Les pratiques interventionnistes africaines ou la banalisation du principe de non-intervention

par Abdoulaye Kouyate

Thèse de doctorat en Droit international public

Sous la direction de Mohamed Salah Helali.

Soutenue le 30-01-2010

à Nancy 2 .

Le président du jury était Jean Charpentier.

Les rapporteurs étaient Syméon Karagiannis, Pierre Eckly.


  • Résumé

    Le droit international public s’articulant autour de la coopération interétatique et l’interdiction formelle faite aux Etats de ne pas violer la souveraineté de leurs pairs, le principe de non-intervention occupe une place centrale dans l’architecture judiciaire des relations internationales. Cette articulation est à la fois tranchée sur le plan normatif mais elle est compliquée sur le plan pratique. Une telle complexité donne aux Etats une marge de manœuvre subtile qui leur permettrait de violer le principe de non-intervention. Les Etats africains ayant combattu et dénoncé les violations portées à leur souveraineté, ne font pas l’exception à la mauvaise foi des Etats dans la violation du principe de non-intervention. Ainsi, la recrudescence de l’interventionnisme entre les Etats africains discrédite le discours officiel de ceux qui dénoncent les interventions des pays occidentaux dans leurs affaires internes. Cette contradiction est la preuve de la banalisation des pratiques interventionnistes sur le continent africain. En effet, depuis les indépendances des années soixante, les nouveaux Etats africains ont conjugué la lutte de l’affirmation de leurs souverainetés face aux anciens colonisateurs avec les interventions dans leurs propres rapports dans le cadre africain. La guerre froide a donné une excuse aux intervenants africains sous prétexte qu’ils ne maîtrisaient pas le jeu, et que chaque Etat était obligé de se prêter à la politique du bloc auquel il appartenait. Avec la fin de l’antagonisme Nord-Sud, on s’attendait à voir diminuer considérablement les interventions sur le continent africain. Paradoxalement, l’on assiste à une forte augmentation des interventions entre les pays africains, des interventions de plus en plus violentes dans leurs formes. Ainsi, la recrudescence des rébellions en Afrique témoigne de la banalisation du principe de non-intervention dans les rapports interafricains. La sécurité collective prend une force mafieuse en Afrique sous couvert des organisations régionales (CEDEAO, SADC et UA). La banalité a même atteint son paroxysme, à telle enseigne qu’on assiste à de véritables guerres d’agression dans certaines régions du continent africain. Les exemples illustratifs de cet esprit de guerre africaine sont entre autres, la guerre rwando-ougandaise contre la République Démocratique du Congo (RDC) et l’invasion éthiopienne en Somalie. Des interventions qui passent sous silence, comme si l’on assistait à quelque chose de normal, laissant entendre par-là, qu’on assiste à l’émergence de nouvelles pratiques africaines consacrant une coutume locale. Pourtant, ces pratiques dans leurs formes et dans leurs esprits ne sauront devenir une coutume locale. Au demeurant, on assiste à la multiplication des pratiques interventionnistes confortant la thèse selon laquelle, le continent africain serait imperméable au juridisme du monde civilisé. La coutume étant une acceptation générale des pratiques comme consécration du droit, les pratiques interventionnistes contestées par certains Etats africains, non seulement dans le cadre africain mais aussi dans le cadre universel. En tout état de cause, ces pratiques versent dans la violation, étant en contradiction avec la norme supérieure des Nations Unies, notamment l’art. 2, § 4 et 7 de la Charte de l’ONU. Et la supériorité juridique de la Charte des Nations Unies ne fait pas de doute de règles régionales contradictoires, conformément à l’art. 103 de la Charte de l’ONU et de l’art. 53 de la Convention de Vienne sur le droit des traités.

  • Titre traduit

    African Interventionist Practices or the Trivialization of the Principle of Non-Intervention


  • Résumé

    International public law being based on the cooperation of states and the formal requirement that states respect the sovereignty of their peers, the principle of non-intervention occupies a central place in the legal architecture of international relations. This statement simultaneously stands in contrast with normative plans and complicates practical ones. Such complexity gives nation states a small amount of maneuvering room that may permit them to violate the principle of non-intervention. African nation states having fought and denounced violations of their sovereignty are no exception from the bad faith that countries show in violating the principle of non-intervention. As such, the new wave of interventionism between African states discredits the official discourse of those who denounce the interventions of Western countries in their own internal affairs. This contradiction is proof of the trivialization of interventionist practices on the African continent. In effect, since their independence in the 1960s, the new African states have linked the fight for the affirmation of their sovereignty against their former colonial powers with interventions conducted in their own interest in the African framework. The Cold War gave the African interveners an excuse, under the pretext that they were still at risk, and that each country was obliged to help the other countries in the political block to which it belonged. With the end of the fighting between the north and the south, a considerable diminution in the number of interventions on the African continent was expected. Paradoxically, one saw a strong increase in the number of military operations between African countries, which were more and more violent in their nature. Thus, the increase in rebellions in Africa speaks to the trivialization of the principle of nonintervention in interafrican relations. The unionization of collective security under the cover of regional organizations is in line with the logic of the more common resort to force (ECOWAS, SADC and AU). The commonplace nature has even reached its own paroxysm, so such so that one sees true wars of aggression in certain regions of the African continent. Illustrative examples of this African mindset toward war are, among others, the Rwanda-Uganda war against the Democratic Republic of Congo (DRC), and the Ethiopian invasion of Somalia. Interventions that pass in silence, as though we were watching something normal, let it be understood that we are witnessing the emergence of new practices giving rise to local custom. However, these practices in their spirit and form will not in fact become local custom. All things considered, one expects the rapid increase of interventionist practices supporting the thesis according to which, the African continent would be impermeable to the laws of the civilized world. That thesis being a general acceptance of practices such as the recognition of law, the interventionist practices of certain African States have been contested not only in Africa but also throughout the world. In all disputed cases, these practices result in a violation of the law, being in contraction with the higher standards of the United Nations, notably Article 2, Sections 4 and 7 of the Chart of the United Nations. A judicial superiority conforming to Article 103 of the Charter of the United Nations and to Article 53 of the Convention of Vienna on the Law of Treaties.

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