles-ci ouvrent la voie de la libération du corps féminin algérien qui réapprendra à regarder, à marcher dehors, à raconter ses souvenirs, à parler de lui et à apprécier la présence de l'homme aimé (III). L'analyse des parties corporelles visibles, de la posture féminine, des gestes dans lesquels la tradition s'est inscrite, des réactions qui dévoilent à la fois la dimension corporelle et psychique, des termes utilisés par Djebar pour parler de ses personnages féminins, nous a permis de dévoiler un corps féminin doté d'un cœur, de souvenirs, de sentiments, une personnalité et des rôles qui sortent du cadre imposé par la société. Ce corps féminin, capable de faire des gestes qui l'inscrivent dans la durée et dans l'espace reconquis, acquiert une parole performative qui le recrée et lui donne la possibilité de s'accomplir.

  • Titre traduit

    The Image of the female body in the works of Assia Djebar


  • Résumé

    As suggested in the works of Assia Djebar about the body of the woman excluding the cleavage of the flesh and soul and of the body and personality means a vision of a united body encompasses a broad duration and space. This body is constantly connected to the environment that influences it. This has broken its unity up. The thesis puts the emphasis on its continuity, resistance and even the survival of its identity, despite the factors or contexts that have harmed it. Before giving back to the female body its lost unity, we identified the key terms of body and personality through the humanities, while taking into account the specifics of these terms related to the Arab-Muslim identity, to the Berber characteristics and to the French influence. With this starting point, we do not fall into the conventional and strictly social categorizations of the Algerian woman. In order to highlight the fundamental unity of the feminine being, we started with its physical dimension. This is the first aspect that we view and that we can describe. But it goes beyond the appearances since, supported by the language and the imagination, it drives a reflexive dimension. The Djebarien female character transitions from the stage "have a body" to the stage of "being a body" with several dimensions: physical, psychological, intellectual, linguistic and imaginary (I). But that image of unity and harmony is faced with less favorable pictures that appeared because Islam moved away from its original doctrine as presented in the book “Far from Medina”, and the valuation of certain concepts such as honor, modesty and shame. Faced with the male authority that is exercised on the Algerian female body in every moment of life, and which results in confinement, humiliation, arrest to some very well-defined roles (such as mother and wife), orders, beatings, insults, etc.., the female body develops a “micro psychology” (M. Maffesoli) that is transmitted from generation to generation and provides built-in answers to various situations. All actions are impregnated with these, but that doesn't stop preventing the emergence of hidden traces of the female personality in very specific contexts. These traces highlight the cunning, the challenge and even the hatred of women to men, designated in the Algerian female imaginary by the term "e'dou" (enemy). These feelings reveal the strength of the female body made of a silent revolt expressed or debased by shouts, murmurs, attentive listening, a need to share and support each other.(II) So we have in front of our eyes a fragmented body, which has forgotten its qualities due to the internalization of these symbolic prisons. But thanks to the female solidarity, the appreciation of the house as a place to cocoon, the relationships between women, and the return to the first language, the traces of the distant past are renewed by the actions and words of some free women. These pave the way for the release of the Algerian female body that will learn again to watch, to walk outside, to reminisce, to talk about itself and to appreciate the presence of the beloved man. (III) The analysis of body parts visible in our corpus, the feminine posture, the gestures in which the tradition is recorded, the reactions that reveal both the physical and psychic dimension, the terms used by Djebar to talk about his feminine characters, allowed us to reveal a female body with a heart, memories, feelings, personalities and roles that are outside the framework imposed by the society. The female body able to make gestures, which falls within the time and space reclaimed, acquires a performative speech which, in turn, recreates and provides it with the opportunity to perform, while maintaining contact with the origins and the "living word". So we see a body and an identity shifting, constantly trying to form and to write.


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