Le concept de technologie à l'échelle des molécules-machines. Philosophie des techniques à l'usage des citoyens du nanomonde

par Sacha Loeve

Thèse de doctorat en Epistémologie, histoire des sciences et des techniques

Sous la direction de Bernadette Bensaude-Vincent.


  • Résumé

    Que peut bien signifier « technologie » dans un champ de recherche aussi polymorphe que les nanotechnologies ? Cette question est rarement soulevée, tantôt noyée dans l’étude prospective des « impacts » futurs des nanotechnologies, tantôt évacuée au nom de la distinction entre « nanosciences » et « nanotechnologies », la première désignant la recherche en amont, la seconde, des applications purement utilitaires. La question se pose au vu des recherches dans le domaine des machines moléculaires artificielles : les pratiques mises en œuvre dans un petit nombre de laboratoires permettent de repenser la technologie pour lui associer des significations cognitives et culturelles qui font alternative aux discours majoritaires des nanotechnologies. La question sera abordée en mobilisant un concept de technologie hérité de Gilbert Simondon, qui caractérise les objets techniques par les processus d’individuation de leurs schèmes fonctionnels. D’un point de vue épistémologique, le concept de « technologie » dans « nanotechnologies » désigne une gamme de pratiques de design pas nécessairement utilitaires et, indissociablement, une activité cognitive non prioritairement théorique. La « technologie » à l’échelle nano produit des connaissances traversant les champs disciplinaires de la chimie, de la biologie et de la physique, mais elles ne sont pas directement au service de la résolution de problèmes théoriques posés dans le cadre d’un paradigme scientifique donné. Les nano-objets ne sont ni de purs faits naturels, ni de purs artéfacts, mais des machines épistémiques inséparables des dispositifs mis en œuvre pour les individualiser. D’un point de vue culturel, la technologie niche au cœur de l’activité scientifique mais ne se réduit ni à la science ni à ses significations sociales. La thèse s’articule autour de trois registres d’analyse distincts. Premièrement, une revue des discours d’accompagnement s’attache à décrire les stratégies rhétoriques et iconographiques de définition et de promotion des nanotechnologies, ainsi que le rôle qu’y jouent spécifiquement les molécules-machines.Deuxièmement, des analyses des pratiques instrumentales montrent qu’il existe différentes trajectoires présidant à l’émergence des molécules-machines : en chimie de synthèse, en biophysique et en microscopie en champ proche. Toutefois, celles-ci tendent à se recouper et à et se stabiliser dans un régime de production et de diffusion d’images qui ne sont plus des « représentations de la nature » mais des « images-objets » ; nous dégageons les implications épistémologiques et ontologiques de ce régime des images inédit. Troisièmement, nous nous appuyons sur une série d’entretiens menés lors d’enquêtes en laboratoire pour décrire en détail les pratiques dédiées à la réalisation, l’étude, la mise en image, la simulation et la manipulation de ces molécules-machines. Le but est de dégager les problèmes conceptuels que posent leurs démarches de design et les valeurs épistémiques qui transparaissent dans les relations entretenues par les chercheurs à ces objets.

  • Titre traduit

    The concept of technology at the scale of molecular machines. A philosophy of technology for the citizens of the nanoworld


  • Résumé

    What can be the meaning of technology in the multifacet reearch area of nanotechnology? The question has not often been raised, either because of the prevailing concern with the impacts of future applications or because of the prevalence of the conventional distinction between upstream basic research (nanoscience) and practical or utilitarian applications (nanotechnology). The question is raised by the observation of laboratory practices in the domain of artificial molecular machines: they suggest that the term technology can be given precise cognitive and cultural meanings which deeply differ from the meanings conveyed by most discourses about nanotechnology. The question will be addressed with the help of the concept of technology forged by Gilbert Simondon, who characterized technological objects by a functional scheme and a process of individuation. From an epistemological standpoint, the concept of technology in nanotechnology refers to a spectrum of practices of design which are not necessarily utilitarian and to a cognitive activity which is not primarily theoretical. Technology at the nano scale generates knowledge at the cross-road of disciplines such as chemistry, biology and physics which is not directly issued from a puzzle solving activity in scientific paradigms. Nano-objects are neither pure natural facts nor human artefacts; they are epistemic machines which cannot be separated from the devices used for individualizing them. From a cultural standpoint, technology lies at the heart of scientific activity but cannot be reduced either to science or to societal meanings. The dissertation develops three different levels of analysis. 1) A review of the discourses accompanying nanotechnology programs points the rhetorical and iconic strategies used for defining and promoting nanotechnology, and more specifically the role of molecular machines and their images. 2) A fine-structure analysis of instrumental practices in nanoresearch identifies the various trajectories which lead to the emergence of molecular machines (in synthetic chemistry, in biophysics, and near-field probe microscopy). It shows how the various routes tend to converge and stabilize towards a regime where images are no longer produced and circulated as representations of nature and rather as image-objects. 3) On the basis of a series of interviews conducted in research laboratories, we provide a detailed description of practices dedicated to making, imaging, simulating and manipulating molecular machines. The aim is to identify the concepts and epistemic values underlying the interaction between nanoscientists and their molecular machines.

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