La variation rythmique dans les dialectes arabes

par Rym Hamdi

Thèse de doctorat en Sciences du langage

Sous la direction de Jean-Marie Hombert.

Soutenue en 2007

à Lyon 2 .


  • Résumé

    Ce travail s’inscrit dans le cadre de la phonétique acoustique expérimentale. À partir de la description des structures syllabiques observées en parole, nous proposons une analyse contrastive de l’organisation temporelle et rythmique de différents parlers arabes. L’objectif principal de cette étude est de décrire le continuum linguistique de l'espace arabophone à partir d’éléments prosodiques relatifs à la structuration temporelle et rythmique propre à chaque parler. Les travaux de recherches antérieurs qui se sont intéressés au rythme de la parole en arabe, ont toujours catégorisés les parlers arabes comme accentuels (stress-timed) par opposition à d’autres langues et/ou dialectes décrits comme syllabiques (syllable-timed) ou moraïques (mora-timed). Ces classifications, qui découlent essentiellement d'expériences psycho-acoustiques, soulignent le fait que la perception des différents types de rythme correspond à certaines propriétés phonologiques des langues telles que la structure syllabique, la réduction vocalique et le type d'accent. Plusieurs modèles ont tenté de trouver les corrélats acoustiques pour quantifier ces propriétés phonologiques et, par la suite, pour mesurer le rythme des langues. Ramus & al. (1999) et Grabe & al. (2000, 2002) ont montré que les classes du rythme perçu, peuvent être appréhendées à partir de certaines mesures instrumentales réalisées sur le signal (i. E. ΔC, ΔV, %V, rPVI, nPVI). Nous avons appliqué le modèle de Ramus et celui de Grabe sur un corpus de parole spontanée représentant six variétés dialectales arabes : marocain, algérien, tunisien, égyptien, libanais et jordaniens. Trois autres langues appartenant à des catégories rythmiques différentes ont également été étudiées : l’anglais, le français et le catalan. Les résultats obtenus à l’issue de cette étude comparative révèlent d’une part que les parlers arabes peuvent être discriminés sur la base de leurs propriétés rythmiques, ce qui va dans le sens de la notion de continuum rythmique ; et d’autre part qu’il existe une forte corrélation entre réduction vocalique et poids syllabique. Les valeurs observées permettent ainsi d’établir une distinction entre trois grandes zones dialectales : le Maghreb, le Moyen-Orient et une zone intermédiaire regroupant la Tunisie et l’Égypte. Enfin, bien que les résultats obtenus pour les trois autres langues, semblent rendre compte des classes de rythme décrites dans la littérature, les valeurs observées pour les différents parlers arabes semblent constituer une remise en question pertinente aux approches considérant les catégories rythmiques comme des ensembles discrets et absolus. Par ailleurs, l'approche phonologique du rythme prédit qu'une analyse de la complexité syllabique d'une langue devrait permettre de déterminer sa classe rythmique. Nous avons donc mis en place une étude typologique préliminaire visant à décrire les différentes structures syllabiques dans trois variétés dialectales arabes à partir d’un corpus de parole spontanée. Les résultats confirment une opposition pertinente entre les parlers maghrébins (i. E. Arabe marocain) privilégiant les structures syllabiques complexes et les parlers orientaux (i. E. Arabe libanais) préférant des structures simples et une syllabation ouverte. L'existence des valeurs intermédiaires pour le parler tunisien soutient l'idée que les dialectes arabes forment un continuum. Ces derniers résultats corroborent la notion de sous-classes rythmiques.

  • Titre traduit

    Rythm variation in arabic dialects


  • Résumé

    This work, based on experimental phonetics (i. E. Acoustics), aims at addressing the Arabic linguistic continuum in the light of prosodic parameters. More precisely, we put forward a comparative analysis of temporal and rhythmic organization in several Arabic dialects. Previous studies dealing with speech rhythm consistently categorized Arabic dialects as stress-timed languages as opposed to syllable-timed and/or mora-timed languages. These classifications, developed on the basis of perceptual experiments, consider that the perception of these different rhythms rests on the treatment of some phonological properties such as syllabic structure, vowel reduction and/or stress pattern. Several models tried to find out acoustic correlates for rhythm in order to quantify these phonological properties and thus, to measure the rhythm of language. Within this frame, Ramus (1999) and Grabe (2000, 2002) suggested different variables (i. E. ΔC, ΔV, %V, rPVI, nPVI). In this work, we applied these two models to a corpus of spontaneous speech in six different Arabic dialects (i. E. Moroccan, Algerian, Tunisian, Egyptian, Lebanese and Jordanian) as well as in three non-Afro-Asiatic languages that are: French, English and Catalan. Our results show that syllable structures, syllabic weight and vocalic reduction can be used as reliable cues to elaborate a typology of Arabic dialects on the basis of their prosodic characteristics and to discriminate between different varieties of Arabic. We were thus able to distinguish between three different dialectal areas: Western vs. Eastern vs. Intermediate. The fact that geographically intermediate dialects such as Tunisian and/or Egyptian Arabic exhibit intermediate values for the parameters investigated provides further support for the suggestion that Arabic dialects form a continuum with regard to rhythmic patterns. Finally, though the distribution of French, English and Catalan along the rhythmic continuum confirms the existence of different rhythmic categories, the differentiated distribution of our six Arabic dialects along the same scale brings into question the notion of discrete and absolute categories for rhythm.

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  • Détails : 1 vol. (367 f.)
  • Annexes : Bibliogr. f. 316-361

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