Traversées tragiques : penser le néant, vivre de rien

par Emmanuelle Bruyas

Thèse de doctorat en Philosophie

Sous la direction de Jean-Jacques Wunenburger.

Soutenue en 2008

à Lyon 3 .


  • Résumé

    La pensée tragique traverse l'irréductible déchirure de l'homme, considérant, outre les tourments auxquels il est exposé, sa vocation, comme celle de toute chose, à la mort et à l'oubli. Décidée à cheminer loin des rivages consolants, une telle pensée se recommande, selon C. Rosset, d'une logique du pire, s'efforçant d'appréhender le réel dans sa présence singulière et chaotique, où chaque existence, émergence hasardeuse et éphémère, n'est arrimée à rien. Nous avons tenté de repérer les points d'impact de cette logique. II s'est agi tout d'abord de penser l'épreuve de la condition humaine : découverte de celle-ci sous son jour précaire, l'enracinant au sein du réel destructeur. Nous avons envisagé ensuite les implications de cette traversée première, interrogeant la possibilité du suicide et celle de l'approche religieuse de notre destin. Si l'idée du suicide représente un important sas de liberté pour l'existant, la pensée tragique ne prône pourtant pas le passage à l'acte, celui-ci constituant, au fond, une tentative de neutralisation de la mort, plutôt qu'un véritable affrontement de notre finitude. Elle ne s'inscrit pas, non plus, dans la perspective de la foi religieuse, y discernant, quelle que puisse être la profondeur de son inspiration, une façon d'éluder l'impact de notre mortalité intime et la dureté de notre présence au monde. Dès lors, avons-nous essayé de cerner les contours d'une sagesse tragique. Invitation à un accueil sans partage de la totalité tragique du réel, sollicitant une attention aiguë à l'instant présent, reconnaissant aussi dans l'humour et dans la joie, plus encore, l'écho gracieux d'une capacité de jubilation à même de résister à la peine.

  • Titre traduit

    Tragic journeys : conceiving nothingness, living on nothing


  • Résumé

    Tragic thought makes its way through man's ineluctable wound, and considers, in addition to the torments he is bound to face, its destiny, just like that of any other thing, to death and oblivion. Tragic thought is thus determined to steer its course away from comforting shores, and is based on a worst-case scenario, as C. Rosset puts it. It endeavors to comprehend the real in its unique, chaotic presence, where each life - precarious and ephemeral- is fastened to nothing. We attempt to identify the features of such a scenario. First of all, we need to investigate the ordeal of the human condition to find out that its precariousness is part and parcel of the destructive real. We then consider the consequences of this firstt line of thinking by examining the possibility of suicide and that of a religious approach to our destiny. If the idea of suicide represents one of the most obvious ways out for the human being, tragic thought does not however extol its virtues, as it is, in fact, an attempt to neutralize death rather than a real confrontation with our finitude. Furthermore, it does not fit into the scheme of religious faith as it considers it, however profound it may be, as a way of evading the impact of our innermost mortality and the harshness of our presence on earth. Therefore, we attempt to determine what characterizes tragic wisdom, which induces the unreserved welcoming of the tragic real, by requiring that one pay acute attention to the present moment and also finding in humor - and even more in joy - the gracious echo of a capacity for a jubilation able to endure sorrow.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (540-[8] p.)
  • Annexes : Bibliogr. p. 521-540

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