Entre le texte et le corps : travail de deuil, performativité et différences sexuelles chez Hélène Cixous

par Sarah-Anaïs Crevier Goulet

Thèse de doctorat en Littérature et civilisation françaises

Sous la direction de Mireille Calle-Gruber et de Ginette Michaud.


  • Résumé

    Cette thèse propose de mettre en rapport les enjeux soulevés par la thèse de la philosophe Judith Butler concernant la « mélancolie du genre » et l’œuvre autobiographique d’Hélène Cixous, travaillée depuis ses commencements par la question du deuil et de la différence sexuelle/genre. Dans ce travail, nous souhaitons montrer en effet que la démarche philosophique théorique de Judith Butler, qui relit les thèses freudiennes sur le deuil, la mélancolie et la formation du moi en montrant l’importance de la perte au cœur de l’identité sexuelle, trouve des résonances dans le travail d’écriture et de réécriture « autobiographique » d’Hélène Cixous. L’écrivain reconfigure de fait la notion classique d’autobiographie, tout son œuvre vie étant marqué par un mouvement fondamental qui consiste à reconnaître les deuils et les séparations ayant donné naissance à l’écriture, un mouvement qui consiste, autrement dit, à créer une archive de l’autre. La thèse comporte deux parties : la première partie théorique explique les enjeux qui sous-tendent la « mélancolie du genre » pensée par Judith Butler et les effets de cette mélancolie sur le corps et la sexualité ; les notions de travestissement et de performativité sont revisitées à partir des notions psychanalytiques d’identification et d’incorporation. Puisque la mélancolie du genre est le résultat de la non-reconnaissance des premiers attachements homosexuels, la nécessité de repenser le rapport au maternel, du point de vue féminin plus particulièrement, est posée ; les notions de sémiotique (Julia Kristeva) et de chôra (Jacques Derrida/ Julia Kristeva) ouvrent ici la voie et nous invitent à penser la mère du côté du mouvement et de l’altération, de la plasticité (Catherine Malabou). La seconde partie propose une traversée de l’œuvre d’Hélène Cixous, depuis Dedans (1968) jusqu’aux toutes récentes fictions analysées à partir de la question du deuil et de la notion freudienne de la substituabilité des objets. Sont examinées les formes de substitutions des pertes inaugurales que sont pour l’écrivaine le deuil du père et le deuil de l’Algérie, substitutions qui passent d’abord et avant tout par le travail signifiant. La question de l’humain est abordée par la figure de l’enfant mongolien, dont la naissance quarante ans avant son entrée dans l’œuvre est venue faire vaciller toutes les divisions caractérisant habituellement le sujet (féminin/masculin, humain/animal, vivant/mort), y compris celle, capitale, entre né et non-né. La notion d’incorporation mélancolique est également mobilisée pour explorer les métamorphoses et nombreuses transfigures animales de l’écrivaine, qui mettent en avant la plasticité du vivant mais non moins sa fragilité. Incontournable, la question de la mère et du maternel chez Cixous est analysée dans son rapport à l’écriture et à la langue : lieu de mouvement, support de transformation et de transsubstantiation mais aussi contenance, la langue chez Cixous fait mère.

  • Titre traduit

    Between Text and Body : Work of Mourning, Performativity and Sexual Differences in the work ofHélène Cixous


  • Résumé

    This thesis proposes to make a link between the issues raised by Judith Butler regarding « gender melancholy » and Hélène Cixous’ autobiographical work, which has dealt from the start with the question of grief and sexual difference/gender. Our wish is to show how Judith Butler, in revisiting Freud’s theories on grief, melancholy and the formation of the ego, points out the importance of loss at the heart of sexual identity and finds resonance in Hélène Cixous’s « autobiographical » writings and rewritings. The writer, in fact, reconfigures the classical notion of what an autobiography is; her/his life-work is under the influence of a fundamental impulse seeking to identify the losses and separations which gave birth to the writing;an impulse which consists, in other words, in creating an archive of the other. The thesis is made up of two parts: the first part explains the issues underlying Judith Butler’s « gender melancholy »and the effects of this melancholy on body and sexuality; the concepts of transvestism and performative utterance are revisited based on notions of psychoanalytical identification and incorporation. The necessity to rethink the maternal relationship, especially from a feminine perspective, is posited. Notions of semiotics (Julia Kristeva) and of chôra (JacquesDerrida/Julia Kristeva) open the way and invite us to consider the mother from the angle of movement and modulation, of plasticity (Catherine Malabou). The second part offers a cross-section of Hélène Cixous’ work, starting from Dedans (1968) right up until her latest fiction, analyzed from the point of view of grief and the Freudian notion of the substitutability ofobjects. The initial losses, which for the writer mean mourning for a father and for Algeria, take on the form of substitutions which are found above all in the work of the signifiers. The human question is broached by the figure of the Down syndrome child whose birth forty years prior to appearing in the literary work, has come and put off balance the divisions which normally characterize the subject (feminine/masculine, human/animal, living/dead), including the crucial division between born and unborn. The notion of melancholic incorporation is also used to explore the metamorphoses and many animal transfigures of the writer, which highlight the plasticity of the living as well as its fragility. The unavoidable question of the mother and the maternal in Cixous is analyzed in its relation to writing and language: a place of movement, material for transformation and for transubstantiation, not to mention countenance. Language for Cixous enacts the mother.

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