Les origines et le monde. Réformes des réguliers, pouvoirs et société dans le diocèse de Clermont, vers 1420- vers 1680

par Grégory Goudot

Thèse de doctorat en Histoire

Sous la direction de Bernard Dompnier.

Le président du jury était Alain Tallon.

Le jury était composé de Jean-Marie Le Gall, Frédéric Meyer, Ludovic Viallet, Joseph Bergin.

Les rapporteurs étaient Jean-Marie Le Gall, Frédéric Meyer.


  • Résumé

    Jamais le Monde n’aura autant envahi les cloîtres qu’à la faveur de leurs réformes, là où l’idéal de reformatio commande volontiers à ceux qui ont souhaité fuir le Siècle de s’en retrancher toujours plus nettement. Tel est l’apparent paradoxe de la spirale réformatrice dans laquelle s’engouffre vers 1420 et pour deux siècles et demi cette terre de vieille tradition monastique qu’est le diocèse de Clermont. De quelle marge de manœuvre les ordres religieux disposent-ils dans ces entreprises qui rythment leur existence au premier âge moderne ? Précoce et puissant jusqu’en 1560, le revival monastique et conventuel de la Renaissance est d’abord confisqué par les princes, puis par la monarchie et ses évêques, mais l’effacement graduel des pouvoirs temporels entre 1520 et 1550 ouvre la voie à de nouvelles préoccupations pastorales sous l’épiscopat de Guillaume Duprat (1529-1560), précurseur du modèle tridentin et protecteur éminent des Minimes et des Jésuites. La conjonction de sa mort en 1560 et du déclenchement des guerres de religion met pour quatre décennies les réformes en sommeil ; pourtant les temps lourds du second XVIe siècle fondent le renouveau catholique qui fait rage après la pacification henricienne. Alors que les souverains aspirent à nouveau depuis 1560 à réformer l’Église gallicane et que la conversion d’Henri IV donne naissance à une monarchie dévote dont le règne de Louis XIII marque l’apogée, la primauté donnée par la réforme romaine à la mission pastorale de l’évêque sonne le glas de l’action concertée d’autrefois. L’autonomisation du pouvoir épiscopal, dont les choix politico-religieux de l’évêque réformateur François de La Rochefoucauld (1585-1610) sont à la fois indice et vecteur au temps de la Ligue, culmine sous les épiscopats des frères Joachim (1614-1650) et Louis (1651-1664) d’Estaing, puis de Gilbert de Veny d’Arbouze (1664-1682), qui ne craignent pas d’en remontrer au souverain duquel ils tiennent leur siège. Jusqu’en 1650, monarchie et épiscopat réforment et fondent plus que jamais, mais ne le font plus de concert : aussi le leadership réformateur se fragmente, s’atomise, se déplace vers les environnements locaux, au profit des laïcs autrefois écartés des affaires. À la faveur de la recharge sacrale née des clivages confessionnels, des dévots au profil atypique — une noblesse militaire et terrienne, farouchement catholique mais peu compromise dans la Ligue —, surtout des femmes et des veuves, promeuvent la diffusion des instituts emblématiques de la renaissance catholique, avant de céder vers 1640 les premiers rôles à une notabilité officière urbaine qu’intéresse bientôt davantage l’action charitable. Lâchées dans l’espace public, les réformes mobilisent et transforment des villes qui font d’elles un nouveau motif de rivalité pour s’en détourner entre 1660 et 1670, en même temps que la monarchie louis-quatorzienne acquise aux théories mercantilistes, plus attentive à la défense de l’orthodoxie qu’à la réforme de la structure ecclésiale. Si bien qu’en dernière analyse, si la multiplication effrénée des acteurs, des interlocuteurs et des soutiens potentiels a pu faire au temps de l’euphorie le jeu des projets réguliers, elle les a assujettis en contrepartie aux caprices d’un Monde qui les enterre en quittant une modernité pour une autre.


  • Résumé

    The world never invaded the cloisters as frequently as on the occasion of their reforms, whereas the ideal of reformatio ordered those who wished to flee the Century to withdraw from it strictly. Such is the seeming paradox of the reforming spiral in which the diocese of Clermont rushed around 1420 and for two and a half centuries. What room for maneuver did the religious orders have in those ventures that punctuated their lives in the early modern period? Precocious and powerful up until 1560, the regular revival in the Renaissance was at first hijacked by the princes, then by the monarchy and its bishops, but the gradual obliteration of temporal powers from the reforms between 1520 and 1550 opened the way to new pastoral preoccupations under the episcopacy of Guillaume Duprat (1529-1560), a forerunner of the tridentine model and an eminent protector of the Minims and the Jesuits. The conjunction of his death in 1560 and of the start of the French wars of religion kept the reforms dormant for four decades; yet the hard times of the late 16th century set up the catholic renewal that raged after the Edict of Nantes. While the sovereigns aspired again since 1560 to reform the Gallican Church, while the conversion of Henry IV gave rise to a pious monarchy that peaked under the reign of Louis XIII, the primacy given by the tridentine model to the pastoral office of bishops sounded the death knell of the formerly concerted action. The empowerment of the episcopal function, revealed and increased in the time of the Holy League by the politico-religious choices of reforming bishop François de la Rochefoucauld(1585-1610), peaked under the episcopacies of Joachim d’Estaing (1614-1650), Louis d’Estaing (1651-1664) and Gilbert de Veny d’Arbouze (1664-1682), who did not fear to teach the kings who nominated them a thing or two. Until 1650, monarchy and episcopacy reformed and founded more convents than ever, but did not act together anymore: therefore, the reforming leadership fragmented, atomized itself and shifted towards local environments, for the benefit of the laity formerly kept out from these affairs. Thanks to the spiritual renewal which ensued from the confessional divisions, a devout laity with atypical profile — an old landed aristocracy, fiercely catholic but rarely involved in the Holy League —, mostly women and widows, promoted the spreading of the Counter-Reformation emblematic religious orders, before abandoning the leading role around 1640 to an urban notability consisting of royal officers who soon took a greater interest in charity. Unleashed in public space, the reforms became new grounds for rivalry between the towns, which turned away from them after 1660 at the same time as the monarchy did, acquired to mercantilist theories and more mindful of orthodoxy than of the reform of the Church. In the last analysis, the dramatical increase in the number of key actors, interlocutors and potential supports benefited to the plans of the regulars in times of euphoria, but in return it subjugated them to the whims of a World which buried them while shifting from one modernity to another.

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