Palingénésie, régénération et extase dans la musique religieuse de Franz Liszt
| Auteur / Autrice : | Nicolas Dufetel |
| Direction : | Guy Gosselin |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Musique |
| Date : | Soutenance le 24/06/2008 |
| Etablissement(s) : | Tours |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sciences de l'homme et de la société (Tours ; 1996-2018) |
| Partenaire(s) de recherche : | Equipe de recherche : SHS/EA 3252 - Lieux et enjeux des modernités musicales - Interactions culturelles et discursives (Tours) |
| Jury : | Président / Présidente : Serge Gut |
| Examinateurs / Examinatrices : Malou Haine, Florence Getreau, Rena Mueller, David Cannata | |
| DOI : | 10.70675/25252e17z10abz4223z922ezbc9e78d7db52 |
Résumé
Parallèlement à sa vaste production musicale, Franz Liszt (1811-1886) a laissé un certain nombre d'écrits qui permettent de mieux pénétrer sa pensée. La thèse propose d'étudier dans sa musique religieuse, composée principalement entre 1885 et 1886, deux idées qu'il a développées dans des articles au cours des années 1830 : la palingénésie (liée à la régénération) et l'extase. Interroger ces deux points revient à poser la question de la permanence et de l'application de données théoriques et esthétiques : Liszt met-il en pratique après 1855 ce qu'il écrit dans les années 1830 ? . Au seuil de la discussion de ces deux constantes, en partie fondée sur des sources rares et nouvelles, une approche méthodologique et épistémologique des lectures et des écrits de Liszt permet d'éclairer la façon dont le compositeur s'est imprégné de concepts dont on retrouve la trace dans ses œuvres. Jusqu'à présent, les études musicologiques ont presque exclusivement utilisé le terme de ''réforme'' pour aborder la musique religieuse de Liszt. Cependant, c'est un mot qu'il a très peu, voire jamais employé dans ce contexte. En revanche, en 1835, dans l'avant-dernier article ''De la situation des artistes, et de leur condition dans la société'', il évoque la ''régénération de la musique religieuse''. Il s'appuie notamment sur le concept de palingénésie (''renaissance'') qui irrigue alors le milieu intellectuel et artistique, particulièrement par le biais des écrits de Ballanche et d'Ortigue. Ce concept, a joué un rôle fondamental dans ses positions esthétiques et dans son langage musical. Étudier la musique religieuse de Liszt sous l'angle de la ''régénération'' et non de la ''réforme'' permet donc de soulever de nouvelles perspectives et de mieux cerner le comportement historiciste de Liszt. Selon l'expression de Bülow, la ''Missa solennis '' de Liszt (1855) avait donné naissance à la ''Zukunfts-Kirchenmusik'', tournée vers l'avenir. Mais sa musique religieuse plonge également ses racines dans le chant grégorien et dans la musique de la Renaissance : la palingénésie explicite chez Liszt la dialectique entre passé et avenir. Elle explique aussi pourquoi son rapport aux traditions est, à l'inverse par exemple des cécitiens, progressiste et non conservateur. Par le réinvestissement des traditions romaines, Liszt confère à sa musique religieuse une profonde identité catholique. En 1839, Liszt écrit avec la treizième ''Lettre d'un bachelier ès-musique'' (''La Sainte Cécile de Raphaël'') une véritable critique d'art. Il livre alors une lecture originale du tableau, dans lequel il voit une puissante allégorie : sainte Cécile représente ''le symbole de la musique à son plus haut degré de puissance'' et les quatre personnages qui l'entourent ''résument les éléments essentiels de la musique et les effets divers qu'elle produit sur le cœur de l'homme''. Mais surtout, il précise que sainte Cécile est en extase alors que les anges de la partie supérieure du tableau chantent ''l'éternel ''hozannah'' [qui] retentit dans l'immensité''. Le Hosanna se retrouve ainsi lié aux anges et à l'expression d'une extase contemplative. Contrairement à ce qu'écrivent habituellement les compositeurs, Liszt réserve aux hosannas un traitement particulier, puisqu'à l'instar du tableau de Raphaël, ils sont presque systématiquement doux et éthérés. Comme le montrent leur analyse et leur genèse, les Hosannas et les choeurs d'anges de Liszt expriment la même atmosphère contemplative et mystique que la ''Sainte Cécile'', rendue par des successions d'harmonies kaléidoscopiques, non fonctionnelles, que le compositeur appelait des ''Liszt'sche Progression[s]'' et que nous résumons par l'expression ''champ transfiguratoire'' En 1863, Baudelaire défiait quiconque de ''diviser''Liszt. Notre but est enfin de rappeler la diversité de la carrière et de l'œuvre de celui qui ne fut pas seulement ''le roi des pianistes''. Son identité doit être rendue dans sa variété et, pour reprendre l'expression du poète, dans ses ''méandres capricieux''.