Sélection sexuelle chez l'Outarde houbara, Chlamydotis undulata undulata, implications pour les élevages conservatoires et la gestion des populations captives

par Rémi Chargé

Thèse de doctorat en Écoéthologie

Sous la direction de Nathalie Machon et de Michel Saint Jalme.

Le président du jury était Alexandre Roulin.

Le jury était composé de Gabriele Sorci.

Les rapporteurs étaient Richard Buchholz, Bruno Faivre.


  • Résumé

    Les élevages conservatoires sont parfois l’ultime recours pour éviter l’extinction de populations menacées. La gestion des programmes de reproduction en captivité repose sur le maintien de la diversité génétique et l’évitement de la consanguinité obtenus en équilibrant la représentation des fondateurs. Le relâchement de la sélection inhérent à ces pratiques peut cependant générer des effets indésirables liés à la dérive génétique. Pour ces raisons, des auteurs ont proposé d’intégrer de la sélection sexuelle aux programmes de reproduction. La préférence des femelles pour les mâles porteurs d’une bonne qualité génétique ou présentant une meilleure compatibilité avec les gènes de la femelle permettrait de maintenir la valeur sélective des populations. Nos résultats montrent, chez l’Outarde houbara, espèce à lek, qu’en évaluant la parade sexuelle des mâles, les femelles pourraient obtenir des bénéfices directs en termes de fécondité et des bénéfices indirects en termes de succès reproducteur et de survie de la descendance. Cette sélection pour les « bons gènes » serait associée à un choix cryptique de la semence dans les voies génitales de la femelle, basé sur une compatibilité génétique qui limiterait les risques associés à la dépression de consanguinité et d’exogamie chez la descendance. Le choix de la femelle serait séquentiel, les femelles rechercheraient de « bons gènes » lors du choix pré-copulatoire puis optimiseraient la compatibilité génétique lors d’un choix cryptique dans les voies génitales. L’existence de bénéfices directs et indirects associés aux mécanismes de reconnaissance de gènes compatibles représente une des meilleures alternatives aux nombreuses théories proposant de résoudre le paradoxe du lek. En parallèle, nous avons montré que les traits d’histoire de vie, potentiellement utilisés par les femelles lors du choix du partenaire, avaient évolué au bout de seulement cinq générations d’élevage. La forte augmentation de la valeur des traits au cours des générations a coïncidé avec les effets attendus dans le cas d’une intégration d’une sélection sexuelle au programme de reproduction. Ces fluctuations seraient la conséquence du déséquilibre dans la représentation des fondateurs due à la surreprésentation des meilleurs reproducteurs. Les effets génétiques à court terme liés à une augmentation de la fécondité et de la survie sont plutôt favorables au maintien de la valeur adaptative de la population captive, impliquant de ne pas intégrer de sélection supplémentaire au programme de reproduction. Cependant, les effets à long terme restent inconnus.


  • Résumé

    Supportive breeding are sometimes the last resort to prevent the extinction of threatened populations. The captive breeding program is based on the maintenance of genetic diversity and the avoidance of inbreeding obtained by equalizing the representation of the founders. The relaxation of selection inherent in these practices may generate undesirable effects caused by genetic drift. Therefore, some authors have proposed to include sexual selection in the breeding programs. The preference of females to males carrying a good genetic quality or presenting better compatibility with the genes of the female would maintain the fitness of the population. Our results show, in the Houbara Bustard, a lekking species, that by assessing males’ courtship display, females could obtain direct benefits in terms of fertility and indirect benefits in terms of reproductive success and survival of the offspring. This selection for “good genes” would be associated with a cryptic choice of the semen in the female’s reproductive tract based on a genetic compatibility, which would reduce the risks of inbreeding and outbreeding depression in the offspring. Female choice would be sequential. Females would look for “good genes” during pre-copulatory choice and then would optimize genetic compatibility during a cryptic choice in the reproductive tract. The existence of direct and indirect benefits associated to mechanisms of recognition of compatible genes is one of the best alternatives to numerous theories proposing to resolve the lek’s paradox. Besides, we observed that life history traits, potentially used during female mate choice, have evolved in only five generations of captive breeding. The large increase of the value of the traits over generations corresponded to the expected effects in the case of an integration of sexual selection in breeding programs. These changes would be the result of an imbalance in the representation of the founders. Genetic effects in the short term of an increase of fertility and survival are rather positive for maintenance of the fitness of the captive population, entailing to not integrate additional selection to the breeding program. However, the long-term effects remain unknown.

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  • Détails : 1 vol. (131 p.)
  • Annexes : Bibliogr. p.116-129. Notes bibliogr.

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  • Cote : TH 2009 -- 20
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