Le sublime et l'idée d'énergie dans les Natchez et les Martyrs de Chateaubriand

par Régine-Stéphanie Oye Allogho

Thèse de doctorat en Lettres modernes

Sous la direction de Pierre Glaudes.

Soutenue en 2008

à Toulouse 2 .


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  • Résumé

    Le XIXe siècle est une époque en rupture avec les conventions classiques et semble marquer le début du monde moderne. Le signe le plus important de cette rupture est la Révolution française, qui a provoqué un bouleversement radical dans la société et donné une orientation nouvelle aux écrits de nombreux écrivains. C’est le cas de Chateaubriand, auquel la Révolution a fourni des images convulsives où se confondent, conformément à l'esthétique du sublime, les catégories du beau et du laid. Que ce soit dans Les Natchez ou Les Martyrs, on retrouve les mêmes scènes d'horreur. Nous sommes plongés dans un univers fascinant et énigmatique, peuplé de personnages à la fois troublants et inquiétants, un univers fort et puissant où se côtoient tous les extrêmes. Les textes romanesques de Chateaubriand sont inspirés du sublime miltonien et burkien. L'énergie, la passion et la violence y dominent le goût esthétique. Notre étude consiste à montrer comment le sublime infernal qui se manifeste simultanément dans les personnages, la nature et l'écriture, est aussi atténué par un sublime merveilleux de la religion. Les personnages de Chateaubriand ont le culte de l'exaltation devant le malheur. L'auteur insiste sur la pratique volontaire du crime, même quand elle est justifiée sur le plan collectif par les guerres. Le vocabulaire du sublime dans ses romans conduit ainsi à une théorie de l'action et de la transgression individuelle. Le plaisir dans le mal n'est plus un paradoxe mais la logique d'une volonté de puissance. A travers ses personnages, Chateaubriand sonde les sombres énergies qui animent l'homme, et dont l'explosion produit un sublime de la terreur. L'auteur a introduit le sujet du crime pour produire, comme l'exige la notion de sublime, un effet choquant et extraordinaire ; il raconte aussi l'intervention du diable qui incarne le Mal dans ce monde romanesque. L'univers des Natchez et des Martyrs est ainsi un monde déréglé et fantastique. Dans Les Martyrs, Chateaubriand aborde des crimes que la société commet, et qui nous font entrevoir l'enfer au dessous de ce monde. Ici, la littérature exprime la réalité du côté obscur de la vie humaine. La survivance du mal s'exprime par des crimes affreux, la violence des conduites et l'exacerbation du désir. La terreur, la force et l'excès sont les moteurs de nos deux romans. La puissance intarissable des scélérats doit toujours les conduire à des états excessifs : la folie et la monstruosité. Pour présenter ces êtres surhumains, il n'y a pas d'autres moyens que de recourir à l'image de monstre, ou encore à celle du feu et de l'enfer qui évoquent des figures presque démoniaques. Cette transgression des lois et des ordres établis rend ainsi possible la création d'un homme absolu dans le mal tel Ondouré, et cette puissance sans limite constitue le caractère essentiel du sublime dans les deux œuvres. Les Martyrs et Les Natchez indiquent ainsi à leur manière que la vérité la plus profonde de l'homme se révèle dans l'émotion et dans les pulsions excessives et non dans l'exercice de la raison et de la sagesse. Cette conception du sublime se manifeste aussi dans la nature, violente dans un premier temps et magnifiée par la suite. Horribles et menaçantes, la mer, la forêt et la tempête éblouissent et hypnotisent car elles contiennent en elles des forces sublimes. Ce sublime monstrueux de la nature inflige ainsi à l'homme la défaite de sa volonté de puissance. Il traduit l'intensité dramatique où l'homme est confronté au vertige de sa faiblesse et de son impuissance face à une nature inhospitalière. A côté de ce sublime monstrueux, se trouve un sublime plus paisible dans les récits. Le sublime se réalise aussi dans l'humilité et la simplicité et dans une pensée chrétienne qui veut concilier humilité et sublime, dévouement et grandeur divine. Dans l'univers chateaubrianesque, la poétique du sublime n'est jamais éloignée d'une interrogation religieuse, qui se limite à une communion avec Dieu. C'est surtout dans Les Martyrs que ce sublime idéal se manifeste. Le sublime y est vécu sur le plan de la morale et de la religion. Il a pour vocation la reconnaissance de la loi divine. Ce sublime idéal conduit aussi à une évocation de la nature, finalement paisible et accueillante. Chateaubriand se change en peintre, car le sublime paisible est d'abord pour lui un enchantement des sens, un faste visuel qui suscite l'activité artistique. Chateaubriand a ainsi orienté le sublime vers le pittoresque. Ainsi, cette notion n'est pas uniquement inscrite dans la violence et ne passe pas toujours par le terrifiant. La nature est le lieu d'une incessante fécondité qui conduit à une rêverie toute sensuelle : le sublime a partie liée avec le plaisir et la grâce tout autant qu'avec la violence et le terrible. Elle est si imprégnée d'humanité que l'auteur confère une finalité morale et sentimentale aux êtres les plus simples : la fleur, l'oiseau, l'insecte témoignent de la vie et de l'unité de la nature. L'élément naturel est peut-être un gouffre, mais Chateaubriand refuse la pensée du chaos, et fait converger ses récits vers une finalité qui est celle de l'harmonie. Néanmoins, bien que Les Natchez et Les Martyrs soient le creuset privilégié de l'idéalisme de la simplicité de leur auteur, la pensée de Chateaubriand reste constamment occupée par le problème du mal, qui ruine sans cesse l'édifice de l'idéalisme humanitaire et religieux.

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  • Détails : 1 vol. (404 p.)
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : Bibliogr. p. 392-404

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  • Bibliothèque : Université Toulouse Jean Jaurès. Bibliothèque universitaire centrale de lettres et sciences humaines.
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