Le jeu dans la thérapie des enfants : une approche psychanalytique

par Marie Lenormand

Thèse de doctorat en Psychologie

Sous la direction de Jean-Jacques Rassial.


  • Résumé

    Ce travail envisage la question de la fonction du jeu dans la thérapie des enfants à partir d’un point de vue clinique et théorique. Dans un premier temps, trois approches psychanalytiques sont mises en perspective. Celle de Donald Woods Winnicott – qui fit du jeu le paradigme de la cure analytique – est envisagée du point de vue de la notion de playing, de ses paradoxes théoriques ainsi que des impasses auxquelles cette notion peut conduire si elle n’est pas clairement distinguée de la notion commune de jeu. La théorie de Melanie Klein, ensuite, est envisagée selon deux points de vue : celui d’une « technique analytique du jeu », découverte permettant la cure des enfants et posant la difficulté d’une réduction du jeu à une technè et, d’autre part, celui d’une théorie du jeu conçu comme « personnification » dont le mécanisme, en définitive schizo-paranoïde, consiste en la combinaison d’une Spaltung et d’une « projection ». Dans un troisième temps, le jeu, conformément à une approche freudienne, se trouve, d’une part, métapsychologiquement envisagé dans son rapport au fantasme. D’autre part, un rapprochement du mécanisme de l’humour et de celui du jeu permet d’évoquer un dispositif ludique fondé sur la dénégation. Au terme de ce parcours, est proposée une tripartition structurale des jeux épousant le champ freudien. Selon cette classification, sont distingués trois types de jeux : les jeux « trompe-l’œil » fondés sur le mécanisme de la dénégation (Verneinung), les jeux « leurres » fondés sur le déni (Verleugnung) et enfin les jeux « suppléance » fondés sur le mécanisme de la forclusion (Verwerfung). Suite au constat selon lequel une telle classification ne permet pas d’embrasser l’objet-jeu dans toute sa complexité, c’est la spécificité de la forme ludique qui se verra prise en considération, dans un deuxième temps, selon une logique trans-structurelle. Le jeu ne pouvant être réduit à un seul de ses aspects – réduction trop fréquente dans la littérature –, il est proposé d’étudier celui-ci sous trois angles différents dialectiquement liés. Tout d’abord, c’est la dimension du « cadre » du jeu qui est envisagée, c’est-à-dire la question de la structure ludique : ce qui fait d’un jeu un jeu ainsi que l’intérêt d’un tel repérage pour la clinique. Ensuite, c’est le contenu du jeu qui, dans sa phénoménologie « d’être-au-jeu », est pris en considération selon deux axes : d’une part, le jeu en tant qu’institution d’un monde et d’autre part le jeu en tant que « pensée sauvage » structurée à la manière du mythe. Est avancée l’hypothèse selon laquelle, dans la forme du jeu, ce sont les déterminants du sujet qui trouvent à s’énoncer. Enfin, c’est la dimension « jouante » du jeu – et non plus « jouée » – qui se trouve approfondie. Permettant de dépasser une approche du jeu toujours tentée, du point de vue clinique, par la psychopathologie, c’est la dimension créatrice et inédite du jeu qui trouve à être développée.

  • Titre traduit

    Play in the therapy of children : a psychoanalytic approach


  • Résumé

    This doctorate envisions the question of the function of play in the treatment of children, from a clinical and theoretical point of view. First, three psychoanalytic approaches are put into perspective. The approach pioneered by Donald Woods Winnicott – who made play the paradigm of the psychoanalytic cure – is considered through the notion of playing. We consider the theoretical paradoxes of this notion, as well as the impasses to which it can lead if it is not clearly distinguished from the common notion of play. Next, we unpack two of Melanie Klein's concepts : firstly, her “psycho-analytic play technique,” a discovery that opened up the cure to children, and that exposed the difficulty of reducing play to technè, and secondly, a theory of play conceived of as “personification” whose mechanism, by definition schizo-paranoid, consists in the combination of Spaltung and “projection.” Finally, the Freudian model conceives of play as a formation of the unconscious, just like dreams or faulty acts. For Freud, the game is a space where fantasies are created. We will compare Ernst's and Hans' play with that of Arpad, Sándor Ferenczi's “little chanticleer”, in order to tease out two possible tendencies of play: on the one hand, negation, and on the other hand, disavowal. Following this exposition, we propose a Freudian-inflected tripartite structure of play. According to this classification, we distinguish play based on the mechanism of negation (Verneinung) that we call “trompe-l'oeil” games; play based on disavowal (Verleugnung) that we call “decoy” games; and finally “suppléance” games based on the mechanism of foreclusion (Verwerfung). We maintain that detecting the principal mechanism at play in a child's game is an indispensable moment for receiving him as a patient. A second line of thought, in counterpoint to this triple classification, attempts to describe the “three dimensions” of play. If the first classification divided the notion of play, we now attempt to illuminate play's multiple facets. First of all, we interrogate the “frame” of playing, in other words, its structure. What makes a game a game and what is the clinical interest of this distinction? Next, a phenomenology of the “being-at-play” induces a study of the content of play. Play will be considered along two axes: on the one hand, the game as world-making, and on the other hand, the game as “untamed thought” (Levi-Strauss) with a mythical structure. Our hypothesis is that the determinants of the subject are enunciated in the form taken by the game. Finally, we consider the active dimension of play: the child as playing and not as plaything. In this section, we explore the creative and innovative dimension of playing in contrast with the content of his play, allowing us to move beyond an approach to playing that remains colored, from a clinical point of view, by psychopathology. For the subject, this dimension of play inaugurates a new relationship to the real.


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