Une vision de la Chine lettrée et de sa bureaucratie sous les Song du Nord (960-1127) : Étude du Bishu luhua (Propos notés dans ma retraite contre la canicule) de Ye Mengde (1077-1148)

par Hong Liu

Thèse de doctorat en Langue et civilisations chinoises

Sous la direction de Catherine Despeux.

Soutenue en 2007

à Paris, INALCO .


  • Résumé

    La dynastie des Song du Nord (960-1127) présente des changements radicaux par rapport aux époques antérieures. De profondes modifications se produisirent dans les domaines politique, économique, technique, culturel et social. Ce grand empire s'intéressait avant tout à la valeur des hommes. Il s'appuya sur l'administration civile (wenzhi 文 治) en réformant les examens de recrutement de fonctionnaires lettrés afin de permettre une croissance considérable du nombre et de la qualité des fonctionnaires lettrés et leur ascension dans la société. La mise en valeur de ces intellectuels favorisa une nouvelle vision du monde, qui engendra une transformation profonde de la civilisation chinoise à partir du XIe siècle. La Chine des Song inaugure une époque de renaissance qui se manifesta dans de nombreux domaines, dont celui des connaissances avec les premières collections de textes et de grandes encyclopédies. En particulier, le nombre de biji se multiplia. Les Propos notés dans ma retraite contre la canicule (Bishu luhua, désormais BSLH) de Ye Mengde (1077-1148), fait partie de la catégorie des biji. Le BSLH porte témoignage de l'évolution sociale, des réformes politiques, qui produisirent par ricochet des progrès surtout dans le monde des fonctionnaires lettrés. Ye Mengde est un lettré assez connu sous les Song. Issu d'une famille de hauts fonctionnaires en poste sur plusieurs générations, Ye mena sa carrière de fonctionnaire (1097-1144) pendant 47 ans, dont 29 ans sous les Song du Nord. It fut donc un témoin de la fin des réformes du XIe siècle et de la défaite des Song du Nord, et vécut la transition du pouvoir du Nord vers le Sud. Il fut fonctionnaire de province, académicien et ministre. Il exerça ses talents d'administrateur aussi bien dans la finance, la stratégie militaire que dans les secours aux victimes de grandes catastrophes. Le BSLH aborde des thèmes variés: anecdotes sur les fonctionnaires lettrés des Song, notations sur le thème "médecine et santé", en passant par les trois doctrines (confucianisme, bouddhisme et taoïsme), la vie et les loisirs des lettrés, les institutions et les usages sous les Song ou encore des propos littéraires. Ye Mengde cite fréquemment des noms de personnes (645) et des titres d'ouvrages (177). À travers notre étude, nous avons recensés dans le BSLH les thèmes fondamentaux suivants: les réformes sur les examens de recrutement des fonctionnaires et leurs conséquences vues par Ye Mengde; l'expansion religieuse (confucianisme, taoïsme et bouddhisme) et ses conséquences dans le monde des lettrés; le développement de la médecine et la participation des lettrés à celui-ci et quelques effets de la diffusion des remèdes; et la manière pour les hauts fonctionnaires de maintenir leur statut social et leur style de vie. Sur le premier thème, Ye Mengde porte en haute estime la croissance du recrutement dans la fonction publique et les réformes des examens. Le BSLH affirme que le changement du mode d'examen fondé sur l'esprit critique transforma profondément la vision des lettrés de l'époque. Cette ouverture d'esprit permit d'aboutir aux mouvements de réformes politiques du XIe siècle. Par ailleurs, Ye critique la baisse de niveau des connaissances historiques, conséquence de la réforme des examens de Wang Anshi, laquelle mit trop l'accent sur l'interprétation des Classiques. Il dénonce la négligence de cet enseignement comme une conséquence négative de la réforme. Cependant, quand il manifeste sa désapprobation sur l'essai satirique de Su Xun contre Wang (Bianjian lun), la notule en question devient l'un des arguments des compilateurs du SKQS pour juger de la position politique de Ye. Sur le deuxième thème, le BSLH suggère un lien entre l'expansion du Chan et le mouvement des réformes. Les réformes des examens favorisèrent le développement du bouddhisme, qui, sous le patronage de certains empereurs, cherchait à gagner le milieu intellectuel en intégrant la doctrine confucéenne dans la pensée bouddhique. Ye témoigne de l'intérêt pour l'expansion des religions et surtout pour l'effet que cette expansion produit dans le milieu des lettrés. Notre étude du contexte du renouveau du confucianisme a mis en lumière la croissance et l'imprégnation du bouddhisme Chan dans la société chinoise au cours du deuxième quart du XIe siècle. De nombreux fonctionnaires lettrés devinrent bouddhistes laïques cherchant à vivre dans la nature, avec modestie et sérénité. Le Chan révélait au monde intellectuel une nouvelle dimension du bouddhisme en rapprochant sa doctrine de celle du confucianisme, ce qui permit au bouddhisme de gagner le coeur des lettrés, classe dominante et dirigeante du pays, et de mieux s'implanter en Chine. Ye révéla indirectement de nombreuses anecdotes sur l'évolution du renouveau confucéen, des réactions hostiles au bouddhisme jusqu'aux positions de syncrétisme religieux en passant par l'intérêt des lettrés éminents pour la doctrine bouddhique. Il apporta ses réflexions personnelles qui privilégiaient la synthèse des trois doctrines. Le BSLH apporte son témoignage sur la ferveur passagère des fonctionnaires lettrés pour le taoïsme, qui se développait rapidement sous le patronage impérial au début du XIIe siècle. Ye distingua les taoïstes lettrés des magiciens en manifestant son mépris envers ces derniers. Il dénonce en même temps la participation des fonctionnaires lettrés aux pratiques occultes ou divinatoires. La médecine et la santé constituent le troisième thème. Ye témoigne de la préoccupation des fonctionnaires lettrés pour la santé de leurs administrés et révèle l'accès difficile du peuple à la médecine ainsi que la faiblesse de la gestion de la médecine et de la santé publique par l'État. Ye montre l'intervention spontanée des fonctionnaires lettrés dans les secours en cas d'épidémie ou de catastrophe naturelle, et dans la diffusion de remèdes. Ce phénomène était étroitement lié à la croissance de la doctrine médicale sous le patronage impérial afin de lutter contre les épidémies. Le BSLH témoigne que les livres (imprimés ou manuscrits) diffusaient les recettes traditionnelles et en faisaient la publicité. Ye affirme la tendance des gens du peuple à l'automédication qui conduisit, en cas d'usage aveugle d'une drogue à des accidents mortels. Il fut le premier et l'un des rares lettrés à révéler un de ces accidents dû à une composition médicamenteuse proposée par Su Shi. Ye considérait le texte rédigé par celui-ci comme coupable. Ye Mengde livre également sa vision de la vie matérielle de la société aristocrate de la Chine du XIe siècle, des relations limitées à son propre milieu et des loisirs des lettrés. La description de l'environnement naturel d'une maison de campagne ou la discussion sur l'art du jardinage illustrent l'amour des lettrés pour la nature. Le retrait dans la nature, l'esprit d'hédonisme, un goût raffiné et prononcé pour les divertissements intellectuels caractérisaient la vie des hommes de la haute société. Il montre que les distractions lettrés associent essentiellement la calligraphie et la collection de livres, de peintures et l'objets d'Antiquité. Ses récits expriment leur attachement à la civilisation de l'antiquité par le biais de leur collection d'objets anciens et leur intérêt pour les connaissances historiques véhiculées par ces objets, ce qui constitue un des signes de l'excellence du savoir des grands lettrés. Cette vision personnelle de leurs activités privées représente les choix de l'auteur, lesquels illustrent son engagement politique et social, spontané et conscient, dans la transmission du savoir-vivre et des valeurs morales de la société aristocrate.

  • Titre traduit

    ˜A œvision of literati's China and its bureaucracy under Northern Song (960-1127) : Study of Bishu luhua (comment noted in my retreat against the heat wave) by Ye Mengde (1077-1148)


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  • Détails : 1 vol. (465 f.)
  • Annexes : Bibliogr. f. 411-420. Index

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  • Bibliothèque : Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (Paris).
  • Disponible pour le PEB
  • Cote : TH.597
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