Les primates quaternaires de Song Terus (Java Est, Indonésie) : implications paléobiogéographiques et archéozoologiques pour l'Asie du Sud-Est

par Thomas Ingicco

Thèse de doctorat en Préhistoire

Sous la direction de Dominique Gommery et de Anne-Marie Moigne.

Le président du jury était François Sémah.

Le jury était composé de Brigitte Senut, Tony Djubiantono, Masanaru Takai.

Les rapporteurs étaient Peter Stafford Bellwood, John De Vos.


  • Résumé

    Les primates non-humains représentent plus de 70% de la faune holocène du site archéologique en grotte de Song Terus, Java Est (Indonésie). En focalisant notre étude sur ce site, qui présente un remplissage stratigraphique d’une puissance de 15 m recouvrant la limite Pléistocène-Holocène, nous disposons du contexte temporel et spatial où toutes les questions concernant l’interaction homme/primates non-humains peuvent être abordées. Nous commençons cette étude par une présentation générale du contexte, et par la mise en place de référentiels essentiels à notre recherche, mais néanmoins lacunaires jusque là. C’est pourquoi nous décrivons en détail le squelette de l’holotype naturalisé de l’espèce Trachypithecus auratus, jamais décrite du point de vue ostéologique. Nous mettons également en place, plus loin, un système d’estimation des âges au décès des fossiles, basé sur les stades d’usure dentaire. Après une discussion concernant les problèmes existants quant à la place des primates-non humains dans l’actuelle biostratigraphie de Java, nous décrivons en détail les fossiles holocènes de Song Terus. L’espèce T. Auratus représente plus de 96% des restes de primates non-humains, l’espèce Macaca sp. Représentant moins de 4%. Les crânes des fossiles de T. Auratus sont très proches des spécimens actuels, avec toutefois certains caractères partagés avec les individus de Java uniquement, alors que d’autres sont partagés avec les individus de Sumatra et de Bornéo seuls. Nous cherchons à comprendre ceci en étudiant le contour de l’orbite qui nous semble discriminer les fossiles des espèces actuelles. Les descripteurs de Fourier ont été utilisés. Un seul des fossiles les plus récents géologiquement ressemble aux spécimens actuels de T. Auratus, dont la morphologie des individus de Java, de Sumatra et de Bornéo apparaît continue. En revanche, les autres fossiles sortent de la variabilité des spécimens actuels. Nous décidons alors de tester la part de l’endémisme insulaire et des pressions paléoenvironnementales sur ces conformations de l’orbite par une analyse de Two-Block Partial Least Square. Les résultats mettent en évidence une migration unique probablement ancienne du genre Trachypithecus en Asie du Sud-Est insulaire. En revanche, des migrations multiples d’îles en îles ont eu lieu jusqu’à des périodes très récentes, ce qui permet de relativiser l’ouverture de l’environnement sur le plateau de la Sonde durant le dernier maximum glaciaire. Dans la dernière partie de travail, nous cherchons à comprendre la nature de la relation homme/primates non-humains dans le site de Song Terus. L’études des micro-usures dentaires des fossiles de T. Auratus met en évidence une grande consommation de fruits/graines, ce qui est inattendu pour cette espèce hautement folivore, considérée pour des raisons biologiques, parmi la moins flexible des primates. La question d’une relation commensale de ces primates à l’homme est posée. Nous cherchons à l’éclaircir par les méthodes de l’archéozoologie et de l’analyse spatiale. Les résultats obtenus sont complexes et difficiles à interpréter. L’ensemble du squelette est représenté dans le site mis à part les mains. Nous nous sommes interrogé sur les raisons de cette absence, qui pourrait être justifiée par des techniques de piégeage, sans que nous puissions y répondre. L’analyse spatiale ne met évidence aucun traitement particulier des carcasses. Il est probable que la relation homme/primates non-humains au début de l’Holocène ait été multiple, mêlant chasse et parfois apprivoisement comme c’est le cas aujourd’hui chez certains groupes de chasseurs-collecteurs de l’Asie du Sud-Est.


  • Résumé

    Non-human primates represent 70% of the holocene fauna from the archaeological site of Song Terus. On focusing our study on this site, which present a stratigraphical filling of 15 m comprising the Pleistocene-Holocene boundary, we possess the temporal and spatial context where all the questions concerning the interaction between human and non-human primates may be approached. After filling some lacunar datas essential for ou research, we describe in details the fossils of Song Terus. The species Trachypithecus auratus represent up to 96% of the non-human primate remaines, and Macaca sp. Only 4%. We look for distinguishing javan specimens of T. Auratus in one hand and sumatran and bornean specimens in the other hand, as fossils share characters with both of them. We then focus on the contour of the orbites from Elliptical Fourier Analysis as they seem to us, discriminant among actuals and fossils. Two fossils present a completly different shape of the orbite. We test the part of endemism and palaeoenvironment on the shape of the orbites with Two-Block Partial Least Square analysis. Results show a possible very old migration from continent to insular Southeast Asia that occured once. After this period, many migrations occured between the different islands of the region, up to recently. This permit to conclude that probably no savanna corridor existed during the Last Glacial Maximum. To understand the relationship between human and non-human primates, we study dental microwears first. The high frugivory of the T. Auratus fossils from Song Terus is surprising as those species are known to be extremely folivorous and poorly flexible. The question of commensalism of those primates to human is asked. Methods of archaeozoology show different results, as the absence of hand remains, while all the skeleton is completly preserved in the site, could be interpreted as trapping technics. The spatial analysis doesn’t provide any light on any of these hypothesis. We then suspect a complex relationship between human and non-human primates, mixing commensalism and hunting, as it is still known today.

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  • Détails : 1 vol. (281-VIII p.)
  • Annexes : Bibliographie p. 239-272

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  • Bibliothèque : Muséum national d'histoire naturelle. Bibliothèque centrale.
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  • Cote : TH 2010 -- 30
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