L'émergence de la figure du chef d'orchestre et ses composantes socio-artistiques : françois-Antoine Habeneck (1781-1849). La naissance du professionnalisme musical
| Auteur / Autrice : | Nicolas Southon |
| Direction : | Joël-Marie Fauquet |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Musique |
| Date : | Soutenance le 09/12/2008 |
| Etablissement(s) : | Tours |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sciences de l'homme et de la société (Tours ; 1996-2018) |
| Partenaire(s) de recherche : | Equipe de recherche : Institut de recherche sur le patrimoine musical en France (Paris) |
| Jury : | Président / Présidente : Jean Gribenski |
| Examinateurs / Examinatrices : Peter Bloom, Guy Gosselin, Michel Noiray | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Hervé Lacombe | |
| DOI : | 10.70675/a84fb68az99c6z4c04z86c1z6382cb5facde |
Mots clés
Résumé
Personnage musical parfaitement identifié aujourd'hui, le chef d'orchestre apparaît au début du XIXe siècle dans le contexte d'un bouleversement du paysage symphonique (accroissement des effectifs de l'orchestre, virtuosité nouvelle des instrumentistes, œuvres à l'orchestration plus élaborée et exigeante). Issu des formes de direction multiples du XVIIIe siècle, le chef prend peu à peu son autonomie par rapport à la collectivité orchestrale, à l'instrumentiste et au compositeur. Doté d'une formation très complète, de dons particuliers, d'une autorité et d'un magnétisme hors du commun, il s'impose comme une figure centale de la musique, tandis que son métier, aux procédures de plus en plus précises, se trouve progressivement formalisé dans une littérature théorique spécifique (Fétis, Kastner, Berlioz, Deldevez). A l'instar du violoniste jouant son violon, le chef « joue de l’orchestre » (selon l'expression de Berlioz), et en cela fonde cet orchestre comme une entité réifiée. Seul entre tous après le créateur à accéder au détail et à la totalité de l'œuvre, il la façonne et la résume dans sa pantomime expressive, point de mire du regard des musiciens mais également du public, incarnation gestuelle et spatiale du sens de la musique - surtout lorsqu'elle est purement instrumentale. De ces phénomènes découle son affirmation comme figure d'un héros en musique : le chef d'orchestre, par qui l'œuvre est révélée au monde, est devenu le porte-parole voire même l'alter ego du compositeur, à la fois responsable de l'exécution dans ce qu'elle a de plus concret et dialoguant avec le sublime, dont il se fait le médiateur. Paris est l'un des creusets de ces évolutions, en particulier à travers la personnalité de François-Antoine Habeneck (1781-1849). Mieux que quiconque en France, et peut-être en Europe, Habeneck incarne le premier « chef d'orchestre » au sens moderne, exclusivement dévolu à sa tâche d'exécutant ; il forge ainsi sa propre personnalité musicale en même temps que la stature d'un nouveau type de musicien. Dans les cinq décennies qui suivent ses débuts en 1803 à la tête de l'orchestre d'élèves du Conservatoire, Habeneck devient l'un des acteurs centraux de la vie symphonique française. Il dirige l'orchestre de l'Opéra d'une main de fer, créant les partitions des maîtres du grand opéra (Auber, Rossini, Meyerbeer, Halévy), officie dans maints « concerts-monstres » (ces événements rituels qui consacrent la grandeur et la puissance du chef), et fonde en 1828 l'orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire. Avec cette phalange, glorieuse s'il en fut, Habeneck révèle l'œuvre de Beethoven à la France. Dans la fameuse salle de la rue Bergère, lieu d'une écoute et d'une conception changées de la musique, de nouveaux liens s'instaurent entre le chef, son orchestre, les œuvres et leur public - avec les symphonies du Maître de Bonn pour évangile et Habeneck comme grand-prêtre.