L'hypométabolisme énergétique, une cible pour le traitement des maladies neurodégénératives : étude de faisabilité
| Auteur / Autrice : | Emilie Cornille |
| Direction : | Bouchra Gharib |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Neurosciences |
| Date : | Soutenance en 2009 |
| Etablissement(s) : | Aix-Marseille 2 |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Laboratoire de neurobiologie des interactions cellulaires et neurophysiopathologie (Marseille) |
Résumé
Toutes les maladies neurodégénératives s'accompagnent, à des degrés divers, de dysfonctions métaboliques, avec altération de la glycolyse, source énergétique préférentielle des neurones. Cependant, dans ce cas, le cerveau a la faculté de faire appel à une source énergétique alternative, en mobilisant les réserves lipidiques. Ce processus, dit -oxydation des acides gras, fait intervenir une grande famille d'oxydoréductases, dont les substrats sont des acides gras lié au Coenzyme A (CoA) sous forme de thioesters. Ces enzymes présentent de très nombreuses isoformes, répondant à la grande variabilité structurale des acides gras. Cela conduit à la production des « corps cétoniques », -hydroxybutyrate et acétoacétate. L'administration de ces corps cétoniques a un effet protecteur dans de nombreuses pathologies cérébrales. Cependant, des pathologies chroniques nécessitent une administration prolongée, ce qui entraîne des effets secondaires encore mal évalués. Une meilleure stratégie serait de réguler cette voie énergétique alternative, en la stimulant, mais seulement lorsque c'est nécessaire. Nous avons exploré cette possibilité dans le modèle MPTP murin de la maladie de Parkinson, en utilisant la pantéthine, pro-vitamine B5, thiol largement répandu dans le monde vivant. Ce choix est dicté par le fait que sa forme réduite, la pantéthéine, constitue la partie active du CoA et donc constitue un cofacteur nécessaire au métabolisme des lipides, en général, et à la -oxydation des acides gras, en particulier. Nous montrons que l'activité 3--hydroxyacyl-CoA dehydrogenase (HAD), qui catalyse l'oxydation de 3--hydroxybutyryl-CoA en acétoacétyl-CoA, est altérée suite à l'administration de la neurotoxine, mais elle est restaurée par traitement des souris par la pantéthine. Cela se traduit par l'augmentation des taux sanguins de corps cétoniques. Il faut souligner que cette augmentation ne s'observe que chez les souris atteintes, et non pas chez les animaux sains. Il en résulte une atténuation des dysfonctions mitochondriales, avec restauration des atteintes dopaminergiques dans l'aire nigro-striée. Cette restauration n'est que partielle, mais elle est suffisante pour permettre une activité motrice normale. En réalité, cette protection tient sans doute à un effet cumulatif : bien qu'étant de faible poids moléculaire et de structure simple, la pantéthine est pluri-fonctionnelle. Elle est notamment anti-inflammatoire (en stimulant la production de GSH et en atténuant la réponse cellulaire aux facteurs pro-inflammatoires), antioxydante, et hypolipidémique. En conclusion, notre travail démontre ainsi la faisabilité d'une stratégie thérapeutique qui consiste à viser simultanément différents éléments de la cascade délétère à l'origine de la maladie de Parkinson avec, en particulier, restauration du métabolisme énergétique. Nous pensons que cette approche a une portée générale et pourrait s'appliquer à d'autres pathologies complexes. A partir de l'ataxie de Friedreich et la malaria cérébrale, nous apportons quelques éléments qui, bien que préliminaires, confortent cette hypothèse de travail