Dictionnaires et communication : approche syncrétique de la dictionnairique chromatique

par Pascale Tardivel-Pouzadoux

Thèse de doctorat en Sciences du langage

Sous la direction de Jean Pruvost.


  • Résumé

    Les dictionnaires, outils de savoir, sont devenus des objets de grande consommation et doivent communiquer avec leur lectorat. Leur communication extrinsèque, à travers leur couverture, idéalise leur image et les rapproche de leurs consommateurs, mais c’est leur communication intrinsèque, à travers les choix du lexique et leur traitement définitionnel, qui peut les en éloigner. Elle marque le décalage parfois prégnant entre la norme proposée pour un mot et son usage par les locuteurs, notamment pour le vocabulaire chromatique. Il s’agit, pour les mots de couleur, de bien identifier les écarts sémantiques entre le discours lexicographique, présenté comme une norme, et les « définitions naturelles », propres au lectorat. L’étude lexicale des mots de couleur met particulièrement en relief l’écart entre deux approches distinctes, celle de la lexicographie traditionnelle représentant la norme et celle relevant d’une observation de l’usage. Du point de vue lexicographique traditionnel, la définition du mot de couleur sera normative et fondée sur le point de vue du rédacteur par rapport à l’idée qu’il se fait du bagage culturel commun. Elle impose une vision dénotative qui reste pratiquement la même dans toute la dictionnairique. Une enquête sociolinguiste menée pendant deux ans auprès d’un public hétérogène sur la définition naturelle montre qu’il existe des disparités entre la norme proposée dans une définition de couleur et l’usage ou la compréhension de celle-ci, à l’exemple du kaki, largement défini par le public comme un vert et défini par le lexicographe comme un jaune-brun. Ces interprétations et ces occurrences, d’un implicite partagé fondé sur le bagage culturel commun des usagers de la langue, donneront des définitions dont les champs sémantiques sont souvent absents de la norme lexicographique. La définition lexicographique ne propose pas une approche qui permettrait d’en percevoir les nuances subjectives et pourtant référentielles. C’est le constat de cette disparité, de cet écart culturel entre le discours lexicographique et l’usage en vigueur, qu’il est nécessaire d’analyser et de répertorier, pour revisiter une lexicographie qui impose la norme. In fine, la proposition d’une nouvelle communication associant les définitions naturelles et lexicographiques permettrait une approche plus en accord avec le discours : une sorte de syncrétisme définitionnel ouvrant de nouvelles perspectives à la dictionnairique chromatique.


  • Résumé

    Dictionaries, those tools of knowledge, have become consumer objects and therefore have to communicate with their readers. Their extrinsic communication, i. E. Their covers, gives them a good image and brings them closer to their consumers, but it is their intrinsic communication, i. E. The choice of lexicon and the way each word is defined, may move them further away. It marks the often-significant gap between the norm suggested for a given word and its usage by the speakers of the language, and especially for chromatic vocabulary. For words describing colour, it is important to identify the semantic discrepancies between the lexicographic discourse, presented as the norm, and "natural definitions", specific to the readers. The lexical study of colour words emphasises the discrepancy between two distinctly different approaches, that of traditional lexicography representing the norm and that resulting from observing the usage. From the point of view of traditional lexicography, the definition of a colour word will be normative and based on the editor's point of view from the idea s/he has of the common cultural baggage. It imposes a denotative vision which remains practically identical in all dictionary writing. A sociolinguistic survey of the natural definitions used by a mixed target, carried out over a two-year period, shows that there are disparities between the suggested norm in the definition of a colour and the way it is used or understood. For example khaki, which, for most French people at least, is understood as green, is in fact defined by lexicographers as yellowish-brown. These interpretations and occurrences of a shared notion based on the common cultural baggage of the language users will give rise to definitions whose semantic fields are often absent from the lexicographic norm. The lexicographic definition does not allow for a perception of the subjective nuances even though they constitute a reference. The observation of this disparity, this cultural gap between lexicographic discourse and current usage, needs to be analysed and recorded, to re-examine a lexicography that sets the norm. In fine, proposing a new form of communication combining natural and lexicographical definitions would lead to an approach more in keeping with the discourse: a sort of definitional syncretism opening new perspectives in chromatic dictionary writing.

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  • Détails : 3 vol. (713 p.)
  • Annexes : Bibliogr. p.708-713.

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  • Bibliothèque : Université de Cergy-Pontoise. Service commune de la documentation. Bibliothèque universitaire des Cerclades.
  • PEB soumis à condition
  • Cote : TL CERG 2010 TAR
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