L’œuvre-trace, questionnement de la présence dans les récits d'Antonio Tabucchi, Peter Handke et Pierre Péju

par Clélie Millner

Thèse de doctorat en Littérature générale et comparée

Sous la direction de Philippe Daros, Anna Dolfi and Vittorio Coletti.

Le jury était composé de Philippe Daros, Anna Dolfi, Vittorio Coletti, Emmanuel Bouju.


  • Abstract

    La trace peut être définie comme le vestige sensible qui provoque, chez qui l’observe, le trouble d’une présence-absence. Les récits d’Antonio Tabucchi, Peter Handke et Pierre Péju,trois écrivains nés dans les années 1940 dans des pays – l’Italie, l’Autriche et la France – ayant collaboré avec l’Allemagne nazie, sont habités d’une inquiétude aussi bien historique qu’ontologique et déclinent les modalités d’une représentation de la présence spectrale. Le caractère spectral du réel n’implique pas seulement le sentiment d’une douloureuse dépossession, mais aussi l’ouverture à un monde vécu dans le mouvement même de son apparition. Celui-ci se manifeste tour à tour comme une épiphanie, révélation d’un avènement originel, et comme un retour des spectres du passé, et plus particulièrement de ceux de la Seconde Guerre mondiale. L’œuvre-trace transmet ainsi – par ses thèmes, sa diégèse et ses choix stylistiques – une injonction éthique. Elle se fait l’écho d’une double responsabilité :celle, historique, des cendres du XXe siècle et celle, ontologique, de la fidélité à un présents cindé, qui ne peut être appréhendé qu’à travers la faille qui le constitue. L’oeuvre-trace se fait représentation littéraire d’un jeu interstitiel : blessure qui ne peut cicatriser et condition même de l’à venir ; et la quête heuristique, en refusant toute assertion, rejoint la démarche de la philosophie sceptique. La connaissance ne se laisse approcher que de façon asymptotique, trace de ce qui a été et esquisse de ce qui sera.

  • Titre traduit

    The narrative as trace, redefining the state of presence in the works of AntonioTabucchi, Peter Handke and Pierre Péju


  • Résumé

    The trace can be defined as the tangible relic which provokes confusion in theobserver’s mind by revealing a form of absent presence. The narratives of Antonio Tabucchi,Peter Handke and Pierre Péju, three writers born in the 1940s in countries – Italy, Austria and France – that collaborated with Nazi Germany, are filled with an anxiety which is historical aswell as it is ontological, and display the various forms of the spectral presence of the trace. Butthis spectral presence, which classically entails a distressing feeling of dispossession, also manifests the emergence of a new world which is physically perceived as it reveals itself. It is successively an epiphany, the revelation of an original advent, and the return of past spectres,and more particularly those of the Second World War. Through its themes, diegesis and stylisticchoices, the narrative as trace thus conveys an ethical injunction. It discloses the importance of atwofold responsibility: the historical legacy of the 20thcentury’s ashes, and the ontologicalrequest of accepting a present without certainty, that can only be apprehended through the verybreach that constitutes it. The narrative as trace thereby becomes the literary representation of asplit state of being, everlastingly wounded and ultimate condition of the coming future; and the heuristic pursuit, by rejecting any possibilities of assertion, concurs with the reasoning ofsceptical philosophy. Understanding can only be approached in an asymptotic way, trace ofwhat has been and sketched glimmer of what will be.

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