Dire l'indicible : les camps de la mort, mémoire et écriture

par Muriel Fourrier

Thèse de doctorat en Littérature générale et comparée

Sous la direction de Alain-Michel Boyer.

Soutenue en 2009

à Nantes .


  • Résumé

    Les témoignages sur les camps de la mort interrogent la représentation artistique de l’horreur et de la violence absolue. Parmi les nombreux récits des rescapés, les textes qui font œuvre littéraire sont rares. Nous avons retenu ceux de Robert Antelme, Charlotte Delbo, Primo Levi, Ana Novac, Jorge Semprún et Elie Wiesel. Comment l’irreprésentable propre à l’univers des Lager et l’indicible propre à l’entreprise d’extermination nazie peuvent-ils être pris en charge par la littérature et par elle interprétés ? Les auteurs concernés avaient entretenu dans le monde d’avant des liens profonds avec l’écriture et la lecture ; au retour de l’enfer, ils sont devant un dilemme : se taire ou transmettre. Dans tous les cas, l’obligation d’une écriture littéraire pour rendre compte du réel concentrationnaire est pour eux évidente (I). Dire l’envers du monde et déchiffrer le système des camps nazis supposent que ces écrivains fassent d’abord un état des lieux précis et exhaustif pour mieux mettre en place les scènes emblématiques de l’existence des déportés et recenser tous les procédés de déshumanisation qu’ils ont subis (II). Il leur faut également représenter l’ensemble des figures de l’humanité concentrationnaire ; dans cette optique, ils livrent un examen clinique des corps des esclaves et de ceux des maîtres mais encore, ils travaillent leur éthopée pour dénoncer ce à quoi l’homme a été réduit derrière les barbelés des Lager (III). L’expérience de la déportation pour chacun de ces auteurs-témoins a fait advenir l’autre en eux. C’est pourquoi ils ont à cœur de souligner comment, dès leur arrivée, « le noviciat dantesque » a contribué à leur métamorphose identitaire qui s’est poursuivie au contact permanent de la mort omniprésente dans les camps. Après cette rupture dans leur existence, réapprendre à être dans le monde retrouvé des vivants a constitué une nouvelle épreuve (IV). L’écriture, dans l’immédiat de leur retour ou différée après un long silence, a solidifié les revenants qu’ils étaient ; les liens noués avec les lecteurs qu’ils ont voulu atteindre dans et par leurs textes les ont peut-être aidés à trouver leur voie dans cette deuxième vie qu’ils avaient à accomplir et leur ont donné une voix au sein de la littérature moderne (V).

  • Titre traduit

    Speaking the unspeakable : the death camps -remembering and writing


  • Résumé

    In what way and when can testimonies about death camps be considered as an artistic representation of absolute horror and violence? Among the many accounts delivered by survivors, very few texts reach the standards of literary achievement. Selected here are those by Robert Antelme, Charlotte Delbo, Primo Levi, Ana Novac, Jorge Semprùn and Elie Wiesel. How can literature grasp and interpret what cannot be represented in the world of death camps or put into words concerning the Nazi programme of extermination? In their former lives, the above authors had previously kept up strong ties with writing and reading; and on their return from hell, they were faced with a dilemma:should they remain silent or pass on what they had experienced ? In all cases, they perceived it as evident that they had to acquire the qualities of literary writing to account for the reality of death camps (I). In order to relate this other side of the world as well as unravelling the system of Nazi camps, the writers have needed to describe them accurately and thoroughly in order to be in a position to convey the scenes most representative of the prisoners’ condition and list the dehumanizing processes to which they were subjected (II). They have also needed to describe the entire range of individual characters that made up the camp communities; from that angle, not only did they have to produce a clinical examination of the slaves’ bodies as well as those of their masters, but they also had to investigate their moral and psychological characteristics in order to condemn the condition to which a human being was reduced behind the barbed wires of the camps (III). For each of these ‘witness-writers’, the experience of imprisonment caused the Other in them to be revealed. This is why, immediately on their return, they aspired to emphasize how the ‘Dantean initiation’ had led to an alteration of their identities, provoked by the permanent presence of death which faced them everywhere. After such a brutal interruption in their lives, it was yet another ordeal to go back to the world of the living and learn how to function again (IV). Writing, whether immediately on their return or after a long silent delay, gave strength to the ghosts they had become; the links formed with the readers that they wanted to reach through their texts and their contents probably helped them to find a way into the second life that was expected of them while giving them a voice in modern literature (V).

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Informations

  • Détails : 2 vol. (803 f.)
  • Annexes : Bibliogr. f. 782-793. Index

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