Filles de la nuit, aventurières de la cité : arts de la citadinité et désirs de l’Ailleurs à Dakar

par Thomas Fouquet

Thèse de doctorat en Anthropologie sociale

Sous la direction de Michel Agier.

Soutenue en 2011

à Paris, EHESS .


  • Résumé

    Cette thèse s’appuie sur une enquête ethnographique conduite auprès de jeunes femmes sénégalaises qui se produisent quotidiennement dans des bars et boites de nuit de Dakar. La fréquentation de ces ‘‘ailleurs sociaux’’ leur permet de négocier diverses formes d’échanges économico-sexuels, souvent auprès de partenaires occidentaux, mais aussi de réinventer leur positionnement social en s’affranchissant de certaines frontières physiques et symboliques par la projection imaginaire dans des mondes plus vastes. Je nomme ces jeunes femmes aventurières de la cité afin d’évoquer les postures critiques et les trajectoires sociales alternatives qu’elles impriment dans les interstices spatio-temporels de la grande ville. La déclinaison de l’aventure au féminin et dans un cadre local/urbain fournit un contrepoint aux discours sociaux dominants qui voient dans ces jeunes femmes des « filles de la nuit » – métaphore prostitutionnelle fréquente à Dakar qui exprime une condamnation morale très explicite. L’approche dialectique aventurières/filles de la nuit met l’accent sur la tension entre identité prescrite et identité choisie. Elle permet d’envisager conjointement la stigmatisation sociale et les contraintes qui enserrent ces jeunes femmes d’une part, les performances identitaires et les narrations de soi qui sont au fondement de leurs pratiques et trajectoires sociales d’autre part. En filigrane des carrières de la nuit observées au plus près des stratégies de prédation et de subjugation des « sponsors » masculins, se dessinent des trajectoires d’extraversion rendues possibles par les compétences cosmopolites peu à peu acquises par les actrices. C’est sous cette optique que la question des désirs de l’Ailleurs fait l’objet d’un examen critique approfondi. Comment observer et interpréter ce qui se passe lorsque “se désirer Ailleurs” se heurte à l’enracinement contraint, mettant ainsi l’imaginaire et le corps – lieux de toutes les transpositions possibles – au travail ? Comment replacer la ‘‘culture de la migration’’ au Sénégal dans une trame sociale-historique de l’extraversion qui intègre une gamme de configurations sociales et historiques bien plus étendue ? Quelles en sont les spécificités générées et quels enjeux de savoir propres à la définition d’un art de la citadinité subalternenpeuvent être identifiés ? Enfin, quels sont les apports de telles analyses pour la compréhension des débats contradictoires de la modernité dont le Sénégal est le théâtre depuis le milieu du XXème siècle ? Les trajectoires des aventurières de la cité permettent de saisir la portée critique propre à l’invention d’un exil imaginaire – une prise de distance sociale et culturelle, un dépaysement sur place. Elles révèlent desarticulations complexes entre l’ici et l’Ailleurs, l’Autre et le semblable, mais aussi l’interdit et sa transgression, la réalité et le rêve, l’être et le paraître. Les configurations étudiées sont imprégnées de tels enchevêtrements, dans lesquels se jouent non seulement des formes d’énonciation de soi, mais des aspirations à une « autre histoire » possible qui comportent intrinsèquement des formes de contestation implicite. C’est sous cet angle que je me suis efforcé de comprendre les politiques du style qui émergent dans le sillage de ces cheminements sociaux alternatifs. Ceux-ci introduisent un questionnement de la modernité et du cosmopolitisme, non pas à l’aune de configurations achevées, universelles et stables, mais comme des terrains de contestation historiquement constitués et sans cesse réactualisés.

  • Titre traduit

    Night girls, city adventurers : arts of urban citizenship and desires for elsewhere in Dakar


  • Résumé

    This thesis is based on the ethnography of young Dakar women who produce themselves in bars and nightclubs, where they negotiate various forms of sexual-economic exchange while refashioning their social positioning through the reinvention of physical and symbolic boundaries. I call them city adventurers in order to discuss the critical postures and alternative social trajectories they print in urban interstices. Filigree careers of the night, some trajectories of extraversion are made possible by the cosmopolitan skills gradually acquired. How to replace the culture of migration in Senegal in a socio-historical frame of extraversion that includes a wider range of social and historical configurations? What are the specific issues linked to the definition of an art of urban subaltern citizenship? On the whole, what are the contributions of such analysis for understanding the debates of modernity which Senegal is the scene since the mid-20th century? The scocial trajectories of those city adventurers are rooted in the invention of an imaginaryexile- making a social and cultural distance, a change of scenery. This interpretation introduces a questioning of modernity and cosmopolitanism as terrains de contestation historically constituted and constantly updated.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (683 p.)
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : Bibliogr. p. 599-637. Index

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