Romantisme du chef : le rêve de la domination extraordinaire et ses transformations

par Jean-Baptiste Decherf

Thèse de doctorat en Science politique. Pensée politique

Sous la direction de Marc Sadoun.

Soutenue en 2008

à Paris, Institut d'études politiques .


  • Résumé

    L’objet de ce travail est de mettre en lumière, à travers une étude du culte romantique du grand homme, le développement d’un imaginaire du pouvoir dont les effets se font sentir jusque dans l’œuvre de Max Weber et la pratique politique de De Gaulle. Le romantisme du chef commence lorsque la représentation romantique du génie, connue pour faire de lui un individu radicalement supérieur, vient à être appliquée aux grandes figures de l'histoire. La thèse centrale du romantisme du chef tient en quelques mots : parce que le génie est extraordinaire, parce qu’il est radicalement "autre", son pouvoir aussi est extraordinaire, radicalement étranger aux formes quotidiennes de la politique. Le tableau d'un contact magique entre le génie et la foule, qui tout à coup balaierait toute la médiocrité que les romantiques associent au quotidien, représente le rêve d'un dépassement du politique, d'une réduction de sa complexité à un pur élan d'enthousiasme partagé. Du fait de sa force de fascination, le rêve de l'extraordinaire survit à ses créateurs (Hegel, Carlyle, Michelet, Quinet, Chateaubriand, Stendhal, Hugo, pour n’en citer quelques uns) et se décline en différentes transformations. La première est le néoromantisme du chef, où il s’enrichit notamment d’idées issues du nietzschéisme et de la psychologie des foules. La deuxième est la sociologie de l’extraordinaire de Durkheim et Weber (concepts d'effervescence et de charisme), où l'idée d'une sortie du quotidien par l'enthousiasme, bien que profondément transformée, demeure. La troisième est la politique de l’extraordinaire des chefs qui, sans le savoir, ont (vainement) tenté de donner réalité à cet imaginaire.

  • Titre traduit

    Romanticism of the leader : the dream of extraordinary domination and its transformations


  • Résumé

    This work aims, through a study of the romantic cult of great men, to throw light upon the construction of an representation of power whose far reaching effects can be felt even in the works of Max Weber and in the political practice of De Gaulle. The romanticism of the leader commences when the romantic representation of genius as a radically superior being comes to be applied to the great figures of history. The central thesis of the romanticism of the leader lies in a handful of words : because genius is extraordinary, radically "other", its power is also extraordinary, totally estranged from everyday forms of politics. The picture of a magic contact between genius and the masses, suddenly sweeping away all the mediocrity the romantics associate with the quotidian, represents the dream of surpassing the political, of reducing its complexity to a simple surge of shared enthusiasm. By its force of fascination, the dream of the extraordinary survives its creators (Hegel, Carlyle, Michelet, Quinet, Chateaubriand, Stendhal, Hugo, to name but a few) and can take on different shapes. The first is the neoromanticism of the leader, enriched notably by ideas deriving from Nietzsche and the psychology of masses. The second is the sociology of the extraordinary, the concepts of effervescence and charisma (Durkheim and Weber), where the idea of an escape from the quotidian through enthusiasm, though profoundly transformed, is still present. The third is the politics of the extraordinary practiced by leaders who have, unwittingly and in vain, attempted to give reality to this dream.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (618 p.)
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : Bibliogr. p. 601-617

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  • Disponible pour le PEB
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