« Senegal Yewuleen ! » Analyse anthropologique du rap à Dakar : liminarité, contestation et culture populaire

par Sophie Moulard-Kouka

Thèse de doctorat en Ethnologie. Anthropologie sociale et culturelle

Sous la direction de Alain Ricard.

Soutenue en 2008

à Bordeaux 2 .


  • Résumé

    A la fin des années quatre-vingt, on assiste à l’émergence d’une nouvelle expression culturelle aa Sénégal : le hip-hop. Le rap (la forme vocale du hip hop) a été introduit à Dakar par les jeunes des classes moyennes, qui avaient accès aux cassettes de rap américains ou français que leurs aînés leur envoyaient de l’étranger. Au début des années quatre-vingt-dix, ce style de musique commença à être diffusé largement dans les radios, et le rap se répandit jusque dans les quartiers les plus populaires de la ville. Au terme d’un travail de terrain de quatorze mois, j’ai essayé de déterminer comment les jeunes Sénégalais, traditionnellement tenus à l’écart du discours et des responsabilités au sein de la sphère publique, ont réussi à jouer un rôle déterminant dans la redéfinition d’un nouvel ordre, sur les plans réels et symboliques. Je me suis demandé si le mouvement rap à Dakar correspondait à la notion de mouvement social, ou revêtait plutôt la forme d’une culture populaire, s’inscrivant dans un milieu urbain. En effet, à l’horizon des élections présidentielles de 2000, les rappeurs, notamment ceux pratiquant le style hardcore, ont montré leur forte capacité à mobiliser les jeunes pour voter, mais aussi faire émerger une nouvelle conscience politique et sociale. La jeunesse sénégalaise, placée en situation de liminarité (concept que j’emprunte à l’anthropologue britannique Victor Turner) a ainsi réussi à réinvestir l’espace public. En outre, les rappeurs proposent une nouvelle lecture de l’histoire, de la tradition, élaborent de nouveaux codes musicaux et langagiers, mais aussi mettent en œuvre des processus d’individualisation qui leur permettent de redéfinir leur rapport à la famille ou à la religion, et notamment de l’islam, organisé le plus souvent sous forme de confréries soufies. Enfin, son évolution progressive vers la professionnalisation tend à changer sa relation à la création, et son ouverture croissante sur le monde l’amène à procéder à un rééquilibrage incessant, qui reflète les tiraillements d’une jeunesse désireuse d’appartenir à la fois à un monde « local » et « global ».

  • Titre traduit

    Senegal Yewuleen ! Rap in Dakar : liminarity, protest movement, and popular culture


  • Résumé

    Since the last 1980s, there has been emergence and spread of a new cultural and social movement in the Senegalese capital of Dakar : hip hop. Rap (the vocal form hip-hop) was spread throughout Dakar by middle-class teenagers who had access to American and European tapes acquired through their relatives living as immigrants in these countries. In the beginning of the 1990s, this music was broadcast on the radio which led to an expansion of the listening audience, reaching lower-class youth in the disadvantaged suburbs of Dakar. Following fourteen months of fieldwork in Dakar and its surrounding suburbs, I tried to determine how Senegalese young people, traditionally discouraged from participating in public discourse and responsibilities in general (situation of liminality – Victor Turner-), managed to play a determining role in the redefinition of a new Senegalese social protest, many young people ventured into this new find of artistic expression which consisted of a progressive africanization of this western form. I wondered whether this “rap movement” matched the description of a social movement or rather was an African creative in an urban context. Subsequently, the main issue was first to understand how a form of African creative expression like Rap in Dakar could be involves simultaneously in cultural, social and political spheres. Additionally, rappers not only offer a new interpretation of Senegalese history and tradition, but they also create new musical and language codes. They also allow for the redefinition of their relationship of their relationship to the family and religion, notably Islam in the form of Sufi brotherhoods. Finally, rap’s gradual movement away from an informal activity towards a professional one has tented to change its mode of creation and its opening toward the world makes rappers constantly adjust between the local and the global.

Consulter en bibliothèque

La version de soutenance existe sous forme papier

Informations

  • Détails : 3 vol. (430 - 145 f.)
  • Annexes : Bibliogr. f. 394 - 422

Où se trouve cette thèse ?

  • Bibliothèque :
  • Disponible pour le PEB
  • Cote : VTA 2008/6
Voir dans le Sudoc, catalogue collectif des bibliothèques de l'enseignement supérieur et de la recherche.