Figures de la scène suicidaire en milieu carcéral: perte, affects et sexualité : Vers une approche psychanalytique du suicide en Maison d'Arrêt en France

par Béatrice Chéreau

Thèse de doctorat en Psychologie clinique et psychopathologique

Sous la direction de Catherine Chabert.

Soutenue en 2008

à Paris 5 .


  • Résumé

    Toujours très médiatisé le suicide et les conduites suicidaires en milieu carcéral (avec ces institutions à caractère « totalisant » selon l'expression de A. Lefebvre, 1999, où l'individu est nié dans son attenté. . . ) sont beaucoup plus fréquents qu'en milieu libre, et particulièrement en France (D. A. P. , 2001). En effet, les morts par suicide y sont sept fois plus fréquentes, et les tentatives de suicide quatre à cinq fois (90% en Maison d'Arrêt). Le moyen le plus utilisé est la pendaison (90%). Les personnes les plus à risque sont les prévenus, les détenus ayant des antécédents d'incident en détention, ainsi que les personnalités carencées (Durand-Viel, 2000 : 60% fonctionnements limites, 15% fonctionnements psychotiques, 15% fonctionnements pervers, 10% fonctionnements névrotiques). Notre travail se propose donc d'étudier, chez les sujets incarcérés aux agirs violents et aux agirs violents suicidaires, dans une perspective métapsychologique freudienne et post-freudienne, les problématiques qui constituent le noyau de ces fonctionnements en majorité de type limite (cf. Statistiques officielles) à propos du traitement de la perte, des affects de honte et/ou de culpabilité en milieu carcéral, auprès d'un échantillon de 20 sujets (10 sujets non suicidaires, non suicidants ; 10 sujets suicidaires, suicidants). Pour ce faire, nous avons rencontré ces sujets, jeunes adultes et adultes, dans le cadre de nos activités cliniques (pendant huit ans) et de recherche sur la prévention du suicide (DDASS, 2001 ; cf. Alexithymie), au sein d'un SMPR d'une Maison d'Arrêt de la banlieue parisienne. Les épreuves projectives (Rorschach et TAT), nous ont été d'un apport précieux, pour mettre en évidence que les sujets incarcérés aux agirs violents et aux agirs violents suicidaires présentent une prévalence de fonctionnement limite et au-delà une problématique mélancolique (mélancolie blanche carcérale, perte « originaire » Freud), un narcissisme à « vif et à carapace », « pour ainsi dire, une pure culture de la pulsion de mort » (Freud). De plus, nous observons une pathologie de l'affect (barrières autistiques ; verrouillage de l'affect; affects « coincés » (Freud) ; affects « galère », « misère »), entre «honte et culpabilité» (C. Chabert) inconsciente, avec des difficultés identificatoires clairement sexuées et un refus du féminin passif (masculin carcéral : « féminin mélancolique» C. Chabert, «masculin maniaque» F. Neau), qui nous pousse à postuler l'hypothèse de l'élection de «cette silencieuse déesse de la mort carcérale » à travers la création d'une scène suicidaire carcérale dans ses polarités actives et passives (« se tuer, s'abandonner au corps pénitentiaire), dans un lieu où régnent « l'illusion législative », les stratégies de déni collectif et une pathologie de la communication (C. Dejours), en particulier dans le suicide carcéral réussi.

  • Titre traduit

    Figures of the suicidal scene: loss, affects, sexuality : Towards a psychoanalytical approach of suicide in French prisons


  • Résumé

    Often covered by the media, suicide and suicide attempts in places of incarceration (with their "total institutions" A. Lefebvre, 1999) are much more frequent in prisons than in a free environment, especially in France. In fact in French jails, deaths by suicide are seven times more frequent and suicide attempts are four to five times more frequent (by 90 %). The means most used is hanging (90 %). The people most at risk are the defendants, the prisoners having previous incidents while in custody, as well as inmates with personality deficiency. Our work therefore proposes to study, amongst prisoners with violent behaviours and violent suicidal behaviours, with a Freudian and post-Freudian meta-psychological perspective, and investigate the components that constitute the core of these mainly borderline cases (cf. Official statistics), regarding the treatment of loss, affects of shame and/or guilt in prison for a range of 20 subjects (10 non suicidal, no attempts at suicide; 10 suicidal, attempts at suicide). In order to achieve this, we met those subjects, young adults and adults, within the frame of our clinical work and research on prevention of suicide (DDASS, 2001 ; alexithymia) in the heart of a prison in Paris suburbs. Projective tests (Rorschach and TAT) were of invaluable contribution, as they revealed that patients imprisoned, having violent behaviours and violent suicidal behaviours, show a prevalence of borderline state, along with a melancholic process (white melancholia in prison, "primal" loss Freud), a "sharp" narcissism and a narcissism with a "carapace", "a pure culture of death drive" (Freud). Moreover, we noticed a pathology of the affect (denial, negation; "hassle" affect), between unconscious "shame and guilt" (C. Chabert), with identification problems clearly sexed and a rejection of passive femininity (prison masculinity : "melancholic femininity" C. Chabert, "maniac masculinity" F. Neau), that leads us to postulate to the hypothesis of the selection of this "silent goddess of death in prison", through the creation of a suicidal scene in prison, in its passive and active polarities ("to kill oneself, to give up oneself to the prison body"), within a place governed by "legislative illusion", strategies of collective denial and a pathology of communication (C. Dejours), particularly in case of successful prison suicide.

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  • Détails : 2 vol. (592 p.; 191 p.)
  • Annexes : Bibliogr. p.582-592

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