Au coeur des institutions d'immigration : dispositifs, gestion et contrôle migratoire au Canada

par Marie-Claude Haince

Thèse de doctorat en Anthropologie sociale et ethnologie

Sous la direction de Marc Abélès et de Mariella Pandolfi.

Soutenue en 2010

à Paris, EHESS en cotutelle avec l'Université de Montreal .


  • Résumé

    Cette étude propose une analyse critique du système d’immigration canadien à partir d’un examen détaillé du processus de sélection des immigrants de la catégorie « travailleurs qualifiés ». Il s’agit d’interroger le rapport des sociétés canadienne et québécoise à l’immigration en se focalisant sur la manière dont l’État opère à travers la gestion de l’exclusion/inclusion des immigrants et de saisir ce qui est en jeu lors du processus d’immigration en cernant les effets qui s’actualisent sur ceux qui sont impliqués dans ce processus. Spécifiquement, il s’agit de voir comment diverses représentations de l’immigrant se sont cristallisées dans le temps, influant sur les représentations actuelles. Il ne s’agit pas tant d’en interroger les conditions d’émergence que de voir quels effets elles produisent. Il importe également d’identifier les différentes stratégies et pratiques à l’œuvre dans le processus d’immigration. Partant d’un cas singulier, il est possible de dégager des dynamiques plus larges tout en rendant manifestes les liens entre des tendances globales en matière d’immigration (marchandisation et sécurisation) et leurs articulations à une politique nationale. Cette recherche s’articule autour de trois approches – une anthropologie des institutions, une anthropologie de l’État, de la bureaucratie et des bureaucrates et une anthropologie des politiques. L’intrication de celles-ci place la focale sur plusieurs éléments constitutifs du dispositif entourant l’immigration, notamment les institutions canadienne et québécoise d’immigration, les textes législatifs et réglementaires, les politiques, les discours, les diverses mesures et procédures mises en œuvre, les pratiques des employés de ces institutions, etc. À travers une problématisation du rapport à l’immigration, il s’agit de retracer les mutations et les déplacements de ce rapport et de les réinscrire dans une historicité pour voir comment l’immigration et les immigrants ont été constitués comme sujet. Concrètement, l’horizon historique sur lequel prend corps la gestion actuelle de l’immigration est interrogé. La compréhension de la mise en œuvre du contrôle migratoire au Canada repose également sur un examen des politiques d’immigration actuelles. Il s’agit de faire ressortir les catégories implicites participant à la constitution du « sujet-immigrant » en partant des catégorisations bureaucratiques et administratives pour interroger la construction de catégories polarisées – « commodité » et « menace » – entrant en jeu dans la fabrication de l’immigrant « parfait ». Les données ethnographiques, elles, permettent de comprendre les stratégies et les pratiques quotidiennes s’actualisant au sein des institutions d’immigration, de dégager les effets qu’elles produisent sur les immigrants – processus de désubjectivation/resubjectivation, négation de l’histoire de vie, relégation à une simple catégorie préétablie – et d’examiner les micropolitiques à l’œuvre. Enfin, les arguments développés sont ensuite réinscrits dans des logiques plus larges de la gestion des migrations contemporaines. Marchandisation et sécurisation de l’immigration sont effectivement au cœur du dispositif entourant l’immigration, elles sont les principes d’actualisation de la gestion migratoire et permettent de réguler indirectement les flux migratoires, favorisant les circulations pouvant être bénéfiques pour le Canada et restreignant celles qui pourraient être « menaçantes ». En somme, cette recherche permet de saisir en quoi consiste la gestion de l’immigration au Canada.

  • Titre traduit

    Entering imigration institutions : apparatuses, management and migratory control in Canada


  • Résumé

    This study offers a critical analysis of the Canadian immigration system through a detailed examination of the process of an immigrant’s selection from within the category of “skilled workers. ” It questions the relationship between the Canadian and Quebecois society and immigration by focusing on the way the state operates through the management of the exclusion/inclusion of immigrants, while trying to understand what is at stake during the immigration process by underlining the effects which that unfold upon those involved in this process. Specifically, the study seeks to see how various representations of the immigrant have crystallized over the time, in turn influencing current representations. It is not a matter of questioning the conditions of their emergence, but rather to see the effects they produce. It is also important to identify the range of strategies and practices at work in the immigration process. Starting with a particular case, it is possible to highlight wider dynamics and make apparent the links between global trends in immigration (commodification and securitization) and their articulations with a specific national policy. This research is articulated around three approaches: an anthropology of institutions, an anthropology of the state, bureaucracy and bureaucrats and an anthropology of policy. The intricacies between these approaches places the focus on several constitutive elements of the apparatus surrounding immigration, in particular Canadian and Quebecois immigration institutions, legislative and statutory texts, policies, speeches, diverse measures and procedures implemented, the practices of employees within these institutions, etc. Through a “problematisation” of the relationship to immigration, the aim is to retrace the transformations and movements of this relationship and to recast it in its historicity so as to see how immigration and immigrants are constituted as subjects. More succinctly, it is a questioning of the historic horizon within which the current management of immigration takes shape. This understanding of the implementation of migratory control in Canada is also based on an examination of current immigration policies. It seeks to highlight the implicit categories associated with the constitution of the “subject-immigrant,” starting from bureaucratic and administrative categorizations, in order to question the construction of polarized categories – “commodity” and “threat” – accompanying the “manufacturing” of the “perfect” immigrant. The ethnographic data provided allows an understanding of the strategies and daily practices that are materialized within immigration institutions in order to highlight the effects they produce on immigrants – processes of desubjectivation/resubjectivation, negation of personal life history, reduction to a simple preestablished category – and to examine the micropolitics at work. Finally, the arguments are recast into a wider logics of contemporary migration management. The commodification and securitization of immigration are effectively at the heart of the apparatus surrounding immigration, the “actualisation principles” of the migratory management that allow the indirect regulation of migratory flows that facilitate circulation deemed “beneficial” for Canada, while, at the same time, restricting those who could be “threatening”. In short, this research allows us to understand what consists of the management of immigration in Canada. "

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  • Détails : 1 vol. (316-xlix f.)
  • Annexes : Bibliogr. p. 288-316

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