Traits morphologiques et biochimiques impliqués dans la spécialisation de Trollius europaeus sur les pollinisateurs de graines Chiastocheta spp.

par Sébastien Ibanez

Thèse de doctorat en Sciences du vivant

Sous la direction de Laurence Després et de Christiane Gallet.

Soutenue en 2009

à l'Université Joseph Fourier (Grenoble) .


  • Résumé

    Les interactions entre espèces sont un moteur d'évolution. Nous montrons ici quels sont les traits morphologiques et biochimiques du trolle d'Europe qui ont évolué au cours de sa spécialisation (Trollius europaeus) vis-à-vis des mouches pollinisatrices et prédatrices de graines (Chiastocheta spp. ). La forme globulaire de la fleur est décisive dans l'attraction spécifique des chiastochètes. En comparaison avec une forme artificiellement ouverte, les fleurs globulaires, bien que souffrant plus de la prédation produisent plus de graines (4%), mais surtout elles exportent plus de pollen (85%). Un modèle de dynamique adaptative montre que l'évolution de la forme globulaire requiert non seulement une efficacité minimale de la pollinisation par les chiastochètes, par rapport à des pollinisateurs alternatifs qui ne consomment pas de graines, mais également une efficacité maximale : si les chiastochètes sont « trop » efficaces, en attirer beaucoup plutôt que quelques uns ne confère pas d'avantage. L'attraction des pollinisateurs se fait également par des signaux olfactifs. Plusieurs composés volatils émis par le trolle déclenchent une réponse électrophysiologique chez les chiastochètes (methyl salicylate, Z-jasmone, b-caryophyllene, germacrene D, E,E-a-farnesene, linalool). Des observations de visites de chiastochètes en conditions naturelles ont montré que la variabilité des composés volatils présents dans les fleurs expliquait une part de la variabilité des visites reçues par ces fleurs, en comparaison avec des traits morphologiques et pigmentaires. Les interactions entre une plante et des prédateurs de graines sont conflictuelles : la plante à intérêt à soustraire les graines de l'appétit des larves. Un glycoside du flavonoïde lutéoline, l'adonivernith, s'accumule dans les parois des carpelles lorsque les dégâts causés par les larves augmentent, avec comme conséquence une baisse de l'intensité de prédation. Les six espèces du genre Chiastocheta étudiées induisent et réagissent différemment à l'adonivernith, cette molécule pourrait donc être impliquée dans la radiation sympatrique du genre. Les traits impliqués dans la spécialisation du trolle sur les chiastochètes sont donc à la fois mutualistes (morphologie globulaire et composés volatils de la fleur) et antagonistes (défense chimique contre les larves). Les contradictions de cette mosaïque de traits sont un moteur d'évolution.


  • Résumé

    Interactions between species are a major driving force in evolution. We show here which morphological and biochemical traits evolved during the specialisation of the European globeflower (Trollius europaeus) on seed-eating pollinator flies (Chiastocheta spp). The globular shape is a key factor in the specific attraction of chiastochetes. Globular flowers produce more seeds (4%, they suffer higher predation but are better pollinated) and moreover export more pollen (85%) than artificially open flowers. An adaptive dynamics model shows that the evolution of the globular shape requires a minimal pollination efficiency by chiastochetes relatively to alternative pollinators that do not eat seeds, but also a maximal efficiency: if the chiastochetes are “too” efficient, to attract a lot of them rather than a few confers no advantage. The attraction of pollinators is also mediated by olfactive signals. Several volatile compounds emitted by the globeflower trigger an electrophysiological response in chiastochetes (methyl salicylate, Z-jasmone, β-caryophyllene, germacrene D, E,E-α-farnesene, linalool). Field behavioural observations of chiastochetes visits have shown that the variability of the volatile compounds inside the flowers explains a part of the variability of the visits, together with morphological and pigmentation traits. Interactions between plants and seed predators are conflictual: the plants tend to reduce predation costs. A flavonoid close to luteolin, adonivernith, accumulates in the carpel walls when the damages caused by the larvae increase, leading to a reduction of predation intensity. The six Chiastocheta studied species have different exploitation patterns in the fruit, they induce and are affected by adonivernith in specific ways : this chemical defence could be involved in the sympatric speciation of the genus. The traits involved in the globeflower specialisation on chiastochetes are simultaneously mutualistic (globular floral morphology, floral colour and volatile compounds) and antagonistic (chemical defence against the larvae). The contradictions of this trait mosaic are a factor of evolution.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (144 p.)
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : Bibliogr. 213 réf.

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  • Cote : TS09/GRE1/0071/D
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