Forsan et Haec olim meminisse iuuabit : recherches sur les formes et aspects de la mémoire dans l'Enéide de Virgile

par Emmanuelle Raymond

Thèse de doctorat en Lettres et civilisations antiques

Sous la direction de Bruno Bureau.

Soutenue le 16-09-2011

à Lyon 3, dans le cadre de École doctorale Lettres, Langues, Linguistique et arts (Lyon).

Le président du jury était Sylvie Franchet d'Espèrey.

Les rapporteurs étaient Jean-Christophe Jolivet, Anton Powell.


  • Résumé

    Ce travail s’inscrit dans le sillage des études récentes sur la mémoire culturelle et démontre comment la notion de mémoire joue un rôle clef dans le déroulement de l’Énéide. L’épopée virgilienne attire fréquemment l’attention du lecteur sur la fabrique poétique d’une atmosphère mémorielle identifiable à travers les lieux de mémoire, des objets signifiants (monimenta) et certains personnages divins et humains. Parmi ces personnages, Anchise représente la mémoire du passé et Ascagne-Iule symbolise le futur en tant qu’ancêtre de la gens Iulia, tandis qu’Énée s’affirme comme le parangon de la memoria romana. Ses choix, ses errances, son séjour carthaginois, sa catabase, sa visite de Pallantée et même le meurtre de Turnus sont imprégnés de la dialectique de la mémoire et de l’oubli. Ces observations permettent de poser un nouveau regard sur le sens général du poème et d’interroger la réception de l’Énéide comme racontant l’accomplissement des fata de Jupiter. Le poème épique renvoie aussi à la narrativisation de la conquête progressive de la mémoire par Énée, qui offre d’intéressants échos aux préoccupations augustéennes sur l’alternative embarrassante entre la vengeance (ultio) et la clémence (clementia). Le poète suscite ainsi une réflexion sur la mémoire comme un puissant moteur de l’action épique, également présentée comme un lien entre les hommes et les époques grâce à la construction d’une mémoire culturelle romaine, héritière des identités culturelles troyenne et latine. Virgile n’utilise pas seulement la mémoire comme la pierre de touche de son poème mais témoigne souvent d’une forme de « mémoire rétroverse », un concept forgé pour les besoins de ce travail. Dans plusieurs passages, Virgile regarde en effet les événements qui ont lieu à l’époque d’Énée avec la subjectivité embarquée d’un poète vivant à l’époque augustéenne. Ce point de vue rétrospectif et prospectif offre un aperçu intéressant de la construction de la mémoire dans l’épopée et de son télos augustéen.

  • Titre traduit

    Forsan et haec olim meminisse iuuabit : studies on the Representation of Narrative Memory in Vergil’s Aeneid


  • Résumé

    This work draws on recent studies of cultural memory and aims to demonstrate that the notion of memory has a key role to play in the unfolding plot of the Aeneid. The virgilian epic calls the reader’s attention, more often than not, to the poetic fabric of a memorial atmosphere which is identified through ‘places of memory’; meaningful and powerful objects (monimenta); and divine and human characters. From theses characters Aeneas’s family emerges: Anchises represents the past and Ascanius-Iulus embodies the future as the ancestor of the gens Iulia. Aeneas, meanwhile, is the parangon of Memoria Romana. His every choice, the wanderings, the Carthaginian temptation, the catabasis, the visit of Pallanteum and even the death of Turnus at the end of the Aeneid, are permeated throughout with the dialectic of Memory and Oblivion. These observations encourage us to reconsider the general meaning of the poem and to question the reception of the Aeneid as an accomplishment of Jupiter’s fata and the realization of divine will. For the epic poem also seems to be the narrativization of Aeneas’s progressive conquest of memory. This, in turn, suggests intriguing echoes of Augustan preoccupations with the embarrassing alternative visions of ultio and clementia.The poet also raises the suggestion of memory as a driving force behind epic action, which is equally presented as a link between individual and time, owing to the construction of a Roman cultural memory inherited from Trojan and Latin cultural identities. Not only does Vergil use memory as a cornerstone for his narrative, but he often exploits the position of « reversive memory », a concept introduced by this thesis. In many passages, Vergil looks at the events of Aeneas’s time from the embedded perspective of a poet living in Augustan times. This both retrospective and prospective point of view provides a fascinating insight into the continuous construction of epic memory and its historical télos under Augustus.

Consulter en bibliothèque

La version de soutenance existe

Où se trouve cette thèse ?

  • Bibliothèque : Université Jean Moulin. Service commun de la documentation.
Voir dans le Sudoc, catalogue collectif des bibliothèques de l'enseignement supérieur et de la recherche.