Les rationalisations politiques d’une "science nouvelle" : essai sur l’économie politique en France (1750-1776)

par Arnault Skornicki

Thèse de doctorat en Science politique

Sous la direction de Jean-Marie Demaldent et de Bernard Lacroix.

Soutenue en 2007

à Paris 10 .


  • Résumé

    Cette étude porte sur la formation de l’économie politique en France à un moment clé de son histoire, de Gournay à Turgot en passant par la physiocratie. Cette « science nouvelle », loin de se constituer en discipline spécialisée et autonome, devint l’un des principaux modes du discours politique des Lumières durant le second XVIIIe siècle, jusqu’à revendiquer – avec les physiocrates – un monopole sur l’ensemble des savoirs politiques. Cet essai d’histoire sociale des idées explore dans ses divers aspects la dimension politique, quelque peu déniée aujourd’hui, de l’économie, en s’appuyant sur un corpus élargi de textes imprimés et d’archives. Il défend la thèse que l’économie politique française des Lumières n’est ni une simple philosophie de la liberté conçue par des savants épris de raison et d’humanité, ni une idéologie universalisant les intérêts d’une bourgeoisie ascendante, mais un savoir d’État qui s’est formé contre la société de cour et le système des privilèges. Les principaux acteurs de ce savoir sont des hommes de lettres et des administrateurs entretenant un rapport complexe à la politique. Leur « libéralisme » ne signifie pas une hostilité envers l’État, mais une technologie politique proposant la liberté comme mode de régulation sociale et la science comme moyen de retremper la légitimité de la monarchie. L’institution d’un marché concurrentiel, débarrassé des privilèges, était vue comme le moyen de refonder les élites et, par là, de rationaliser l’ordre politique. Reine des sciences, l’économie politique devint la science des rois avec l’accession de Turgot au pouvoir.

  • Titre traduit

    ˜The œpolitical rationalizations of a "new science" : essay on the political economy in 18th century France (1750-1776)


  • Résumé

    The present work focuses on the formation of political economy in France, in a key moment of its historical development, from Gournay to Turgot and passing by the Physiocrats. Far from emerging as a specialised and autonomous subject field/area, this “new science” became one of the leading modalities of the political discourse during the 18th century Enlightenment, to the extent of claiming, along with the Physiocrats, the monopoly over political knowledge. Drawing on an extended corpus of printed texts and archive sources, this essay in the social history of ideas enquires into the political dimension of economics, slightly overlooked nowadays. Its argument emphasizes the idea that the French Enlightenment’s political economy is not a mere philosophy of liberty, founded by scholars seduced by the concepts of reason and humanity; nor is it an ideology that universalizes the interests of the ascending bourgeoisie, but rather it represents a state knowledge that constituted itself against the royal court society and the privilege system. The main actors/agents in this knowledge system are men of letters and administrators engaged in a complex relationship to politics. Their « liberalism » is not to be understood as hostility towards the State, but rather as a political technology that conceives liberty as a modality of social regulation and science as a means of reestablishing the monarchy’s legitimacy. The institution of the competitive market, freed of privileges, was considered a means to reshape the elites, and thus, to rationalize the political order. Following Turgot’s ascension to power, political economy, the queen of the sciences, became thus the science of the kings.

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Informations

  • Détails : 2 vol. (731 p.)
  • Annexes : Bibliogr. p. 635-717. Index

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  • Cote : T 07 PA10-203 (1-2)

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