La Fonction psychothérapeuthique des églises chrétiennes nouvelles au Rwanda après le génocide des Tutusi en 1994

par Benoît Ruratotoye

Thèse de doctorat en Psychologie et psychopathologie

Sous la direction de Serban Ionescu.

Soutenue en 2009

à Paris 8 .


  • Résumé

    Dans le contexte actuel de la société rwandaise, l’état de la santé mentale en ébranle plus d’un. Les troubles mentaux les plus invalidants et les plus fréquents concernent les souffrances psychiques dues aux conséquences du génocide des Tutsi de 1994. La prise en charge psychiatrique au Rwanda se trouve face à des difficultés, non seulement en termes de ressources dans un pays qui sort du chaos, mais aussi de pensée théorique, qui font qu’elle tarde à répondre - ou ne répond pas - aux attentes des Rwandais après le génocide. Dans la société rwandaise d’après le génocide, la santé mentale fait partie d’un projet social de reconstruction et ne peut uniquement engager les seuls individus. Elle se situe au centre d’une nouvelle façon de vivre ensemble, où apparaissent d’autres valeurs, elles aussi incontournables, parmi lesquelles figurent l’harmonie sociale, la participation communautaire et l’engagement personnel. Face à l’horreur d’un génocide d’une telle ampleur, tous les professionnels se trouvent interpellés sur l’efficacité de leurs outils. D’autant que les rescapés du génocide montrent le chemin : ils ont des itinéraires thérapeutiques multiples, passant successivement et dans un va-et-vient permanent d’un domaine de soins à l’autre – médecine, guérisseurs traditionnels, pasteurs… -, gardant tout à la fois. Dans ces parcours multiples de soin, le chercheur doit tenir compte du fait que les Eglises chrétiennes nouvelles (évangéliques) occupent une place de choix. Cette thèse tente de répondre ainsi à une série de questions : Quel est l’apport des Eglises chrétiennes nouvelles dans la prise en charge du rescapé du génocide des Tutsi au Rwanda en souffrance psychique ? Quel est le rôle du pasteur-thérapeute dans le Rwanda actuel ? Quelles sont les méthodes et techniques thérapeutiques utilisées par ces pasteurs-thérapeutes? Faut-il percevoir leur succès comme une conséquence des limites de la médecine scientifique, enfermée dans le biologique au détriment du psychosocial et du spirituel ?Quelle est la contribution des Eglises chrétiennes dans la reconstitution du lien social des Rwandais ? Pour les rescapés, le pasteur-guérisseur au Rwanda est un être élu, un personnage digne de respect. Il est « thérapeute du peuple », sans distinction d’appartenances. Les Rwandais rescapés du génocide des Tutsi, et bien d’autres, s’adressent massivement à lui, cherchant un sens à ce qu’ils ont vécus, personnellement et collectivement. Ils considèrent leur parole et leurs actes comme liturgique et thérapeutique, les libérant et les réconciliant, resocialisant les Banyarwanda traumatisés et diffractés. Ce qui sépare la prise en charge de la médecine et de la psychiatrie du dispositif collectif de ces Eglises est que l’une s’applique aux symptômes, elle est mécaniste ; l’autre se réfère à un Principe transcendant, à l’Absolu, elle est psychosociale et holistique. La recherche des causes distingue radicalement ces deux formes de dispositifs de soins : le second semble correspondre plus profondément à l’univers mental des Rwandais. La complémentarité nécessaire de ces deux dispositifs de soins en santé mentale est encore à bâtir

  • Titre traduit

    ˜The œPsychotherapeutic function of new Christian churches in Rwanda after the genocide of the Tutsi in 1994


  • Résumé

    In the current context of Rwandan society, the state of mental health becomes a matter of concern for many. Traumas resulting from the Rwandan Genocide in 1994 constitute the most crippling and frequent mental disorders. Psychiatric care in Rwanda faces a lot of difficulties, not only in terms of resources in a country emerging from chaos, but also in terms of theoretical background. Therefore Rwandans find that psychiatric care only slowly, if at all, meets their expectations. In Rwandan society after genocide, mental health is part of a social project of reconstruction and cannot just only engage individuals. It lies at the centre of a new way of living together, which includes new values, as essential as the old ones, such as social harmony, community participation, and personal commitment. Faced with the horror of a genocide of this magnitude, all professionals wonder about the efficiency of their approaches. Especially since genocide survivors show the way: they have diverse therapeutic paths, mixing different fields of treatment, successively moving from one domain of care to another – medicine, traditional healers, pastors… –, keeping all at the same time. In these diverse itineraries of care, the researcher has to be aware that the new (evangelic) Christian churches take up a special position. This thesis attempts to respond to a set of questions: What is the contribution of new Christian churches to the alleviation of the psychical sufferings of the survivors of the genocide of Tutsi in Rwanda? What is the role of the therapist-pastor in Rwanda today? What are the therapeutic methods and techniques used by these therapists-pastors? Should their success be regarded as a consequence of the limits of scientific medicine, locked up in the biological at the expense of the psychosocial and spiritual? What is the contribution of Christian churches in the reconstitution of social ties of Rwandans? For the survivors of the Rwandan genocide (and for others Rwandans too), the therapist-pastor is an elected being, a person worthy of respect. He is perceived as the “therapist of the people”, irrespective of ethnic distinction. They massively rely on him in their search of the meaning of what they’ve been through, personally or collectively. Their consider his language to be of a liturgic and therapeutic nature that can liberate, reconcile them and also resocialise traumatised and diffracted Banyarwanda. What distinguishes the treatment by conventional medecine and psychiatry from the collective health care by these churches is that the former cares about symptoms, it is mechanistic ; while the latter refers to a transcendent Principle, to the Absolute, it is psycho-social and holistic. It is the investigation into the causes of sufferings that radically distinguishes these two approaches : the latter seems to correspond more profoundly to the mental universe of the Rwandans. The required bridge between these two device of care is still to built.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (352 p.)
  • Annexes : Bibliogr. p.343-351

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  • Bibliothèque : Université Paris 8-Vincennes Saint-Denis (Sciences humaines et sociales-Arts-Lettres-Droit). Service Commun de la Documentation. (Saint-Denis) .
  • Non disponible pour le PEB
  • Cote : TH 2809
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