Développement des capacités de segmentation de la parole continue en mots, chez les enfants francophones : données électrophysiologiques et comportementales

par Louise Goyet

Thèse de doctorat en Psychologie

Sous la direction de Thierry Nazzi.

Soutenue en 2010

à Paris 5 .


  • Résumé

    L'acquisition du lexique (des mots) constitue une étape nécessaire pour le développement du langage. Cependant, pour acquérir un lexique, il est nécessaire que les jeunes enfants soient capables d'extraire et de découper dans le flux continu de paroles des unités de son, correspondant à la forme sonore des mots. Cette capacité d'extraction ou de découpage de ces formes sonores porte le nom de processus de segmentation. Ce processus de segmentation des unités sonores n'est pas trivial, parce que la parole est un signal continu de sons, et que les pauses entre les mots sont rares et enfin parce que les enfants entendent rarement des mots isolés. Par conséquent, comment les enfants vont-ils segmenter des mots dans la parole continue? Quels sont les mécanismes sous-jacents à ces processus de segmentation? Pour répondre à ces questions, il faut noter qu'il a été établi dans la littérature (Saffran et al. , 1996a ; Jusczyk et al. , 1999b) qu'à partir d'un âge précoce (8 mois), les jeunes enfants disposent de multiples procédures de segmentation leur permettant de découper la parole en mots, qui s'appuient sur différents indices phonologiques: prosodie/rythme, indices allophoniques, contraintes phonotactiques et les informations distributionnelles. La problématique de ce travail de thèse porte sur l'étude de la sensibilité des jeunes enfants francophones à un indice majeur de segmentation spécifique: la prosodie/ rythme. Plus précisément, ce travail s'inscrit dans la continuité de l'hypothèse d'initialisation rythmique (Nazzi et al. , 1998) selon laquelle, pour segmenter la parole, les jeunes enfants s'appuieraient sur l'unité rythmique de leur langue maternelle (l'unité trochaïque pour les langues à stress : anglais, allemand, hollandais ; l'unité syllabique pour les langues syllabiques : français, italien, espagnol). Ainsi les travaux de Nazzi et al. (2006) ont montré qu'à 12 mois, les enfants francophones segmentent les mots en syllabes indépendantes, puis à 16 mois, en unités cohérentes. Afin de réévaluer l'ensemble de ces problématiques, nous avons utilisé deux méthodes expérimentales: une méthode électrophysiologique (ERPs: event-related potentials) et une méthode comportementale (HPP: Headturn Préférence Procédure ou méthode du regard préférentiel). L'objectif de ce travail de thèse est tout d'abord de réévaluer au cours du développement de l'enfant l'hypothèse d'initialisation rythmique (segmentation syllabique), puis la segmentation du mot comme une unité cohérente, auprès d'enfants francophones âgés de 8 et de 12 mois (Nazzi et al. , 2006), et enfin d'analyser comment interagit l'utilisation de ces différentes indices de segmentation et par conséquent, leur impact sur le processus de segmentation. Les résultats de cette recherche ont permis de valider l'hypothèse d'initialisation rythmique chez ces enfants francophones, et par ailleurs de montrer que l'utilisation des indices de segmentation varie selon leur rôle respectif dans le signal de parole.

  • Titre traduit

    Development of word segmentation habilities in fluent speech by French-Learning infants : electrophysiological and behavioural studies


  • Résumé

    The acquisition of the lexicon (words) constitutes a main stage in language development. However in order to acquire the lexicon of their native language, infants must learn to identify and to segment word forms in continuous speech. This ability to extract word forms into continuous speech is called: the word segmentation. This word segmentation ability is thus crucial for language acquisition. However, accessing word forms would not be an issue if word boundaries were clearly marked at the acoustic level, or if words were (often) presented in isolation. So how, infants could segment fluent speech? What are developmental origin of segmentation abilities and the underlying mechanisms involved? Numerous studies have shown that segmentation abilities emerge around 8 months (Saffran et al. , 1996 ; Jusczyk et al. , 1999b), develop during the following months, and rely on infants' processing of various word boundary cues (allophonic, phonotactic, prosody/rhythmic, Transitional Probability cues) which relative weight changes across development. The goal of this PHd research is to focus on the rhythmic main unit segmentation cue which depends on the native language rhythmic type (Jusczyk et al. , 1999 ; Nazzi et al. , 2006). Furthermore, these researches will fit into the continuity of the solution of the bootstrapping issues, in the form of the early rhythmic segmentation hypothesis (Nazzi et al. , 1998). This hypothesis states that infants rely on the underlying rhythmic unit of their native language at the onset of segmentation abilities (the trochaic unit for stress-based languages: English, German and Dutch, the syllable for syllable-based languages: French, Italian, Spanish). For French, behavioural evidence (Nazzi et al. 2006) showed that infants could use the rhythmic unit appropriate to their native language (the syllable) to segment fluent speech by 12 months of age (word are segmented into syllable units), but failed to show whole word segmentation at that age, (ability which emerge at 16 months). Given the implications of such findings, the goal of this PHd research will be to study and to re-evaluates during the development, the early rhythmic segmentation hypothesis (the syllabic segmentation), the issue of whole word and the interaction of the use of various segmentation cues and by consequence their impact on word segmentation. To evaluate this, we used two experimental methods: an electrophysiological one (High density ERPs: event-related potentials), and a behavioural one (HPP ; Headturn Preference Procedure), by testing French-learning 8 and 12-month-olds on bisyllabic word segmentation. The results of the research confirm, for these French-learning infants, the rhythmic-based segmentation hypothesis, which postulate that French-learning infants rely on syllables to segment fluent speech, and in addition, the results show that the use of these cues, differs according to their respective weight into the fluent speech.

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  • Détails : 1 vol. (192 f.)
  • Annexes : Bibliogr. f. 139-153

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