Les Artisans du texte. La culture de scribe en Égypte ancienne d’après les sources du Nouvel Empire

par Chloé Ragazzoli

Thèse de doctorat en Égyptologie

Sous la direction de Dominique Valbelle.

Soutenue le 10-12-2011

à Paris 4 , dans le cadre de École doctorale Mondes anciens et médiévaux (Paris) , en partenariat avec Orient et Méditerranée (Ivry-sur Seine, Val de Marne) (laboratoire) .


  • Résumé

    Au Nouvel Empire (1539-1075 av. J.-C.), les scribes – « ceux qui écrivent » en égyptien – prennent le devant de la scène dans les sources littéraires. Ils construisent et promeuvent une image d’eux-mêmes, qui révèle l’existence d’une communauté et d’un « monde social » (A. Strauss), fondés non pas sur la classe mais sur l’appartenance à une profession. Parmi les textes consacrés au métier de scribe, les florilèges appelés « miscellanées » ou « Enseignement par lettres » constituent une sorte de vademecum de la production écrite de l’époque, qui accompagne le scribe dans sa carrière et jusque dans sa tombe. Ils fonctionnent comme des véritables machines à produire d’autres textes, quand les deux autres types d’enseignements de l’époque, « l’Enseignement pour délier l’esprit » (les onomastica) et les « Enseignements par exemples » (les sagesses) portent respectivement sur le savoir théorique et le savoir pratique. Les scribes braconnent dans les modes d’expression du sommet de la société pour développer leur code de valeurs, qui repose sur l’éducation, les compétences au travail et leur rôle de transmetteurs (et non pas de créateurs). Des structures sociales fondées sur les relations professionnelles plutôt que familiales sont mises en avant. L’émergence d’une telle conscience communautaire se fait dans les termes des mutations idéologiques en cours. Une place plus grande est accordée à l’individu dans la société en mettant de côté les autorités traditionnelles au profit d’une divinité personnelle toute puissante. Les scribes peuvent ainsi faire de l’écriture une pratique de piété placée sous l’égide de Thot – les écrits leur survivront après la mort et assureront leur postérité. Chaque manuscrit devient un possible monument funéraire à travers le colophon. Les scribes réinvestissent en outre les tombes traditionnelles qu’ils visitent, en y laissant, sous la forme de graffiti, des textes commémoratifs à leur bénéfice mais aussi des offrandes littéraires.Cette promotion du mot écrit par rapport au discours trouve un écho dans les biographies monumentales des très hauts dignitaires et témoigne d’une diffusion des idéaux lettrés à l’époque.

  • Titre traduit

    Textual craftsmen. Scribes’ culture and self-fashioning in New Kingdom, Ancient Egypt.


  • Résumé

    In the New Kingdom (c. 1539-1075 BC) scribes – ‘those who write in Egyptian’ – took a prominent role in literary texts. There they constructed and promoted a self-image, framing themselves as the members of a specific ‘social world’ defined by their profession rather than belonging to a social class.This period corresponds to the flourishing of sources dedicated to the scribal trade, especially the Late Egyptian Miscellanies aka ‘Teaching by letters’. These collections of small texts were scribal tools and a vademecum of the textual production of the time. Kept by the scribe throughout his career and accompanying him to his tomb, they were a device for producing other texts, while the two other types of teaching, ‘Teaching to clear the mind’ (onomastica) and ‘Teaching from examples’ (wisdom texts) dealt respectively with theoretical and practical knowledge.Scribes borrowed phraseology from the top-elite to develop their own code of values, which was based on education, craftsmanship and personal skills. Social structures dependent on professional relationships rather than family were promoted. The development of such a community feeling reflected changes of ideology in progress at the time. A new position was granted to the individual in society through the shift of allegiance from traditional authorities to a personal, almighty god. Thus scribes could turn writing into a pious practice under the aegis of Thot – texts and copies would survive them and grant them posterity. Each manuscript became a potential funerary monument through colophons and signatures. Furthermore, scribes used the decorum of traditional tombs where they left prayers and commemorations as graffiti to their own benefit along with literary offerings. This promotion of the written word over the spoken one is echoed in monumental biographies of the top-elite and bears witness to the diffusion of learned values during this period.


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