L'invention de l'origine à la lumière de la mythologie polynésienne

par Jean-Guy Cintas

Thèse de doctorat en Littératures et civilisations comparées

Sous la direction de Gérard Peylet et de Serge Dunis.

Soutenue en 2008

à Bordeaux 3 .


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  • Titre traduit

    The invention of the origin : under a polynesian enlightenment


  • Résumé

    Personne n’a fait l’expérience de son origine. Face à l’inconnu, l’origine nous soumet au récit des autres, à la relation des vivants et des morts. Inévitable tension dont dépend la mise en ordre des événements dans le temps comme la possibilité et la mesure de toute progression. Ainsi l’origine est-elle le lieu du lien et de la séparation, de l’invention ouverte à la découverte comme à la modification ou à l’imagination symbolique. Les Polynésiens quittent la terre et se lancent sur le Grand Océan en quête d’îles vierges à peupler, emportant sur leurs pirogues les germes naturels et culturels d’une vie à refaire. Ils offrent ainsi le modèle d’une confrontation à l’inconnu dans laquelle se rencontrent et l’origine et la destination dont la position lue dans le ciel étoilé dépend de la provenance. Car la navigation est le système de référence de l’imaginaire polynésien, un imaginaire qui s’y implique sans s’y réduire et au-delà duquel s’affirme sans doute la préséance générale d’une maîtrise de l’espace sur toute fondation et sur toute représentation. D’où le malentendu de l’origine entre Européens et Polynésiens. Pour ceux-là, l’origine est un point fixe qu’il faut déterminer. Pour ceux-ci, c’est un repère qui circule comme les étoiles et le soleil, autorisant ainsi la maîtrise et la conquête de l’espace, donnant lieu et modèle aux rapports nécessaires à la vie. Insaisissable et nécessaire, l’origine est ainsi par excellence le lieu de l’invention et du mythe. Puisqu’il s’agit de fonder pour vivre ou survivre, l’invention de l’origine est invention de la société, des relations qui sont censées rendre le monde habitable aux hommes : depuis ces rapports fondamentaux que sont pour les navigateurs ceux de la terre, du ciel et de la mer, on en vient naturellement aux rapports avec les dieux, pourvoyeurs bon gré mal gré de dons, entre les hommes et les femmes, avec la terre nourricière. L’enjeu de cette invention étant la survie, il requiert une parole particulièrement efficace. C’est la poésie qui tient rituellement en Polynésie ce rôle. La parole poétique donne au mythe qu’elle ressaisit au cœur de sa formulation le pouvoir de faire naître dans la société, de protéger la vie pour les hommes. Là se rencontrent par delà l’espace et le temps (et par-dessus les altérités que l’on se plaît à croire infranchissables) une grammaire de l’origine en même temps qu’un pari toujours incertain : celui d’inventer justement un équivalent culturel, humain, à la fécondité d’une nature insoucieuse des hommes. Ainsi le lézard polynésien peut-il dialoguer avec celui de René Char et le Kumulipo d’Hawai’i avec les Planches courbes d’Yves Bonnefoy. A la lumière polynésienne, se redéfinissent le symbole, le don, le sacrifice, l’altérité, dans la grande parole inventive où se nouent le mythe et la poésie.

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Informations

  • Détails : 2 vol. (511,[164] p.)
  • Annexes : Bibliogr. : p. 491-508. Index

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