Pratiques linguistiques, statut des langues et interactions entre locuteurs sur les marchés de Douala (Cameroun)

par Carine Ebokolo Bema-Nemedeu

Thèse de doctorat en Sciences du langage

Sous la direction de Jean-François Bonnot.


  • Résumé

    La sociolinguistique camerounaise est en pleine expansion ; toutefois la question des interactions sur les marchés de Douala n’avait encore pas été étudiée. Nous nous sommes donc attachée à mettre en évidence les mécanismes et les stratégies de communication entre locuteurs ayant des langues et des cultures différentes sur ces places commerciales. Il s’agissait en outre de préciser le comportement des très nombreuses langues nationales au contact du français dans un environnement de transactions commerciales quotidiennes. En appliquant la méthode acacia de Louis-Jean Calvet, nous démontrons que le français – dans sa version camerounaise, le pidgin-english et le camfranglais sont les langues dominantes du marché de la capitale économique. On note néanmoins une régression du pidgin-english au profit du camfranglais du fait d’un changement de génération. Le plurilinguisme des Camerounais, tel que nous l’avons observé, nous permet d’affirmer que ceux-ci sont attachés à leurs langues maternelles, bien que le français soit langue dominante. Ils utilisent le français camerounais, le camfranglais et les langues nationales comme langues identitaires. Ceci permet de parler de diglossie enchâssée avec un bilinguisme à langue minoritaire dominante (observé chez les commerçants) et un bilinguisme à langue majoritaire dominante (observé chez les clients). L’étude de la qualité des interactions présupposait celle de la notion de politesse, laquelle pose quelques problèmes, non seulement au marché, mais aussi dans les autres lieux publics d’échanges. Il se trouve que dans nos marchés, les questions sur la santé supplantent les salutations en ouverture d’interaction. Les formules de remerciements, de vœux et de projets, automatiques en France, par exemple, sont assez rares sur les marchés camerounais. Autant on voit fleurir des formules de remerciements et de projets telles que « merci à demain / à samedi pour le déballage », autant les formules de vœux comme « bonne journée / bon week-end » sont quasi inexistantes. Ces formules identifient d’ailleurs le locuteur comme appartenant à la haute société ou comme venant de l’étranger. En conclusion, les langues dominantes sur les marchés sont les langues de la communication urbaine, les langues nationales présentes étant utilisées de façon identitaire. Le plurilinguisme des Camerounais sur les marchés et la diglossie enchâssée que nous avons mise en évidence, prouvent que, loin d’être un facteur de division, ce plurilinguisme permet à chaque identité linguistique et culturelle, non seulement de s’exprimer, mais aussi de s’ouvrir aux autres, pour un meilleur épanouissement des locuteurs

  • Titre traduit

    Practices, language status and interactions among speakers in Douala markets (Cameroun)


  • Résumé

    Judging from the number of studies carried out in the area, there is no gainsay that sociolinguistics is fast gaining ground in Cameroon. Our topic: “Linguistic practices, language status and interactions among speakers in Douala markets” raises some questions, particularly those on the management of communication among speakers sharing different languages and cultures, operating in the markets of the economic capital: Douala. How do so many national languages, in contact with French, behave in a setting of daily commercial transactions? Looking on this issue using Louis Jean Calvet’s “acacia” method, we show that the Cameroonian version of French, pidgin-English and camfranglais are dominant languages spoken in markets in Douala. We have however noticed that owing to generation gap, speakers opt more for camfranglais to the detriment of pidgin-English. The multilingualism of Cameroonians, as we have seen, prompts us to assert that though French is their dominant language, Cameroonians are attached to their mother tongue. They use Cameroonian French, camfranglais and their national languages to identify themselves. This is what we call diglossia embedded in a dominant but minority language bilingualism (as seen among the traders) and in a dominant but majority language bilingualism (among the clients). It is difficult to talk about the quality of interactions without due allusion to politeness which poses serious problems both in market and public places. In our markets, however, questions relating to health are far more predominant than greetings like “bonjour” at the opening of a speech. Expressions of thanks, wishes and projects, which are automatic in France for example, are more or less scarce in Cameroon markets. If one can hear some expressions of thanks and projects like “merci à demain” or “à samedi pour le déballage”, those of wishes such as “bonne journée” or “bon week-end” are almost inexistent and identify those who utter them either as being learned or as coming from abroad. In conclusion, the dominant languages used in markets are languages of urban communication. The national languages spoken in the markets serve to identify the speakers. Multilingualism as portrayed by Cameroonians in markets, the embedded diglossia we just underscored are evidence to the fact that far from being a factor of division, such multilingualism enables each linguistic and cultural identity, not only to express itself but to reach out to others for a full bloom of individual identities

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Informations

  • Détails : 1 vol. (301 p.)
  • Annexes : Bibliogr. p. 269-274

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  • Bibliothèque : Bibliothèque universitaire. Section Lettres.
  • Non disponible pour le PEB
  • Cote : LET.BESA.2010.1003
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