Adorno, un matérialisme sans images

par Gilles Moutot

Thèse de doctorat en Philosophie

Sous la direction de Marlène Zarader.

Soutenue en 2008

à Montpellier 3 .


  • Résumé

    Ce travail vise à dégager la spécificité du matérialisme d’Adorno. Dans cette perspective, on a pris comme point de départ la question de l’extension du fétichisme de la marchandise dans le capitalisme avancé. D’abord considéré à partir du dialogue mené avec Benjamin dans les années trente, ce thème apparaît vite comme un opérateur critique qu’Adorno mobilise, tout en le remaniant, dans les champs les plus divers : de l’esthétique au politique, en passant par l’épistémologie. Est ainsi matérialiste l’attention portée aux expériences de la non-identité. En sorte que l’enjeu de la pensée adornienne peut être schématiquement situé entre ces deux pôles : celui de la souffrance, exprimant une individuation mutilée par les normes de comportement qu’impose un mode de socialisation pathogène ; celui de l’expérience esthétique, où s’ébauche un rapport à la différence qui cesserait de mesurer celle-ci à l’aune de l’unité. C’est là formuler l’exigence d’une rationalité capable d’ajuster ses opérations au moyen d’une sensibilité à ce qu’Adorno nomme l’« expérience non réglementée ». Ainsi Adorno déploie une critique rationnelle de la raison instrumentale qui est pleinement originale. Par l’attention qu’elle accorde aux résonances – et aux dissonances – somatiques et psychiques des processus de subjectivation et des interactions sociales, elle met notamment en question les approches qui, à la suite de Habermas, se réclament avant tout des potentiels normatifs inhérents au langage et à la communication. En cela, la conception adornienne de l’auto-réflexion critique de l’Aufklärung conserve une actualité irréductible – car intempestive.

  • Titre traduit

    Adorno's imageless materialism


  • Résumé

    This work aims to present the specificity of Adorno’s materialism. To that end, the issue of how commodity fetishism extends itself in advanced capitalism provides our point of departure. First considered in the dialogue with Benjamin in the 1930’s, this theme quickly appears as a critical instrument that Adorno uses, even as he refashions it, in a wide variety of fields: from aesthetics to epistemology to politics. So it is that the attention devoted to experiences of non-identity is materialist. Consequently, what is at stake in Adorno’s thought may be schematically set between two poles: that of suffering, which bears witness to an individuation damaged by the behavioral norms of a pathogenic socialization process, and that of aesthetic experience, wherein there emerges a relationship to difference as no longer measured against unity. This amounts to requiring that rationality be able to adjust its operations by means of sensitiveness to what Adorno calls “unregimented experience”. Thus, Adorno develops a rational critique of instrumental reason that is fully original. By paying attention to the somatic and psychological resonances – and dissonances – of subjectivation processes and social interactions, this critique particularly questions approaches that, following Habermas, claim to derive from the normative potential supposedly inherent in language and communication. Adorno’s call for the Enlightenment to subject itself to critical self-reflection maintains its implacable actuality – because it is so untimely.

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Informations

  • Détails : 2 vol. (604 f.)
  • Annexes : Bibliographie f. 553-594. Index

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  • Bibliothèque : Bibliothèque interuniversitaire. Section Lettres.
  • Disponible pour le PEB
  • Cote : TL 2008.MON-65
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