L'organisation par projet : enquête dans deux établissements des industries automobile et aéronautique

par Lucie Goussard

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Jean-Pierre Durand.

Soutenue le 06-10-2011

à Evry-Val d'Essonne , dans le cadre de Sciences de la société .

Le président du jury était Vincent de Gauléjac.

Le jury était composé de Norbert Alter, Michel Gollac.

Les rapporteurs étaient Valérie Boussard, Olivier Cousin.


  • Résumé

    L’organisation par projet, entendue comme réorganisation radicale du travail autour d’un ou de plusieurs projets simultanés, est aujourd’hui largement répandue dans les grandes entreprises et dans les administrations publiques. Nombre de recherches en sciences de gestion expliquent cette vaste diffusion par la capacité de ce système à réduire considérablement les délais productifs. Toutefois, comme tout système productif, sa performance repose également sur l’implication des salariés intervenants dans les projets. Là encore, à en croire la rhétorique managériale, l’organisation par projet se révèlerait vertueuse : en accordant une plus grande autonomie aux salariés dans l’acte productif et en développant leurs qualifications par le biais des mobilités et de la pluridisciplinarité des équipes de travail, elle parviendrait à susciter pleinement leur engagement.Toutefois, des recherches en sciences de gestion et en sociologie nuancent quelque peu ce point de vue : l’organisation par projet se montrerait également déstabilisante pour les salariés. Ce constat, a priori contradictoire, invite à examiner comment la combinaison entre organisation du travail, management et systèmes informatiques, dans l’organisation par projet, rénove le régime de mobilisation des salariés. Pour répondre à ce questionnement, cette recherche s’appuie sur des observations, une analyse documentaire et 108 entretiens menés auprès de techniciens, ingénieurs et cadres de la conception de deux grandes entreprises françaises des secteurs automobile et aéronautique, où l’organisation par projet est fortement répandue. Structurée en trois parties, la démonstration se déroule de la manière suivante. La première partie démontre que les contraintes qui émanent de l’organisation du procès de travail, du management et des systèmes informatiques parviennent à mobiliser les salariés dans l’acte productif. La deuxième partie dévoile, ensuite, que l’engagement productif des salariés ne signifie pas qu’ils adhérent et légitiment pleinement cette forme d’organisation du travail. En dépit des sources de satisfaction qu’elle contient, l’organisation par projet s’avère, en effet, déstabilisante et ne manque pas de susciter des critiques chez les salariés. Enfin, la troisième partie de cette thèse explique les raisons de la portée subversive toute relative de ces discours et pratiques contestataires. La première de ces raisons est que le mécontentement se manifeste à un niveau individuel et ne trouve pas de relais auprès des instances capables de structurer une action collective et organisée. La seconde raison réside dans le fait que l’organisation par projet parvient à désamorcer la critique en l’individualisant et en se montrant sourde à l’égard de ses diverses manifestations. In fine, à travers son pouvoir coercitif et sa capacité à étouffer les formes de contestation formulées à son égard, l’organisation par projet parvient à se dispenser de l’adhésion pleine et entière des salariés ; ce qui, comme nous le verrons tout au long de cette thèse, n’est pas sans conséquence sur leur rapport au travail et leur santé.

  • Titre traduit

    The project-based organization : the examples of two companies of automotive and aircraft manufacturing industries


  • Résumé

    The project-based organization, considered as a radical reorganization of work around one or more simultaneous projects, is nowadays widespread in large companies and public administrations. Many management science studies explain this wide dissemination by the capacity of this system to considerably reduce the time of production. However, like any production system, its performance also relies on the involvement of the employees working on the projects. Moreover, according to the managerial way of thinking, the project-based organization would be virtuous: by giving more autonomy to the employees in the act of production and by developing their skills through mobility and interdisciplinarity of work teams, it would be able to arouse their full commitment. However, some sociological and management science studies somewhat qualify this opinion: the project-based organization would be unsettling for workers, as well. This, which could seems to be contradictory first, makes necessary to study how the combination of work organization, management and computer systems, in the project-based organization, reforms the workers’ commitment system. To answer this question, this study is based on observations, a literature review and 108 interviews with technicians, engineers and executives from industrial design. They work in two large French companies of automotive and aircraft manufacturing industries, where the project-based organization is widespread. Structured in three parts, the demonstration takes place as follows. The first part shows that the constraints created by the organization of the work process, the management and the computer systems enable to mobilize employees in the act of production. Then, the second part reveals that the productive commitment of the employees does not mean that they legitimate and adhere to this form of work organization. In spite of the sources of satisfaction it has, the project-based organization is in fact unsettling and sparks off criticisms among workers. Finally, the third part of this thesis explains the reasons of the slight subversive side of these dissenting opinions and practices. The first of these reasons is that the discontent comes to an individual level; there are no go-betweens able to structure a collective and organized action. The second reason is that the project-based organization manages to stop criticisms by focusing to its individual part and by being deaf to its various manifestations. Finally, through its coercive power and its capacity to hush up the forms of protests made against it, the project-based organization manages to dispense with the full commitment of workers, which, as we will see throughout this thesis, has many consequences on their conception of work and health.

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