Les réécritures d'Andrée Chedid : des modèles miniatures aux répliques agrandies, de la quête textuelle aux enquêtes identitaires

par Nicole Grépat-Michel

Thèse de doctorat en Littérature française

Sous la direction de Catherine Mayaux.


  • Résumé

    Dans l’œuvre prolixe d’Andrée Chedid, la tragédie du quotidien et de son souffle sont source d’inspiration inépuisable pour une incessante réécriture, qui s’opère au niveau des récits remaniés et agrandis, au niveau des personnages repris et répétés, et de la mise en abyme constante de la création et de ses affres. Chacun des récits dévoile les strates d’un itinéraire d’écriture : le travail des images fortes et foisonnantes, la passion des mots et de leur mise en scène et le travail de recherche poétique. Transposer un récit d’un genre littéraire dans un autre, rendre récurrents certains types de personnages, réécrire des figures spécifiques comme écriture identitaire offrent une nouvelle littérarité à l’œuvre à travers des métamorphoses créatives où transparaît un art de dire qui évolue, se dépouille et se concentre pour recharger le signe de connotations nouvelles. Toute l’œuvre d’Andrée Chedid est placée sous le signe de l’universel grâce à un individu personnage qui perçoit et exprime le monde à travers des déchirements successifs et des mises à mort systématiques, parfois métaphoriques. Trois motifs de personnages s’imposent car ils condensent et cristallisent l’essentiel de l’humanisme chédidien, ce sont le clown transgresseur, la grand-mère courage et l’enfant démiurge. L’énigme est la source vitale et vitalisante de ce fabuleux corps à corps avec les mots : Andrée Chedid accorde à la réécriture le pouvoir de s’affranchir de la mort et de l’oubli par la renaissance des mots ressurgis du texte réécrit comme métaphore tangible de la re-naissance de l’être. L’écrivain cherche à aller par les mots et leur ressassement obsessionnel jusqu’au fond de l’homme pour trouver la racine de ce qui fait l’humanité et dépasser ainsi les époques et les frontières. L’éloge obstiné de la fraternité se tisse alors dans la lucidité tragique du récit du meurtre de l’innocent et par un paradoxe assez fou, la mort elle-même réhabilite la nécessité de vivre par l’audace du combat à mener. Et quelle que soit la forme du texte, les mots sont là pour recomposer les choses détruites par la folie des hommes, ils sont l’immuable et la pérennité nécessaire pour affronter toutes les mutations et permettre des passerelles entre le passé et le présent, des liens entre les générations. Le langage jaillit très clair et l’écriture très simple au service de la volonté première de communiquer, les récits et les poèmes sont une fête permanente des mots, traduisant un goût oriental pour les symboles et une aptitude sans faille à saisir l’universalité des sentiments premiers. Redire, mieux dire, dire plus et rechercher sans vouloir forcément savoir, c’est un peu ce qu’explore la charte poétique d’Andrée Chedid et c’est dans cette force interrogatoire et jubilatoire que se dessinent les remodelages de tous ses récits initiaux. L’écrivain se dévoile comme son propre scribe, elle nimbe d’un voile autobiographique les récits de vie de ses héros. Le travail incessant de reprise et d’amplification thématique permet de développer un partenariat identitaire avec ses héros, qui finalement se nourrissent de ses propres obsessions

  • Titre traduit

    ˜A œfew rewriting paths in Andrée Chedid’s work : from miniature models to bigger scale replicas, from textual quest to the investigation about the identity


  • Résumé

    In Andrée Chedid’s prolific work the tragedy of ordinary, everyday life and its vital, driving force are an ever-renewed source of inspiration for a never-ending rewriting act. This operates at the level of stories that are taken anew, transformed and expanded, of characters who are repeated and reduplicated, and of the constant “mise en abyme” of the creative process ant the torments inherent to it. Each story reveals the different tiers of a writing path: the work of a luxurience of mind-etching images, the passion for words, specially for directing words (in a sense similar to one directing actors on stage), and the work of poetic exploration. By transposing a story from one literary genre into another, by making some character types recurrent, by rewriting specific figures, and by making all this the stamp of her own writing, she gives a new literary dimension to her work, through creative metamorphoses that reveal a story-telling artistry that develops into a more unadorned and concentrated form, and thus loads the linguistic sign with new connotations. The whole of Andrée Chedid’s work reveals the universality of the human condition, thanks to a human character who perceives and expresses the world through successive heartbreaks, and systematic, though sometimes metaphorical, deaths. Three character motifs appear to be essential because they sum up the pith and marrow of Chedid’s humanism and point to its very core: they are the clown/trespasser, the grand-mother/ figure of courage and the child/demiurge. Enigma is the living and life-giving source of this extraordinary wrestling with words. Andrée Chedid grants the act of rewriting the power to do away with death and oblivion: words are brought back to life again into the rewritten text and from then on stand as the tangible metaphore for the rebirth of the self. Through the obsessional repeating of words, the writer seeks to reach Man’s deepest being band and find the ultimate root that humanity stems from, and thus transcend the limits of space and time. The obstinate praise of brotherhood may then be intricately interwoven with the tragically lucid story of the murder of the innocent, and by an amazing paradox, death itself rehabilitates the necessity to live, so audacious is the combat we have to engage in. And, whatever the manner of the text, words are here to recompose the things that have been destroyed by Man’s madness; they are the unchanging, immutable entities that are necessary to confront all mutations, and to make it possible to bridge the gap between past and present, and weave bonds between generations. Language springs out crystal clear in a very simple style to serve the first will to communicate. The stories and poems are a constant word festival, which reveals an oriental taste for symbols and a faultless capacity to capture the universality of the deepest feelings. Retelling stories, telling them better, telling more of them, seeking out things though you don’t necessarily want to know: this, somehow, is what Andrée Chedid’s poetic art goes about to explore. And it is through the force of such interrogation and jubilation that her initial stories get remodelled and remolded. The writer unveils herself as her own scribe, she wraps the stories of her heroes’lives in an autobiographic veil. The never-ending work of thematic repetition and amplification allows her to treat her heroes as partial alter egos, so that, when all is said and done, they feed on her own obsessions

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  • Détails : 3 vol. (581 f.)
  • Annexes : Bibliogr. f. 529-552. Index

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