Le vote contre la démocratie : construction de l'État et processus de politisation dans la Chine rurale post-maoïste

par Paul Charon

Thèse de doctorat en Études politiques

Sous la direction de Yves Chevrier.

Soutenue en 2012

à Paris, EHESS .


  • Résumé

    Cette thèse porte sur les mutations de l'État contemporain en Chine appréhendées par le truchement des élections au niveau du village. Mon travail de recherche, loin d'ancrer les évolutions de l'État chinois dans les paradigmes de la transition ou de la réforme, montre que la reconstruction de l'État fait fond sur l'abandon de l'hypothèse révolutionnaire. La stratégie de Deng Xiaoping a consisté à préserver le versant étatique du maoïsme tout en rejetant ses éléments « transformatifs » ; la mobilisation révolutionnaire a ainsi cédé la place à la « raison gestionnaire ». Cette dernière n'est cependant pas qu'économique et sociale mais également politique. Les réformes promues par Deng Xiaoping comportent en effet un volet politico-administratif et s'inscrivent clairement dans la refondation de l'État, dans la rationalisation de ses modes d'action. L'instauration des élections dans les villages doit donc être comprise comme l'inscription territoriale de cette refondation étatique et non comme un processus de démocratisation par le bas. Ce postulat permet de comprendre pourquoi le régime autoritaire chinois a introduit l'instrument électoral dans son système politique, mais aussi de mieux appréhender le type singulier de rapport qui se constitue entre l'État et la société et, in fine, de formuler une hypothèse pour élucider l'énigme de la pérennité du Parti. En mettant en avant les historicités divergentes du régime politique et de l'État, en distinguant la ductilité du premier de la mutabilité du second, ma recherche propose une contribution interdisciplinaire, dans la tradition des études politiques de l'EHESS, à un chantier d'histoire fondamental pour la sinologie.

  • Titre traduit

    The vote against Democracy : State construction and politization process in post-Mao rural China


  • Résumé

    This thesis is focused on the changes of the contemporary Chinese State, comprehended through the effect of the introduction of elections at the village level. My research work, far from pinning down the state's evolution within the paradigms of transition or reform, shows that the State's reconstruction is based on a farewell to the revolutionary hypothesis. The strategy of Deng Xiaoping consisted in preserving the Statist side of Maoism while rejecting its transformative dimension. The revolutionary mobilization thus gave the place to bureaucratic reason. The latter is not, however, only economic or social but also political. The reforms promoted by Deng Xiaoping indeed contain a politico-administrative chapter and lie within the scope of the State's refoundation, in other words, the rationalization of its mode of government. The implementation of village elections must be thus understood as the territorial side of this State refoundation and not as a process of creeping democratization. This basic premise enables us to understand why the chinese authoritarian regime introduced the electoral instrument into its political system, but also to better understand the singular type of relationship established between the State and the society and, in fine, to formulate a hypothesis that elucidate the enigma of the party's sustainability. By highlighting the divergent historicity of State and regime, by distinguishing the pliability of the State and the mutability of the regime, my research proposes an interdisciplinary contribution, in the tradition of the political studies at the EHESS, to a fundamental field for Chinese studies.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (518 f.)
  • Annexes : Bibliogr. p.463-500. Index

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