Du poil et de la bête : iconographie du corps sauvage à la fin du Moyen Age (XIIIe - XVe siècle).

par Florent Pouvreau

Thèse de doctorat en Histoire

Sous la direction de Dominique Rigaux.

Soutenue le 21-11-2011

à Grenoble , dans le cadre de École doctorale sciences de l'homme, du politique et du territoire (Grenoble) , en partenariat avec Centre de recherche en histoire et histoire de l'art - Italie, pays alpins (Grenoble) (équipe de recherche) et de Centre de Recherche en Histoire et histoire de l'art. Italie- Pays Alpins- Interactions internationales (laboratoire) .

Le président du jury était Philippe Walter.

Le jury était composé de Dominique Rigaux, Miri Rubin, Christian Bromberger.


  • Résumé

    La fin du Moyen Âge est le théâtre de l'apparition et de la diffusion d'images singulières : celles d'hommes et de femmes intégralement couverts de poils. Attribut de l'homme sauvage, mais également de personnages ensauvagés et notamment d'ermites et de saints, le corps velu fait figure de véritable motif iconographique aux deux derniers siècles du Moyen Âge. Cette thèse, s'appuyant sur la méthode de l'analyse sérielle et s'inscrivant dans les problématiques de l'anthropologie historique, propose l'étude du motif à travers un corpus de 940 images. Il s'agit de comprendre à travers une collection représentative de sources (tendant à l'exhaustivité), comment le corps velu, à priori laid et bestial, est associé à la fin de la période à un ensemble de personnages tout à fait positifs, voire admirables. Une première partie, organisée autour du rapport entre texte et image, cherche à définir clairement les rapports entre l'iconographie du motif et les représentations littéraires et carnavalesques de l'homme sauvage. La question des emprunts mutuels entre la culture courtoise et la culture dite « folklorique » sous-Tend ce premier temps de l'analyse. Y sont également abordées les pratiques médiévales de la pilosité et la place occupée par le poil et la nudité dans l'art de cette période. Dans une seconde partie sont étudiés les éléments constitutifs de « l'être sauvage ». La relation entre le corps velu, le bestial et le démoniaque est abordée à travers l'iconographie d'Ésaü, de Merlin et d'Ursus, le roi mythique des Belges. La réflexion sur le rapport entre l'homme, la bête et l'espace sauvage est ensuite déplacée dans le champ des représentations de l'Orient, et dans celui de l'érotique courtoise faisant du sauvage une antithèse du chevalier. En dernier lieu, la troisième partie s'intéresse à la conception dynamique de la sauvagerie à travers le concept « d'ensauvagement ». L'analyse de la villosité comme conséquence du recours à la forêt permet de comparer l'iconographie de l'homme sauvage et celle des ermites et des pénitentes velus. L'excès de poil, davantage qu'un attribut bestial et dégradant, y apparaît alors très largement comme une manifestation du merveilleux ou du miraculeux. Parce qu'il n'altère pas le corps humain, il fait tour à tour figure de défaut d'humanité (laideur, animalité) ou de surplus héroïque (force, détachement du corps ou résistance à la souffrance). En conclusion, ce travail met en valeur le rôle de l'aristocratie dans la promotion de la figure de l'homme sauvage, qui constitue un moyen pour cette dernière d'affirmer son contrôle symbolique sur l'espace forestier. Le succès du personnage, également porté par le renouveau de l'érémitisme, entretien un rapport étroit avec celui d'autres figures comme les ermites velus, emblématiques du recours à la forêt et du renoncement au monde. Ces derniers trouvent une traduction iconographique particulière à travers les images de Marie-Madeleine, dont la diffusion dans l'espace germanique s'explique en partie par l'influence de la mystique rhénane.

  • Titre traduit

    Hair and the beast : The iconography of wild bodies at the end of the Middle Ages (XIIIth - XVIth centuries)


  • Résumé

    The end of the Middle Ages saw the apparition and diffusion of rather peculiar images: those of men and women entirely covered in hair. An attribute of the wild man, but also of individuals who took to the wild -Notably hermits and saints, the hirsute body became a veritable iconographic motif during the final two centuries of the Middle Ages. Adopting the methodology of serial analysis and drawing on the approach of historical anthropology, this thesis examines this motif through a body of 940 images. Drawing upon a representative collection of sources (verging on the exhaustive), the central research question is how the haircovered body, a priori ugly and bestial, came to be associated at the end of this period with a series of positive, at times revered, figures. Part one addresses the relation between text and image. It aims to clearly define the relationships between the iconography of the motif on the one hand, and literary and carnivalesque representations of the wild man on the other. The question of mutual borrowings between courtly culture and ‘folkloric' culture is central to this analysis. Medieval practices with regard to hairiness, and the place that hair and nudity occupied in the art of the period, will also be considered. Part two addresses those elements which constituted the ‘wild being'. The relationship between the hair-Covered body, the bestial, and the demonic are explored through the iconography of Ésaü, Merlin and the mythical Belgian king Ursus. This reflection on the interstices of man, beast and wild spaces then shifts to representations of the Orient, and to a courtly eroticism in which the savage was the antithesis of the chivalrous knight. Finally, Part three considers the constitution of wildness over time, drawing upon the concept of ‘ensauvagement'. Analyzing villosity as a consequence of recourse to the forest points to a comparison between the iconography of the wild man and that of hair-Covered hermits and penitents. An excess of hair, rather than being a bestial or debased condition, is thus transformed into a manifestation of the marvellous or miraculous. Because it does not alter the human body itself, it is by turns perceived as a lack of humanity (ugliness, animality) or as a heroic supplement (strength, detachment from the corporal, or resistance to suffering). In conclusion, this study underlines the role of the aristocracy in the promotion of the figure of the wild man, which offered a means of asserting symbolic control over forested spaces. The success of this figure, also assisted by the renewal of eremitism, is closely related to that of others, such as the hirsute hermit, similarly emblematic of an embrace of the forest and withdrawal from the world. These themes find particular iconographic expression in images of Marie-Madeleine, the diffusion of which across the Germanic lands can partly be explained by the influence of Rhinish mysticism.

Autre version

Cette thèse a donné lieu à une publication en 2014 par Comité des travaux historiques et scientifiques à [Paris]

Du poil et de la bête : iconographie du corps sauvage à la fin du Moyen Âge, XIIIe-XVIe siècle


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Informations

  • Sous le titre : Du poil et de la bête : iconographie du corps sauvage à la fin du Moyen Âge, XIIIe-XVIe siècle
  • Détails : 1 vol (327 p.)
  • ISBN : 978-2-7355-0831-0
  • Annexes : Bibliogr. p. 295-306. Notes bibliogr. Index.
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