Aspects de la communication de catastrophe dans une société à tradition orale : entre action civique et action institutionnelle

par Souad Bouaouli (Ait Ouarab)

Thèse de doctorat en Sciences de l'Information et de la Communication

Sous la direction de Jacques Perriault.

Le président du jury était Christian Le Moënne.

Le jury était composé de Jacques Perriault, Christian Le Moënne, Madjid Ihadjadene, Claude Meyer, Brigitte Juanals.

Les rapporteurs étaient Madjid Ihadjadene, Claude Meyer.


  • Résumé

    Quand les moyens techniques et professionnels deviennent inefficaces devant l’ampleur d’une catastrophe, les dispositifs sociaux in situ parviennent eux à sous tendre les interventions d’aide et de soutien nécessaires à la résilience. A long terme, ces structures sociales contribuent à la survivance culturelle et historique du lieu sinistré. Les deux enquêtes menées sur les inondations de Bab El Oued (novembre 2001) et le séisme de Boumerdes/Alger (mai 2003) en Algérie, ont servi de matière première à la présente étude réalisée au sein d’une équipe de chercheurs du laboratoire Cris Séries de Paris X Nanterre. Cette étude met en évidence un aspect particulier de l’anthropologie de la communication : la communication orale « en milieu désorganisé », son rôle dans la gestion des catastrophes et ses problèmes induits par les logiques d’action et rationalités propres à la situation. Dans un premier temps, l’hypothèse de travail utilisée est confirmée par les résultats qui démontrent que la culture orale, par ses caractéristiques permettant la proximité, la mobilité et la réciprocité, offre les moyens nécessaires aux populations pour affronter la crise et les difficultés. C’est dire que, les représentations collectives partagées au sein de la société favorisent non seulement, la création d’espaces de communication collectifs mais aussi, de contenus communs facilitant les échanges d’idées, de sentiments et les actions convergentes, etc. En Algérie, terrain de notre enquête, un ensemble de normes, de codes, de pratiques spécifiques, etc. gère cette communication et lui attribue un aspect spécifique. Il en découle que devant la catastrophe, les diverses manifestations de cette culture populaire ont pu résister et surmonter les épreuves du temps. La situation de crise apparait dans ce cas, comme un cadre organisateur de la communication et par conséquent de l’action. Car les individus cherchent l’information, la traitent, la vérifient et la contre vérifient à l’intérieur de leurs cercles. En somme, ils organisent l’information et la diffusent en tenant compte de l’évolution de la crise et en utilisant des procédés typiques tels que le bricolage et l’improvisation. Dans un deuxième temps, la crise renforce le sentiment d’appartenance identitaire et laisse apparaître différentes rationalités. En effet, les logiques d’action lors d’une crise, sont multiples et différentes. De ce fait, l’action est autant définie par les orientations normatives et culturelles des acteurs que par la nature des relations sociales. L’articulation entre ces deux dimensions complémentaires constitue donc, une logique d’action. Or, cette logique n’est souvent pas prise en compte lors des interventions des professionnels de la gestion de ’urgence. Ces derniers adoptent des méthodes et techniques d’intervention qui accordent peu d’importance à ces spécificités, rendant leurs tâches sur le terrain plus contraignantes et générant des problèmes de communication. Il ressort que ces dispositifs connaissent de sérieuses difficultés dans la gestion des situations d’urgence, les mettant face à une réalité du terrain qui ne répond pas ou peu à leurs méthodes strictes et rigides. De même, ils participent à installer de nouvelles contraintes en limitant l’accès à l’information de première nécessité mais aussi, l’accès au savoir et aux formations. Or, l’accès à l’information implique nécessairement l’accès à la formation et aux savoirs. Non seulement la pauvreté matérielle mais aussi les carences informationnelles contribuent à maintenir élevée la vulnérabilité d’une population car elles creusent l’écart entre l’information experte et celle à caractère expérientiel, les deux étant essentielles à l’efficacité de tout plan de communication de crise.


  • Résumé

    When the technical and professional tools become ineffective to the extent of a disaster, the social arrangements in situ reach them by stretching aid interventions and support necessary for resilience. In the long term, these social structures contribute to the survival of cultural and history of the place affected. The two investigations into the flooding of Bab El Oued (November 2001) and the earthquake in Boumerdes / Algeria (May 2003) in Algeria, were used as raw material for this study as part of a team of researchers from the laboratory Cris Series de Paris X Nanterre. This study highlights a particular aspect of the anthropology of communication: oral communication "in disarray", its role in disaster management and its problems induced by the logic of action and rationality to the situation. In a first step, the working hypothesis used is confirmed by the results showing that the oral culture, by its proximity to, mobility and reciprocity provides the necessary means to the people to confront the crisis and hardship. This means that the collective representations shared in society promote not only the creation of communication but also, common content for the exchange of ideas, feelings and actions converge, ect. In Algeria, our field investigation, a set of standards, codes, specific practices, etc.. manages this communication and give to it a specific aspect. It follows that before the disaster, the various manifestations of popular culture have been able to resist and overcome the time tests. The crisis appears in this case, as an organizer of the communication and therefore of the action. Because persons are seeking for the information, deal it,check it and check it against in their circles. In summary, they organize the information and diffuse it in taking consideration of the crisis evolution and using typical processes such as “do it yourself” and improvisation. In a second step, the crisis strengthens the sense of identity and reveals different rationalities. Indeed, the action logics in a crisis are many and various. Therefore, the action is defined by the normative and cultural orientations of actors than by the nature of social relations. The relationship between these two complementary dimensions is, therefore, a logic action. However, this logic is often not taken into account at the professional interventions of emergency management. These, adopt methods and intervention techniques which give little importance to these characteristics, making their tasks on the ground more stringent and generating communication problems. It appears that these devices have face significant challenges in the management of emergencies, putting them face to the reality on the ground which does not or little adequate to their strict and rigid methods. They are involved in installing new problems by limiting access to essential information but also access to knowledge and training. However, access to information requires access to training and knowledge. Not only material poverty but also the deficiencies in information contribute to maintain high vulnerability of a population as it widens the gap between popular information and expert information, both being essential to effectiveness of any communication plan crisis.

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