L'incapacité d'être seul et ses stratégies addictives

par Catherine Guyomard

Thèse de doctorat en Sexualités, Procréation et Périnatalité

Sous la direction de Sylvie Le Poulichet.

Soutenue en 2008

à Paris 7 .


  • Résumé

    L'incapacité d'être seul est au cœur de stratégies addictives inconscientes visant à en annuler les effets mortifères. Certains sujets vivent l'éprouvé de solitude, dans l'absence aussi bien que dans la présence des autres, comme une angoisse innommable sur le modèle des agonies primitives. L'incapacité d'être seul équivaut alors à l'incapacité d'être, seul ou en présence. Elle peut nécessiter un recours constant à l'autre. La rencontre avec cette personne espérée idéale, risque alors parfois de se figer en une relation addictive. Si elle ne permet pas au sujet une transformation de la solitude-détresse en une solitude-sereine, les « drogues » viennent dans un second temps créer un repli protecteur, lorsque l'autre génère de l'excès en réactivant chez le sujet les éprouvés de détresse qui ont entravé sa capacité d'être seul. Paradoxalement, l'incapacité d'être seul peut également conduire à se détourner de l'autre, sur le modèle du retrait qu'utilisent les enfants autistes. Ces sujets tentent alors de rétablir un sentiment ou une sensation d'existence grâce à des « drogues » qui deviennent addictives par la nécessaire répétition que la fréquence de la menace du chaos psychique implique. Les « drogues » ont donc une fonction sur l'économie psychique du sujet. Elles interviennent comme un agent, externe ou interne, agissant sur le psychisme grâce à une savante et singulière chimie administrée à un corps qui conserve les traces d'une solitude traumatique. Cependant, au-delà de ce processus de protection, les addictions révèlent une fonction cachée et paradoxale. En effet, la compulsion qui étreint ces sujets n'est alors pas la recherche d'un objet perdu dont le deuil serait impossible, mais au contraire celle d'une solitude sereine fondamentale pour la vie psychique. Ce qui implique, dans la cure de ces patients, un déplacement de la question du deuil vers celle de l'impact de la solitude sur l'être humain et la nécessité de réinstaurer une aire de solitude. Cette recherche tente alors d'apporter de nouvelles perspectives en matière de compréhension et de prise en charge de personnes souffrant d'addictions, par un éclairage psychanalytique centré sur l'incapacité d'être seul.

  • Titre traduit

    The incapacity to be alone and resulting addictive strategies


  • Résumé

    The incapacity to be alone is at the heart of unconscious addictive strategies that aim to cancel out the self-destructive effects of loneliness. Certain subjects experience loneliness, in the absence and in the presence of others, as an unnameable anxiety, in the same way as primitive agonies are felt. As such, the incapacity to be alone is equal to the incapacity of being, either alone or with others. This incapacity can necessitate a constant need of the Other. Encountering the desired, ideal Other, can result in an addictive relationship, if it does not allow for the transformation of distressful solitude into a serene solitude. "Drugs" can be used as a consequence, to create a protective isolation, when the Other provokes an excess by reactivating feelings of distress, which impede the subject's capacity to be alone. Paradoxically, the same incapacity to be alone can lead the subject to turn from the Other in a manner not dissimilar to that of autistic children. Thus, drugs are used in an attempt to re-establish a feeling or sensation of being, becoming addictive because of the necessity of repetition brought about by the threat of psychological chaos. "Drugs", therefore, have a role to play in the psychological economy of the subject. They have an external or internal action on the psyche through a clever, singular chemical administered to a body that still carries the scars of traumatic solitude. However, beyond this protective process, addictions reveal a hidden and paradoxical function. The compulsion that seizes the subject is not the search for a lost object, impossible to mourn, but rather that of the search for the serene solitude fundamental to mental health. In the treatment of such patients, this implies a shift in focus from the question of mourning to that of the impact of solitude on the human being and the necessity to re-create an area of solitude. This research attempts to explore new perspectives in the comprehension and treatment of those suffering from addiction, through a psychoanalytical focus on the incapacity to be alone.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (383 f.)
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : 265 réf.

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  • Bibliothèque : Université Paris Diderot - Paris 7. Service commun de la documentation. Bibliothèque Universitaire des Grands Moulins.
  • PEB soumis à condition
  • Cote : TL (2008) 027

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  • Cote : MC 10833
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