Penser un monde par-delà les frontières : Derrida et Tirumular, essai de philosophie comparative

par Nishant Alphonse Irudayadason

Thèse de doctorat en Philosophie pratique

Sous la direction de Dominique Folscheid.

Soutenue le 14-11-2008

à Paris Est , dans le cadre de Entreprise, Travail, Emploi , en partenariat avec Espaces Éthiques et Politiques - Institut Hannah Arendt (EEP-IHA) (laboratoire) .

Le jury était composé de Dominique Folscheid, Jean Greisch, Ronan Sharkey, François Chenet, Jeffrey Bloechl.

Les rapporteurs étaient François Chenet, Jeffrey Bloechl.


  • Résumé

    Dans la philosophie de Derrida, « déconstruction » signifie, entre autres, découverte de l’autre, négligé, oublié ou poussé à la périphérie. Derrida tient que la justice et le « messianique », en tant que clés d’une transcendance vers tout autre, ne peuvent pas être déconstruits. Cette approche lui permet de traiter d’une manière radicalement nouvelle des thèmes conventionnels comme le pardon, le don, l’hospitalité, etc., souhaitables et impératifs dans un monde déchiré par des divisions de toutes sortes, soutenues par des oppositions binaires où le premier élément de chaque binôme exerce sa domination sur le second. Il est étonnant de découvrir que la tradition sivaïte tamoule que l’on croit remonter au IIe siècle avant J.-C., et qui commença à se formuler philosophiquement au VIe siècle, a un même objectif : un monde ouvert dépassant les frontières. Déjà à l’époque classique de la littérature philosophique tamoule (l’époque du sangam, du IIe siècle), Kanniyan Poonkonranar exprima ce désir sous forme poétique: « Yadhum ouré; yavarum kélir », « nous sommes tous du même village et de la même famille ». Cette vision radicale qui veut briser l’horizon est bien développée par Tirumular, saint shivaïte tamoul (saiva siddha) du VIe siècle, dans son Tirumantiram (prières sacrées) composé de 3000 poésies. Cependant, en soulignant qu’il est important de dépasser les frontières, Tirumular ne cesse d’affirmer le rôle central d’une expérience mystique de l’immanence dans la conscience par les chemins du yoga. Une telle vision « au-delà des frontières » est notamment un point de convergence entre la pensée philosophique de Derrida et celle de la tradition philosophique du sivaïsme tamoul, et particulièrement celle de Tirumular. Cette idée d’un monde ouvert est-elle une utopie ou une invitation à la sagesse ? L'issue serait-elle la « déconstruction » ? Quel pourrait être, en la matière, le rapport entre la tradition indienne et la philosophie occidentale dans sa version contemporaine ? Notre tâche consiste à pénétrer la réflexion philosophique occidentale, en interrogeant la pensée de Derrida touchant cette ouverture. Cela nous permet d’entrer dans les traditions qui l’ont formé et celles qui ont été initiées par sa pensée. Cette recherche est aussi un approfondissement de la philosophie de Tirumular. C’est une étude comparative entre deux pensées, l’une occidentale et l’autre indienne

  • Titre traduit

    Thinking a world beyond boundaries : Derrida and Tirumular, an endeavor of comparative philosophy


  • Résumé

    Derrida’s philosophical understanding of justice and “messianic,” which Derrida considers “undeconstructible,” serves as a hermeneutical key to the transcendence to the singular other. This approach enables him to propose a radically different understanding of certain conventional themes like forgiveness, gift, hospitality etc., which is both desirable and imperative in present day’s global situation. Derrida’s deconstruction is therefore an invitation to transcend all possible and visible horizons in order to ensure a world without boundaries where in every singular other can retain the meaning of his very being. If Derrida’s deconstruction insists on transcendence as that which motivates the “creation” of a world without boundaries, a just world for every singular other, the Tamil Saiva tradition, believed to have its roots already in the 5th century BCE and philosophically established since 6th century CE, surprisingly arrives at the same objective as Derrida, that is, a world beyond boundaries. Already in the classical period of Tamil philosophical literature (Sangam between 2nd century BCE and 2nd century CE), Kanniyan Poonkonranar has expressed this desire in the form of poetry: “Yadhum Ouré; Yavarum Kélir,” “Every town is ours and every person belongs to our family.” This radical boundary breaking vision is well-developed by Tirumular, a Tamil Saiva Saint (Tamil Saiva siddha) in the 6th century CE in his Tirumantiram (sacred prayers) consisting of more than 3000 poems. Such a radical vision beyond boundaries is an interesting area of convergence between Derrida’s philosophical thinking and that of Tamil Saiva philosophical tradition, notably that of Tirumular. However, Tirumular, while underscoring the importance of transcending visible horizons has insisted on an inward journey of the consciousness through spiritual means of Yoga. Our task is to first penetrate into Derrida’s philosophical venture: to raise questions with which he grapples and for which he seeks responses, by entering his “life world” to borrow a term from Habermas. This research is an attempt to make a comparative study of two philosophical heritage, one of Derrida and the other of Tirumular


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