Dynamique du ressassement : les récits concentrationnaires de Jorge Semprun

par Domitille Dupoux

Thèse de doctorat en Arts et lettres

Sous la direction de Bruno Gelas.

Soutenue en 2008

à Lyon 2 .


  • Résumé

    Confrontés aux difficultés d’exprimer la réalité concentrationnaire, que les témoignages historiques traditionnels échouent à surmonter, quelques survivants se sont attachés à retravailler la matière de leur expérience pour en proposer une représentation littéraire. Plusieurs formes d’écriture se sont alors distinguées, parmi lesquelles figurent, dans l’œuvre de Jorge Semprun, le ressassement. Depuis son retour de Buchenwald, celui-ci tente au fil de ses récits de repousser les limites de l’indicible concentrationnaire. Or, si le ressassement s’impose comme marque essentielle de la littérature du vingtième siècle, le choix de répéter sans cesse une réalité presque insoutenable paraît problématique. Rejetant l’égocentrisme dans lequel il se trouve traditionnellement enfermé, le ressassement, dans les récits sempruniens, s’attelle à représenter la part essentielle et collective de l’expérience concentrationnaire, en particulier le chaos temporel et l’omniprésence de la mort, ainsi que, par contournement, la perte et l’absence. Mais celui qui ressasse prend le risque de revivre le traumatisme de l’expérience et de succomber au désastre de l’écriture mémorielle. Pourtant, Semprun accepte ce danger sans s’enfermer sur lui-même, focalisant plutôt les reprises de son écriture sur quelques déportés qui n’ont pas survécu, parvenant même à transformer une pratique mortifère en acte de survie et de résistance. Foyer de tensions irrésolues entre présence et absence, entre vie et mort, le ressassement paraît alors inséparable d’une spatialité, offrant une représentation complexe de l’espace du camp, de l’espace de la réception textuelle, enfin de l’espace littéraire.


  • Résumé

    Faced with the difficulty of expressing the reality of concentration camps, which traditional historical testimonies have failed to resolve, a few survivors have refashioned their individual experiences into literary representations. Several forms of writing have been used, one of which being ressassement, or the use of excessive repetition. One finds it in the works of Jorge Semprun, who since his return from Buchenwald, has been pushing the limits of language used to describe the camps. Although ressassement is an essential characteristic of twentieth century literature, Semprun’s choice to endlessly repeat an almost unbearable reality seems rather problematic. In contrast to the egotism with which it is usually attached, ressassement, in Semprun’s narratives, is used to express the communal aspects of the camp experience, in particular the temporal chaos, the omnipresence of death, as well as the experience of loss and absence. However, a writer who uses ressassement risks re-living the trauma again and again, thus potentially succumbing to the danger of memory writing. Semprun accepts this risk, but avoids trapping himself in the cycle of self-absorption by focusing his repetitive writing on a few deportees who did not return from the camps ; he goes on further to transform ressassement into an act of survival and resistance. Spanning unsolved tensions between presence and absence, and between life and death, ressassement finally draws us to reflect on its spatial dimension, and on the complex representation it proposes of the geographical space of the camp and of the textual and literary space of the camp narrative.

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  • Détails : 1 vol. (315 f.)
  • Annexes : Bibliogr. f. 294-303

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