Strabisme précoce et corps calleux

par Emmanuel Bùi Quôc

Thèse de doctorat en Neurosciences

Sous la direction de Chantal Milleret.

Soutenue en 2009

à Paris 6 .


  • Résumé

    Le système visuel tel que l’imaginent les cliniciens est trop souvent limité à la description du système oculaire avec les deux yeux, les voies optiques et le cortex visuel. Outre le fait que le système visuel n’est pas uniquement sensoriel mais aussi moteur, et que les systèmes d’élaboration des mouvements oculaires font partie intégrante du système visuel global, il faut souligner le rôle de l’intégration interhémisphérique via le corps calleux. Les travaux sur le sujet normal et sur le sujet pathologique démontrent ce rôle majeur. Ainsi, un strabisme convergent unilatéral précoce modifie de façon significative le transfert calleux de l���information visuelle chez l’adulte, lorsque ce transfert est mis en jeu à partir de l’œil non dévié. Entre autres, ceci a été établi chez le chat dont un œil a été dévié chirurgicalement très tôt après la naissance [Milleret & Houzel 2001]. Il a été en effet montré au plan fonctionnel que les neurones transcalleux activés par stimulation visuelle de cet œil non dévié, et enregistrés dans les aires visuelles corticales 17 et 18 de l’hémisphère controlatéral (ipsilatéral à l’œil dévié), ne sont plus limités à la bordure 17/18 (comme dans les conditions normales), mais envahissent de larges portions des aires visuelles primaires 17 et 18. Ceci résulterait d’une stabilisation de projections exubérantes juvéniles calleuses ou d’une réorganisation neuronale dans le cortex visuel. Notre travail s’intéresse à ce modèle d’expérience visuelle anormale qu’est le strabisme précoce, et nous avons poursuivi l’étude des conséquences de la déviation oculaire sur le transfert calleux interhémisphérique. Dans un premier temps, nous avons étudié ces connexions interhémisphériques, cette fois au plan morphologique, après marquage antérograde par biocytine des axones calleux, et reconstruction en 3 dimensions à l’aide du logiciel Neurolucida. L’étude d’axones correspondant dans notre modèle d’une part au transfert issu de l’œil non dévié (condition CV1) et d’autre part au transfert issu de l’œil dévié (condition CV2) confirme la modification du transfert interhémisphérique visuel en cas de strabisme convergent précoce. Dans un second temps, nous avons analysé au plan fonctionnel électrophysiologique les réponses visuelles transcalleuses provenant de l’œil dévié. Cette étude a été menée chez six chats adultes chiasmotomisés, anesthésiés et paralysés, chez lesquels un strabisme précoce avait été induit chirurgicalement par ablation du muscle droit externe droit à l’âge de 6 jours. La distribution des unités transcalleuses est similaire à celle des neurones calleux du chat adulte dont l’expérience visuelle a toujours été normale ; en revanche, elle est clairement différente de celle qui caractérise le transfert calleux issu de l’œil non dévié, qui présente une exubérance tangentielle des neurones calleux. Cependant, de nombreuses caractéristiques fonctionnelles étaient anormales : rareté des cellules binoculaires, diminution de la sélectivité à l’orientation et distribution laminaire plus dense. Ceci est à la fois différent des conditions normales et du transfert calleux issu de l’œil non dévié, et traduit une exubérance radiaire des neurones calleux activés par le transfert issu de l’œil dévié. Par ailleurs, comme pour le transfert calleux issu de l’œil non-dévié, les champs récepteurs des unités transcalleuses s’étendaient largement dans l’hémichamp visuel ipsilatéral au cortex exploré, mais elles conservaient néanmoins un contact avec le méridien vertical central, comme dans les conditions normales. Il existe donc de façon manifeste une asymétrie de l’intégration interhémisphérique visuelle via le corps calleux en cas de strabisme convergent unilatéral induit précocement. Nous le rapportons à un défaut de synchronisation binoculaire des informations visuelles en provenance de la voie rétino-géniculo-corticale de chacun des deux yeux au cours du développement post natal. Nos résultats contribuent aussi à mieux comprendre les bases neurales de l’amblyopie strabique. Nous montrons enfin que le développement et la stabilisation des projections calleuses et des neurones calleux dépend de l’expérience visuelle binoculaire, et non pas uniquement unioculaire, en condition pathologique. L’asymétrie en cas de strabisme précoce est la conséquence du rôle différentiel des voies rétino géniculo corticales directes et des voies rétino géniculo corticales croisées dans la stabilisation des neurones calleux et des projections calleuses. Etablir une téléologie du strabisme précoce est une gageure. La démonstration de l’implication du corps calleux dans le strabisme précoce nous amène à formuler l’hypothèse que l’origine du strabisme précoce pourrait être due à une anomalie primitive des connexions interhémisphériques visuelles.

  • Titre traduit

    Corpus callosum and early strabismus


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Informations

  • Détails : 1 vol. (205 p.)
  • Annexes : Bibliogr. p. 197-205. 118 réf. bibliogr.

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  • Bibliothèque : Université Pierre et Marie Curie. Bibliothèque Universitaire Pierre et Marie Curie. Section Biologie-Chimie-Physique Recherche.
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  • Cote : T Paris 6 2009 248
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