Rôle du superoxyde dans le processus d'acquisition du fer par le phytoplancton marin
| Auteur / Autrice : | Aurélie Godrant |
| Direction : | Paul Tréguer, T. David Waite |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Chimie marine |
| Date : | Soutenance en 2009 |
| Etablissement(s) : | Brest |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Mots clés libres
Résumé
Le rôle clef du fer dans le cycle biogéochimique du carbone et de l’azote dans l’océan a été mis en évidence au cours de la dernière décennie. Une des découvertes majeures récentes en océanographie biologique est la limitation de la croissance du phytoplancton par la disponibilité en fer dans au moins 40% de l’océan mondial. Or, la chimie de cet élément dans l’océan est particulièrement complexe et la forme sous laquelle il est disponible pour le phytoplancton reste encore mal connue. Plusieurs mécanismes sont utilisés par le phytoplancton marin pour améliorer la solubilité du fer en eau de mer et parvenir à absorber les quantités suffisantes en fer nécessaires à leur survie. Un de ces mécanismes implique la production de radicaux superoxyde en milieu extracellulaire, ce qui accroît la bio-disponibilité du fer en eau de mer en réduisant la forme Fe(III) sous forme Fe(II), plus bio-disponible aux cellules de phytoplancton. Les objectifs principaux de ce travail étaient de i) développer une méthode appropriée pour détecter la production de superoxyde en milieu extracellular par n’importe quelle cellule de phytoplancton marin, et ii) examiner la relation entre la production extracellulaire de superoxyde et l’absorption du fer par la cyanobactérie Trichodesmium erythraeum IMS101. Une méthode de détection du superoxyde a été développée, qui utilise du red-CLA ou du MCLA, deux sondes chimiluminescentes spécifiques à la détection du superoxyde, qui ont donné des résultats fiables, même sur de très faibles quantités d’échantillons. En effet, comparée aux autres méthodes employées, la détection de la production du superoxyde par microplaques permet de réduire le volume d’échantillon par 10, et de réduire le temps d’analyse de tréplicats d’un échantillon, d’un blanc et de trois standards à 10 minutes. De plus, cette méthode présente une large gamme de travail avec une limite de détection de 0,076 pmol/s, ce qui lui confère un grand avantage pour le travail sur le phytoplancton marin. Les taux de production de superoxyde en milieu extracellulaire par la cyanobatérie Trichodesmium erythraeum ont été mesurés en condition de laboratoire et allaient de 0,93 à 16,21 pmol/trichome/h. La limitation en fer des cellules de Trichodesmium résultat en une augmentation de ce taux de production, qui a été multiplié par un facteur 2,9 entre les cellules non limitées et les cellules limitées en fer. Il a aussi été montré que la production de superoxyde suivait un rythme diurne avec une forte augmentation du taux de production en milieu du cycle « jour», spécialement marqué pour les cultures maintenues en milieu pauvre en fer. Les taux de production extracellulaire de superoxyde et d’absorption du fer par Trichodesmium ont été mesurés simultanément sur des cultures pré-limitées ou non limitées en fer. Les taux d’absorption étaient 10 fois plus élevés pour les cultures non limitées, sauf lorsqu’un composé réducteur (acide ascorbique) était ajouté. Dans ce cas, les taux d’absorption des deux cultures étaient similaires. De plus, les deux cultures ont montré une plus grande aptitude à absorber le fer lié à des ligands faibles comme le citrate. Dans l’ensemble, les résultats ont montré une relation entre la production de superoxyde et l’absorption de fer par Trichodesmium, mais aucune influence directe entre ces deux processus n’a pu être démontrée. La méthode de détection du superoxyde par microplaque a été utilisée lors de campagnes sur la Grande Barrière de corail en Australie. L’analyse de deux blooms de Trichodesmium a montré de forts taux de production de superoxyde, en cohérence avec les analyses effectuées au laboratoire. De plus, l’utilisation de cette méthode (entre autres) a permis de démontrer une accumulation d’espèces Fe(II) en concentrations biologiquement significatives, quand la concentration en superoxyde dans l’eau de mer était inférieure à 1 nM. Par contre, lorsque cette concentration se trouvait supérieure à 1nM, la plupart des espèces réduites (Fe(II)) étaient réoxidées, ce qui résultait en un fort taux de production de peroxyde d’hydrogène du à la dismutation du superoxyde. Dans l’ensemble, cette étude a permis le développement d’une méthode de détection de la production de superoxyde par le phytoplancton marin en milieu extracellulaire qui peut être utilisée au laboratoire ou en conditions d’étude sur le terrain. Nous avons aussi démontré que les cellules de Trichodesmium erythraeum IMS101 produisent de grandes quantités de superoxyde, en particulier lorsqu’elles sont limitées en fer. L’étude des taux d’absorption du fer par ces même cellules a démontré une forte relation entre ce processus et la production de superoxyde par les cellules: ces résultats sont en accord avec l’hypothèse que le modèle d’absorption du fer par le phytoplancton marin «Fe’» serait fortement influencé par ce type d’organisme capable de modifier l’équilibre redox du milieu présent à la surface des cellules.