La question du père et du fils dans l'autofiction (S. Doubrosky, A. Robbe-Grillet, H. Guibert)

par Emmanuel Samé

Thèse de doctorat en Lettres modernes

Sous la direction de Jacques Poirier.

Le jury était composé de François Migeot.

Les rapporteurs étaient Sébastien Hubier, Jean Bernard Vray.


  • Résumé

    A travers Fils de S. Doubrovsky, Le Miroir qui revient d’A. Robbe-Grillet et A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie d’H. Guibert, notre étude abordera par une approche psychanalytique le fantasme à l’oeuvre dans l’autofiction. Reprenant la formule d’A. Robbe-Grillet sans toutefois nous imputer le propos, notre réflexion s’articulera autour de deux axes rendant compte du discours autofictionnel. Dans un premier temps, l’autobiographe est appréhendé dans cette pente à « faire sa propre statue ». Dans un second temps, l’autofictionnaliste y oppose cette volonté à « se projeter hors de soi ». Peu à peu se construit face au père-analyste ou au père-médecin l’imaginaire adolescent d’un fils en proie à ses apories : l’un devient une figure rivale et gémellaire de l’autre autour de cette parole-pulsion et de son économie. Dans ce rapport d’addiction à la Loi qui est autant de désintrication et d’ironie que de nostalgie et d’adhésion, le gynogenre autofictionnel ne semble exister qu’en miroir du phallogenre autobiographique. L’autofictionnaliste ne cesse d’évoquer par une ironie tenant lieu d’exorcisme cet autobiographe qui sommeille en lui. Par une rhétorique psychanalytique volontairement simple, il se présente sous l’image d’un fils soumis à une structure hystérique face à un père dont il déjoue la censure et les pudeurs. Cette figure d’ultra-autobiographe, plus intègre que le père lui-même, ferait de ses voeux autobiographiques une promesse donjuanesque à seule fin de susciter le désir de l’auteur. L’autofictionnaliste jouant à être cet autobiographe plus « ultra » que le père essaimerait quelques leurres se révélant être des figures gratuites, abandonnerait çà et là quelques aveux véridiques mais insignifiants, tendrait à séduire le lecteur et à le faire entrer dans une mécanique du désir dont la fin serait de dominer sa victime par l’indécidable. Il tiendrait le jeu de l’énigme autant qu’il écrirait. Il soutiendrait le désir du lecteur plus qu’il ne dévoilerait. Ainsi, se construirait un texte blanc qui serait ce secret d’un texte à venir sans cesse promis mais qui neviendrait pas, tout le jeu consistant à le faire oublier.

  • Titre traduit

    The question of the father and the son in the fiction (S. Doubrovsky, A. Robbe-Grillet, H. Guibert)


  • Résumé

    This thesis will study the construction of fantasy in autofictional writing from a psychoanalytical perspective, focusing on Serge Doubrovsky’s Fils, Alain Robbe-Grillet’s Le Miroir qui revient and Hervé Guibert’s A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie. Taking up a phrase by Alain Robbe-Grillet’s, this study will rely on two different axes to inform autofictional discourse: firstly, the autobiography writer is bent on “creating an own statue of himself” while, on the other hand, the autofiction writer sets out to “project an image out of himself”, as it were. Gradually, there emerges the teenage imaginary construction of a son caught up in his aporias when faced with the analyst-father of the doctor-father — one becomes the rival and twin figure of the other as constructed around this drive-discourse. Through its addiction to the Law, which is distanciation and irony as much as nostalgia and allegiance, the autofictional gynogenre seems to exist only as a mirror image of the autobiographical phallogenre. Through irony that is meant as liberation, the autofiction writer keeps referring to the autobiographer in him. Using a deliberately simple psychoanalytical rhetoric, he portrays himself as a son with a hysterical structure having to sidestep his father’s censorship and restraint. This figure of an ultra-autobiographer — which is more reliable than the father — gestures towards autobiography as a Don Juan-like promise with a view to arousing the author’s desire. The autofiction writer who plays at being a more ultra autobiographer than the father, creates luring but gratuitous figures and gives away true but insignificant confessions, as a way of trying to seduce the reader into participating in a mechanism of desire whose purpose is to dominate his victim through ontological undecidability. He is both the one who masters the enigma and the one who writes it. He does not so much reveal the reader’s desire as sustains it. Therefore, a blank text is being built which is that element of secrecy of a text that has yet to come, the whole game consisting in letting it slip from memory.


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