Parler en démocratie : discours et espace public dans la politique argentine des années 80

par Julia Gabriela Smola

Thèse de doctorat en Sciences juridiques et politiques. Philosophie politique

Sous la direction de Étienne Tassin et de Eduardo Rinesi.

Soutenue en 2010

à Paris 7 en cotutelle avec l'Université de Buenos Aires .


  • Résumé

    Le 14 juillet 1981, alors que l'Argentine vivait encore sous sa dernière dictature, les principaux partis politiques, réunis dans la autoproclamée Mesa Multipartidaria National, émettaient un communiqué de presse qui affirmait que "l'étape de transition à la démocratie [est] initiée". Ce jour, une étape fondatrice s'ouvrait en Argentine. Il marquait le début d'une époque pleine d'espoirs et d'expectatives dans laquelle la politique incarna la promesse de faire de l'Argentine un pays viable. Cette période se prolongea durant toute la décennie et elle se clôt à la fin de l'année 1993, lorsqu'un de ses principaux protagonistes décrète sa fin. Ce jour de décembre, Raûl Alfonsin, après avoir mené des négociations autours de la réforme de la Constitution avec son successeur à la présidence de la République, Carlos Menen, annonça que la démocratie se trouve enfin consolidée. Nous avons pour objectif, dans ce travail, d'enquêter sur le processus de constitution de ces sens à travers une analyse des disputes et tensions discursives qui ont marqué la décennie. Nous proposons de suivre les dialogues et les débats qui se présentent entre les différents discours sociaux. Nous attacherons une attention particulière aux tensions internes à ces discours, afin de comprendre les processus conflictuels par lesquelles se cristallisèrent les sens de notre démocratie contemporaine. Nous défendons l'hypothèse que, durant ces années, il eut un grand débat sur le sens politique de certains termes qui constituent, aujourd'hui encore, notre principal vocabulaire politique. Ce débat s'est développé sur plusieurs fronts et différents scènes, qui occupèrent alors une centralité dans la vie politique argentine. Ces espaces privilégiés de débat ont été les Actes politiques (Actos politicos\ le Procès aux Juntes Militaires, ainsi que le milieu universitaire. Nous voulons relever la pluralité de sens des certains termes et notions, pour ensuite suivre les processus qui ont déterminé un ucage particulier en fixant sa signification. Nous effectuerons une analyse politique de différents discours pour mettre en évidence les usages que prirent les termes dans les querelles politiques. Nous cherchons à déterminer les processus de dispute et de constitution du sens de certains termes essentiels à la politique argentine. Cela nous conduit à enquêter, au-delà des contenus du "discours politique", sur la relation entre la politique et le discours. Celle-ci nous semble la caractéristique la plus marquante de l'époque que nous abordons : la tendance discursive de l'activité politique. Pourquoi la politique argentine de la "transition" se faisait - comme le disait Oscar Landi - à travers des paroles ? Quels sens ces mots portaient-ils ? Mais aussi, quels étaient les usages et les circulations de la parole comme forme privilégiée de l'action politique ? Ces questions, considérées isolément, semblent relativement banales. Puisque la démocratie est généralement conçue comme un régime où la politique est surtout affaire de paroles. Néanmoins, dans notre contexte, la question est loin d'être une évidence. En effet, l'intérêt de l'investigation se révèle à la lumière d'autres périodes historiques de la démocratie argentine, durant lesquelles la parole n'a pas une place centrale dans la politique. Dès lors, mener une enquête sur l'usage du discours durant les années quatre-vingt, c'est aussi, dans une certaine mesure, révéler les changements opérés, du moins dans la relation entre la politique et le langage, au cours de la décennie suivante. . .

  • Titre traduit

    Talking in democracy : speech and public realm in Argentinean politics of the nineteen eighties


  • Résumé

    On July 14, 1981, when Argentina was still under the last dictatorship, the main political parties united in the self-proclaimed Mesa Multipartidaria National emitted a press release which stated that "the stage of transition to democracy [was] initiated". That day, a foundation stage opened in Argentina. It marked the beginning of an era tull of hopes and expectations that the political embodied in the promise of making a viable country. This period lasted throughout the decade and it ended in the year 1993, when one of its main protagonists stated that the transition to democracy was finally finished. That day in December, after conducting negotiations for the constitution's reform with the president Carlos Menem, Raúl Alfonsin, former president and leader of the main opposition party, announced that democracy was finally Consolidated. Our objective in this work is to investigate the process of formation of these meanings through an analysis of the discursive disputes and tensions that marked the decade. We propose to follow the dialogues and debates that arise between different social discourses. We will attach special attention to the tensions within these discourses, to understand the conflictive processes by which the meaning of our democracy today had crystallized. We defend the assumption that during these years there was a great debate about the political meaning of certain terms that constitute, even today, our main political vocabulary. This debate has developed on several fronts and different scenes, which then occupied a central position in Argentine's politics. These privileged areas of discussion where the political meetings (Actos politicos), the Trial of Military Government (Juicio a las Juntas), and the intellectual and academic domain. We want to study the multiplicity of meanings of certain terms and concepts, and then follow the process that determined a particular purpose in fixing its meaning. We will conduct an analysis of various political speeches to highlight the uses of words and concepts in political quarrels. We seek to determine the dispute process and constitution of the meaning of certain key terms in Argentine politics. This leads us to investigate, beyond the contents of "political speech", on the relationship between politics and discourse. This seems the most striking feature of the time that we address: the tendency of the political discourse. Why politics in Argentineans "transition to democracy" is "done" - as Oscar Landi used to say - mainly through words? What are the meanings of these words? But also, what were the uses and circulation of speech as a privileged form of political action? These issues, considered in isolation, seem relatively mundane, since democracy is generally conceived as a System where politics is largely a matter of words. However, in our context, the issue is far from obvious. Indeed, the interest of this investigation is revealed in the light of other historical periods of Argentine democracy, during which speech has not a central place in politics. Therefore, to investigate the use of discourse in the eighties, it is also, to some extent, to reveal how politics and language changed in the next decade. . .

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Informations

  • Détails : 1 vol. (378 f.)
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : Ref. p. 332-341

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  • Bibliothèque : Université Paris Diderot - Paris 7. Service commun de la documentation. Bibliothèque Universitaire des Grands Moulins.
  • PEB soumis à condition
  • Cote : TL (2010) 035

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  • Non disponible pour le PEB
  • Cote : GM1571-2010-2
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