Processus de démocratisation et vie politique en Bosnie-Herzégovine de 1990 à 2000

par Merissa Corbic

Thèse de doctorat en Histoire contemporaine

Sous la direction de Sylvain Schirmann.

Soutenue en 2011

à Strasbourg .


  • Résumé

    Cette thèse porte sur le processus de démocratisation et la vie politique en Bosnie-Herzégovine de 1990 à 2000. Il s’agit d’étudier l’influence des acteurs politiques sur le processus de démocratisation et de présenter les difficultés rencontrées pour consolider le régime démocratique. L’une des anciennes composantes de la Fédération yougoslave, la Bosnie-Herzégovine, connaît durant les années 1990 une période très trouble qui l’a propulsée sur le devant de la scène internationale. Le cadre chronologique de cette thèse s’articule autour de trois périodes : - une première période de 1990 à 1992, marquée par l’instauration d’un régime démocratique, par la tenue d’élections et l’accession à l’indépendance ;- ensuite une seconde période amorcée par le déclenchement de la guerre en 1992 et se clôturant par la résolution du conflit en 1995 grâce à la signature des Accords de Dayton ; - enfin, une troisième période centrée sur la tentative de reconstruction démocratique dans la Bosnie-Herzégovine post-Dayton. La première partie présente le déclenchement de ce processus au début des années 1990. Comment s’est déroulée ce processus ? Quelle place y ont pris les différents acteurs (élites politiques, société civile et diaspora) ? L’analyse de la spécificité politique, économique et sociale de la Bosnie-Herzégovine y révèle que l’introduction de la démocratie a favorisé la polarisation de la sphère politique sur une base ethnique, la résurgence du nationalisme qui a accompagné l’effondrement du communisme en Bosnie-Herzégovine ayant contribué à accentuer cet état de fait car la caractéristique de la vie politique bosnienne est celle d’une communautarisation du politique. L‘arrêt du processus de démocratisation est au cœur de la seconde partie. Durant le conflit, on assiste à un renforcement des pouvoirs des partis politiques nationalistes, tant au niveau politique, économique, militaire, social que médiatique. Pour ce faire, ceux-ci s’appuient sur une triple légitimité politique, constitutionnelle et idéologique acquise durant la guerre. D’autres intervenants agissent également contre l’émergence de la démocratie en Bosnie-Herzégovine; la Serbie, à travers le SDS-BH, et la Croatie à travers le HDZ-BH, favorisent leurs propres projets expansionnistes. De même, la politique ambigüe d’islamisation du SDA constitue un frein démocratique pour la Bosnie-Herzégovine. Néanmoins, une solution d’ensemble du problème est encouragée par les acteurs internationaux que sont la communauté européenne, puis l’ONU et enfin les Etats-Unis. Face au conflit bosnien, la communauté internationale bien qu’animée de bonnes intentions, souffre malgré tout de contraintes politiques, économiques et stratégiques, de divergences qui freinent son action. Elle arrive cependant à faire admettre l’accord de Dayton. Celui-ci marque la fin du conflit bosnien et consacre l’intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine, tout en la partageant en deux entités ethniques distinctes, la Fédération croato-musulmane (51% du territoire) et la République serbe (49%). Il légitime également des acteurs politiques nationalistes, en les admettant aux négociations, et place sous tutelle internationale l’État bosnien. Enfin, la troisième partie s’intéresse à la tentative de reconstruction démocratique durant les années 1995-2000. Celle-ci passe prioritairement par un retour de la paix grâce à la présence sur le sol bosnien des forces de maintien de la paix, ainsi que par l’instauration d’une démocratie « consociationnelle ». La Bosnie-Herzégovine reste cependant une démocratie « sous contrôle » enfermée dans les structures définies par les Accords de Dayton, l’action de la communauté internationale, les interventions des régimes serbe de Slobodan Milosevic et croate de Franjo Tudjman en faveur des mouvements sécessionnistes en Bosnie-Herzégovine, la victoire des partis politiques nationalistes et leurs politiques obstructionnistes. L’année 2000 semble pourtant être celle des changements : victoire des partis de l’opposition aux élections municipales et générales, retour des réfugiés, initiatives locales, arrivée au pouvoir des forces de progrès et des nationalistes modérés en Croatie et en Serbie, mise en œuvre du Pacte de stabilité pour l’Europe du Sud-est. La relative stabilité du pays ne survit que grâce à l’imposition des réformes par la communauté internationale. La Bosnie-Herzégovine se trouve donc en 2000 dans une situation de « protectorat international ». Toutefois, la perspective à terme d’une adhésion à l’Union européenne pourrait constituer un levier essentiel pour des réformes politiques, juridiques et économiques nécessaires en Bosnie-Herzégovine.

  • Titre traduit

    Process of democratization and polical life in Bosnia-Herzegovina from 1990 to 2000


  • Résumé

    This dissertation focuses on the process of democratization and political life in Bosnia-Herzegovina from 1990 to 2000. This is a study of the influence of the political actors on the democratization process and on the difficulties encountered in the establishment of the democratic system. One of the oldest components of the Yugoslav Federation, Bosnia and Herzegovina, knows during the 1990s a very troubled period that has propelled it to the front of the stage. The first part presents the start of this process in the early 1990s. How did this process of democratization take place? Who were the different actors (political elites, civil society and diaspora) and what was their role? The analysis of the specific political, economic and social status of Bosnia-Herzegovina reveals that the introduction of democracy has promoted the reinforcement of politics along ethnic lines, the resurgence of nationalism that accompanied the collapse of communism in Bosnia and Herzegovina contributed to accentuate this fact since the characteristic of political life was that of a Bosnian communitarisation of policy. The stop to the democratization process is at the center of the second part. During the conflict, there had been a strengthening of nationalist political parties, both at the political, economic, military and, social level and in the media. These parties relied on a triple legitimacy; political, constitutional and ideological gained during the war. Other political actors also acted against the emergence of democracy in Bosnia and Herzegovina; Serbia, through the SDS-BiH and Croatia through the HDZ-BH, favoring their own expansionist projects. Similarly, the ambiguous policy of islamization of the SDA constituted an obstacle to the democratization of Bosnia-Herzegovina. However, a comprehensive solution to the problem was encouraged by international actors such as the European community, the UN and then finally the United States. Confronted with the Bosnian war, the international community, despite its good intentions, still faced from political and economic constraints, and strategic differences that slowed its actions. It managed, however, to impose the Dayton agreement. The agreement marked the end of the Bosnian war and the proclamation of the territorial integrity of Bosnia-Herzegovina, shared between sharing in two distinct ethnic entities, the Muslim-Croat Federation (51% of the territory) and Serb Republic (49%). The Dayton Accords also legitimized nationalist political actors, by admitting them in the negotiations, and by placing the Bosnian state under international supervision. Finally the third part of this study deals with the attempt to reconstruct democracy in the years 1995 to -2000. This was made possible primarily by a return to peace ensured by the presence on Bosnian ground of peacekeeping forces, as well as by the establishment of a consociational democracy. Bosnia and Herzegovina remains a democracy "under control" limited by structures defined by the Dayton Accords, the action of the international community, the secessionist movements in Bosnia and Herzegovina of Serbian Slobodan Milosevic and Franjo Tudjman of Croatia, and the victory of nationalist political parties and their obstructionist policies. 2000 seems to have been the year of change: the victory of opposition parties in local and general elections, the return of refugees, local initiatives, the ascendance of progressive forces and moderate nationalists in Croatia and Serbia, and the implementation of the Stability Pact for Southeastern Europe. The relative stability of the country survives only through the imposition of reforms by the international community. Bosnia and Herzegovina in 2000 is therefore in a situation of "international protectorate". However, the prospect of joining the European Union could be a key lever for political, legal and economic measures in Bosnia-Herzegovina.

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  • Détails : 2 vol. (535 f.)
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