L'inflammation génitale post-partum de la vache

par Laure Deguillaume

Thèse de doctorat en Reproduction

Sous la direction de Sylvie Chastant-Maillard.

Soutenue en 2010

à l'AgroParisTech .


  • Résumé

    Les bovins se distinguent des autres espèces de mammifères par une contamination microbienne inévitable de l'utérus au moment du vêlage, à l'origine d'une mobilisation de l'immunité génitale de l'animal. Cependant, alors que l'inflammation utérine post-partum est systématique et physiologique, sa persistance au-delà de 21 jours post-partum (JPP) devient pathologique. Le but de ce travail était de décrire chez la vache Prim'Holstein, l'inflammation utérine et cervicale post-partum, physiologique et pathologique, en utilisant l'examen cytologique comme technique de référence. Nous avons tout d'abord validé la fiabilité de lecture de cet examen par l'observation d'une bonne concordance inter- (ρc = 0,91 ; IC95%, 0,89 - 0,94) et intra-opérateur (ρc = 0,88 ; IC95%, 0,80 - 0,97). Des prélèvements réalisés en différents sites (col, corps utérin, corne droite et corne gauche) ont cependant montré l'hétérogénéité de l'inflammation au sein du tractus génital femelle. Le statut inflammatoire n'était pas non plus le reflet de la colonisation bactérienne de la lumière utérine, mise en évidence par les techniques de bactériologie conventionnelles. Les granulocytes neutrophiles constituant la sous-population leucocytaire dominante des frottis génitaux (médiane, 100% ; écart interquartile, 89% - 100%), le taux de neutrophiles (%N ; proportion de neutrophiles parmi les 200 cellules comptées) a donc été utilisé pour caractériser le statut inflammatoire cervical et utérin. Nous avons ensuite défini l'inflammation pathologique : une proportion de neutrophiles endométriaux ≥ 6% entre 21 et 35 JPP était associée à une diminution du taux de gestation dans les 300 JPP (RRa, 0,4 ; IC95%, 0,2 - 0,7 ; P < 0,01) ; moins de sept jours avant la mise à la reproduction, un %N ≥ 1% était associé à une diminution du taux de réussite à l'insémination. Par ailleurs, l'inflammation du col était également associée à court terme (au seuil de 2%N dans les sept jours précédents l'insémination) et à long terme (au seuil de 5%N entre 21 et 35 JPP) à une réduction des performances de reproduction. Col et utérus sont apparus comme deux compartiments séparés, 31% des vaches qui présentaient une inflammation pathologique de l'utérus n'étaient en revanche pas affectées par une inflammation du col. L'inflammation pathologique était de forte prévalence, comprise entre 36 et 41% pour le col et entre 43 et 57% pour l'utérus, selon le moment du prélèvement. Les inflammations endocervicale et endométriale avaient un effet additif, leur présence simultanée avant 35 JPP étant plus délétère pour la fertilité que la présence de chacune d'elles séparément. Nous nous sommes aussi intéressés à la cinétique d'évolution de l'inflammation génitale post-partum. Le schéma global d'évolution était une décroissance du %N en post-partum précoce (diminution de près de 20%N entre 21 et 35 JPP), suivi d'une stabilisation du %N à un niveau basal jusqu'à la mise à la reproduction. Cependant, l'étude des profils individuels a révélé l'existence de pics de réactivation de l'inflammation (intenses et fugaces) au delà de 45 JPP. Les cinétiques d'évolution des %N endocervicaux et endométriaux sont apparus tout à fait similaires au cours du temps. Dans l'étude des facteurs associés à l'inflammation, il a été impossible de conclure quant à un impact des stéroïdes sexuels ou du statut énergétique de l'animal sur le %N génitaux. Enfin, nous nous sommes intéressés au diagnostic des inflammations utérines sur le terrain par les vétérinaires et les éleveurs français. Les procédures couramment utilisées étaient la palpation transrectale, l'examen vaginal et l'échographie utérine. Or, par comparaison avec l'examen cytologique, nous avons montré que le seul critère fiable dans le diagnostic des inflammations génitales était l'observation de pus (sécrétions mucopurulentes à purulentes) suite à l'examen du contenu vaginal (Se = 56%, Sp = 88%, VPP = 85%, VPN = 63%). Cette méthode ne permettait cependant pas le diagnostic des formes subcliniques d'inflammation génitale, qui représentaient plus de 40% des vaches déclarées saines. En conclusion, ce travail propose le concept d'inflammation génitale, correspondant à une atteinte de l'utérus et/ou du col, plutôt que celui d'inflammation utérine seule

  • Titre traduit

    Post-partum genital of the cow


  • Résumé

    A routine bacterial contamination of the uterus at delivery is the rule in cattle, a unique feature among domesticated mammals. Calving stimulates activation of genital immunity in the cow. While post-partum inflammation can be regarded as physiological, its persistence beyond 21 days in milk (DIM) becomes pathological. The aim of this study was to describe in Holstein cows, uterine and cervical post-partum inflammation in a physiological and pathological context, using endometrial cytology as a gold standard. The first step was to validate cytological examination, as a reliable parameter. We found good inter- (ρc = 0. 91, 95%CI, 0. 89 - 0. 94) and intra-operator (ρc = 0. 88, 95%CI, 0. 80 - 0. 97) concurrence. However, samples taken at different sites of the uterus (cervix, uterine body, left and right horns) revealed the uneven distribution of inflammation in the female genital tract. The inflammatory status was not a reliable index of the bacterial colonization in the uterine lumen, as evidenced by conventional bacteriological techniques. Since neutrophils represented the predominant leukocyte subpopulation in genital specimens (median, 100%, interquartile range, 89 - 100%), the rate of neutrophils (% N; proportion of neutrophils among 200 cells counted) was used to characterize the inflammatory status of the cervix. Inflammation was then defined as pathological whenever the proportion of neutrophils in endometrial smears between 21 and 35 DIM exceeded ≥ 6%, since it was associated with a decreased pregnancy rate within 300 DIM (aHRs, 0. 4; 95%CI, 0,2 - 0,7 ; P < 0,01). Furthermore, a proportion of neutrophils ≥ 1%, seven days or less prior to insemination, was associated with a decreased rate of success. Inflammation of the cervix was also associated with short (2%N threshold, seven days prior to insemination) and long term (5%N threshold between 21 and 35 DIM) reduction of reproductive performance. Since no endocervical inflammation was found in 31% of cows with endometrial inflammation, the cervix and uterus appeared as two separate compartments. The prevalence of pathological inflammation was high, ranging from 36 to 41% for the cervix and from 43 to 57% for the uterus, depending on the time of sampling. Finally, endocervical and endometrial inflammation appeared to have additive effects, since combined inflammations within 35 DIM reduced more than inflammation of a single compartment. We also investigated the kinetics of post-partum genital inflammation. The overall pattern is a decrease of %N in early post-partum (almost 20%N reduction between 21 and 35 DIM), followed by stabilization of the %N at a basal level until the breeding period. However, the study of individual profiles revealed peaks of inflammation (intense and fleeting) beyond 45 DIM. The kinetics of endometrial and endocervical %N appeared quite similar at any time. In the study of factors associated with inflammation, we failed to record a significant impact of sex steroids nor of energy supply to the cow, on the proportion of neutrophils in genital smears. The results of our cytological examinations were confronted with those of routine diagnostic techniques for endometritis commonly used: transrectal palpation, vaginal examination and uterine ultrasonography. Compared to cytological examination, the only reliable diagnostic criterion for genital inflammation was the observation of pus (mucopurulent or purulent discharge) following vaginal examination (Se = 56%, Sp = 88%, PPV = 85%, NPV = 63%). However, this method did not allow the diagnosis of subclinical forms, which represented over 40% of healthy looking cows. In conclusion, we suggest dropping the usual designation of uterine inflammation and to substitute the concept of genital inflammation, covering both uterine and/or cervical inflammation

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  • Détails : 1 vol. (206 p.)
  • Annexes : Bibliographie 216 réf.

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